François Le Champi
- Автор: Sand George
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «François Le Champi». Краткое содержание книги:
– à la belle heure, Catherine, c’est bien parlé! lui dit François. Continue à bien soigner ta maîtresse, et n’aie souci du reste. J’ai gagné un peu d’argent chez mes maîtres, et j’apporte de quoi sauver les chevaux, la récolte et les arbres. Quant au moulin, je m’en vas lui dire deux mots, et s’il y a du désarroi, je n’ai pas besoin de charron pour le remettre en danse. Il faut que Jeannie, qui est preste comme un parpillon, coure tout de suite jusqu’à ce soir, et encore demain dès le matin, pour dire à toutes les pratiques que le moulin crie comme dix mille diables, et que le meunier attend la farine.
– J’y ai pensé; mais je veux la voir encore aujourd’hui jusqu’à la nuit pour me décider là-dessus. Les médecins, vois-tu, Catherine, voilà mon idée, sont à propos quand les malades ne peuvent pas s’en passer; mais si la maladie n’est pas forte, on s’en sauve mieux avec l’aide du bon Dieu qu’avec leurs drogues. Sans compter que la figure du médecin, qui guérit les riches, tue souvent les pauvres. Ce qui réjouit et amuse la trop aiseté, angoisse ceux qui ne voient ces figures-là qu’au jour du danger, et ça leur tourne le sang. J’ai dans ma tête que madame Blanchet guérira bientôt en voyant du secours dans ses affaires.
«Et avant que nous finissions ce propos, Catherine, dis-moi encore une chose; c’est un mot de vérité que je te demande, et il ne faut pas te faire conscience de me le dire. Ça ne sortira pas de là, et si tu te souviens de moi, qui n’ai point changé, tu dois savoir qu’un secret est bien placé dans le cœur du champi.
– Oui, oui, je le sais, dit Catherine; mais pourquoi est-ce que tu te traites de champi? C’est un nom qu’on ne te donnera plus, car tu ne mérites pas de le porter, François.
– Ne fais pas attention. Je serai toujours ce que je suis et n’ai point coutume de m’en tabouler l’esprit. Dis-moi donc ce que tu penses de ta jeune maîtresse, Mariette Blanchet?
– Oh da! elle est jolie fille! Auriez-vous pris déjà idée de l’épouser? Elle a du de quoi elle; son frère n’a pu toucher à son bien, qui est bien de mineur, et à moins que vous n’ayez fait un héritage, maître François…
– Les champis ne font guère d’héritages, dit François; et quant à ce qui est d’épouser, j’ai le temps de penser au mariage comme la châtaigne dans la poêle. Ce que je veux savoir de toi, c’est si cette fille est meilleure que son défunt frère et si Madeleine aura du contentement d’elle, ou des peines en la conservant dans sa maison.
– Ça, dit Catherine, le bon Dieu pourrait vous le dire, mais non pas moi. Jusqu’à l’heure, c’est sans malice et sans idée de grand’chose. Ça aime la toilette les coiffes à dentelle et la danse. Ça n’est pas intéressé, et c’est si gâté et si bien traité par Madeleine, que ça n’a pas eu sujet de montrer si ça avait des dents. Ça n’a jamais souffert, nous ne saurions dire ce que ça deviendra.
– était-elle très portée pour son frère?
– Pas beaucoup, sinon quand il la menait aux assemblées, et que notre maîtresse voulait lui observer qu’il ne convenait pas de conduire une fille de bien en compagnie de la Sévère. Alors la petite, qui n’avait que le plaisir en tête, faisait des caresses à son frère et la moue à Madeleine, qui était bien obligée de céder. Et de cette manière-là la Mariette n’est pas aussi ennemie de la Sévère que ça me plairait. Mais on ne peut pas dire qu’elle ne soit pas aimable et comme il faut avec sa belle-sœur.
– Ça suffit, Catherine, je ne t’en demande pas plus. Je te défends seulement de rien dire à cette jeunesse du discours que nous venons de faire ensemble.
Les choses que François avait annoncées à la Catherine, il les fit fort bien. Dès le soir, par la diligence de Jeannie, il arriva du blé à moudre, et dès le soir le moulin était en état; la glace cassée et fondue d’autour de la roue, la machine graissée, les morceaux de bois réparés à neuf, là où il y avait de la cassure. Le brave François travailla jusqu’à deux heures du matin, et à quatre il était déjà debout. Il entra à petits pas dans la chambre de la Madeleine et, trouvant là la bonne Catherine qui veillait, il s’enquit de la malade. Elle avait bien dormi, consolée par l’arrivée de son cher serviteur et par le bon secours qu’il lui apportait. Et comme Catherine refusait de quitter sa maîtresse avant que Mariette fût levée, François lui demanda à quelle heure se levait la beauté du Cormouer.
– Pas avant le jour, fit Catherine.
– Comme ça, il te reste plus de deux heures à l’attendre, et tu ne dormiras pas du tout?
– Je dors un peu le jour sur ma chaise, ou dans la grange sur la paille, pendant que je fais manger mes vaches.
– Eh bien! tu vas te coucher à présent, dit François, et j’attendrai ici la demoiselle pour lui montrer qu’il y en a qui se couchent plus tard qu’elle et qui sont levés plus matin. Je m’occuperai à examiner les papiers du défunt et ceux que les huissiers ont apportés depuis sa mort. Où sont-ils?
– Là, dans le coffre à Madeleine, dit Catherine. Je vas vous allumer la lampe, François. Allons, bon courage, et tâchez de nous tirer d’embarras, puisque vous vous connaissez dans les écritures.
Et elle s’en fut coucher, obéissant au champi comme au maître de la maison, tant il est vrai de dire que celui qui a bonne tête et bon cœur commande partout et que c’est son droit.
XIX
Avant que de se mettre à l’ouvrage, François, dès qu’il fut seul avec Madeleine et Jeannie, car le jeune gars couchait toujours dans la même chambre que sa mère, s’en vint regarder comment dormait la malade, et il trouva qu’elle avait bien meilleure façon qu’à son arrivée. Il fut content de penser qu’elle n’aurait pas besoin de médecin, et que lui tout seul, par la consolation qu’il lui donnerait, il lui sauverait sa santé et son sort.
Il se mit à examiner les papiers, et fut bientôt au fait de ce que prétendait la Sévère et de ce qu’il restait de bien à Madeleine pour la contenter. En outre de tout ce que la Sévère avait mangé et fait manger à Cadet Blanchet, elle prétendait encore être créancière de deux cents pistoles, et Madeleine n’avait guère plus de son propre bien, réuni à l’héritage laissé à Jeannie par Blanchet, héritage qui se réduisait au moulin et à ses dépendances: c’est comme qui dirait la cour, le pré, les bâtiments, le jardin, la chènevière et la plantation; car tous les champs et toutes les autres terres avaient fondu comme neige dans les mains de Cadet Blanchet.
– Dieu merci! pensa François, j’ai quatre cents pistoles chez monsieur le curé d’Aigurande, et en supposant que je ne puisse pas mieux faire, Madeleine conservera du moins sa demeurance, le produit de son moulin et ce qui reste de sa dot. Mais je crois bien qu’on pourra s’en tirer à moins. D’abord, savoir si les billets souscrits par Blanchet à la Sévère n’ont pas été extorqués par ruse et gueuserie, ensuite faire un coup de commerce sur les terres vendues. Je sais bien comment ces affaires-là se conduisent et, d’après les noms des acquéreurs, je mettrais ma main au feu que je vas trouver par là le nid aux écus.