François Le Champi
- Автор: Sand George
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «François Le Champi». Краткое содержание книги:
– Oui, mes quatre cents volontés, dit Jeannie, comme tu disais dans le temps.
– Oui-da! il a bonne mémoire! Ah! que c’est mignon, Jeannie, de n’avoir pas oublié son François! Mais est-ce que nous avons toujours quatre cents volontés par chaque jour?
– Oh! non, dit Madeleine; il est devenu bien raisonnable, il n’en a plus que deux cents.
– Ni plus ni moins? dit François.
– Oh! je veux bien, répondit Jeannie, puisque ma mère mignonne commence à rire un peu, je suis d’accord de tout ce qu’on voudra. Et mêmement, je dirai que j’ai à présent plus de cinq cents fois le jour la volonté de la voir guérie.
– C’est bien parler, ça, Jeannie, dit François. Voyez-vous comme ça a appris à bien dire? Va, mon garçon, tes cinq cents volontés là-dessus seront écoutées du bon Dieu. Nous allons si bien la soigner, ta mère mignonne, et la réconforter, et la faire rire petit à petit, que sa fatigue s’en ira.
Catherine était sur le pas de la porte, bien curieuse de rentrer pour voir François et lui parler aussi; mais la Mariette la tenait par le bras, et ne lâchait pas de la questionner.
– Comment, disait-elle, c’est un champi? Il a pourtant un air bien honnête!
Et elle le regardait du dehors par le barreau de la porte, qu’elle entre-bâillait un petit.
– Mais comment donc est-il si ami avec Madeleine?
– Mais puisque je vous dis qu’elle l’a élevé et qu’il était très bon sujet.
Mais elle ne m’en a jamais parlé; ni toi, non plus.
– Ah! dame! moi, je n’y ai jamais songé; il n’était plus là, je ne m’en souvenais quasiment plus; et puis je savais que notre maîtresse avait eu des peines par rapport à lui, et je ne voulais pas le lui faire désoublier.
– Des peines? quelles peines donc?
– Dame! parce qu’elle s’y était attachée, et c’était bien force: il était de si bon cœur, cet enfant-là! et votre frère n’a pas voulu le souffrir à la maison; vous savez bien qu’il n’est pas toujours mignon, votre frère!
– Ne disons pas cela à présent qu’il est mort, Catherine!
– Oui, oui, c’est juste, je n’y pensais plus, ma foi; c’est que j’ai l’idée si courte! Et si pourtant, il n’y a que quinze jours! Mais laissez-moi donc rentrer, demoiselle; je veux le faire dîner, ce garçon; m’est avis qu’il doit avoir faim.
Et elle s’échappa pour aller embrasser François; car il était si beau garçon, qu’elle n’avait plus souvenance d’avoir dit, dans les temps, qu’elle aimerait mieux biger son sabot qu’un champi.
– Ah! mon pauvre François, qu’elle lui dit, je suis aise de te voir. Je croyais bien que tu ne retournerais jamais. Mais voyez donc, notre maîtresse, comme il est devenu? Je m’étonne bien comment vous l’avez acconnu tout du coup. Si vous n’aviez pas dit que c’était lui, je compte bien qu’il m’aurait fallu du temps pour le réclamer. Est-il beau! l’est-il! et qu’il commence à avoir de la barbe, oui! Ça ne se voit pas encore beaucoup, mais ça se sent. Dame! ça ne piquait guère quand tu as parti, François, et à présent ça pique un peu. Et le voilà fort, mon ami! quels bras, quelles mains, et des jambes! Un ouvrier comme ça en vaut trois. Combien donc est-ce qu’on te paie là-bas?
Madeleine riait tout doucement de voir Catherine si contente de François, et elle le regardait, contente aussi de le retrouver en si belle jeunesse et santé. Elle aurait voulu voir son Jeannie arrivé en aussi bon état, à la fin de son croît. Et tant qu’à Mariette, elle avait honte de voir Catherine si hardie à regarder un garçon, et elle était toute rouge sans penser à mal. Mais tant plus elle se défendait de regarder François, tant plus elle le voyait et le trouvait comme Catherine le disait, beau à merveille et planté sur ses pieds comme un jeune chêne.
Et voilà que, sans y songer, elle se mit à le servir fort honnêtement, à lui verser du meilleur vin gris de l’année et à le réveiller quand, à force de regarder Madeleine et Jeannie, il oubliait de manger.
– Mangez donc mieux que ça, lui disait-elle, vous ne vous nourrissez quasi point. Vous devriez avoir plus d’appétit, puisque vous venez de si loin.
– Ne faites pas attention à moi, demoiselle, lui répondit à la fin François; je suis trop content d’être ici pour avoir grande envie de boire et manger.
– Ah çà! voyons, dit-il à Catherine quand la table fut rangée, montre-moi un peu le moulin et la maison, car tout ça m’a paru négligé, et il faut que je cause avec toi.
Et quand il l’eut menée dehors, il la questionna sur l’état des affaires, en homme qui s’y entend et qui veut tout savoir.
– Ah! François, dit Catherine en commençant de pleurer, tout va pour le plus mal, et si personne ne vient en aide à ma pauvre maîtresse, je crois bien que cette méchante femme la mettra dehors et lui fera manger tout son bien en procès.
– Ne pleure pas, car ça me gêne pour entendre, dit François, et tâche de te bien expliquer. Quelle méchante femme veux-tu dire? la Sévère?
– Eh oui! pardi! Elle ne s’est pas contentée de faire ruiner notre défunt maître. Elle a maintenant prétention sur tout ce qu’il a laissé. Elle cherche cinquante procédures, elle dit que Cadet Blanchet lui a fait des billets, et que quand elle aura fait vendre tout ce qui nous reste, elle ne sera pas encore payée. Tous les jours elle nous envoie des huissiers, et les frais montent déjà gros. Notre maîtresse, pour la contenter, a déjà payé ce qu’elle a pu, et du tracas que tout ça lui donne, après la fatigue que la maladie de son homme lui a occasionnée, j’ai bien peur qu’elle ne meure. Avant peu nous serons sans pain ni feu, au train dont on nous mène. Le garçon de moulin nous a quittés, parce qu’on lui devait son gage depuis deux ans, et qu’on ne pouvait pas le payer. Le moulin ne va plus, et si ça dure, nous perdrons nos pratiques. On a saisi la chevaline et la récolte; ça va être vendu aussi; on va abattre tous les arbres. Ah! François, c’est une désolation.
Et elle recommença de pleurer.
– Et toi, Catherine? lui dit François, es-tu créancière aussi? tes gages ont-ils été payés?
– Créancière, moi! dit Catherine en changeant sa voix dolente en une voix de bœuf; jamais! Jamais! Que mes gages soient payés ou non, ça ne regarde personne!