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Historiettes, Contes Et Fabliaux
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– En sommes-nous plus avancés pour l’avoir su?

– Assurément, nous pouvons maintenant asseoir nos plaintes avec plus de raison.

– Des plaintes, que le diable m’emporte si j’en fais, je garderai ce que j’ai pour moi, et vous m’obligerez infiniment de n’en parler à personne.

– Mon ami, vous n’êtes pas conséquent, si c’est un ridicule que de faire des plaintes quand on est molesté, pourquoi les mendiez-vous, pourquoi les excitez-vous sans cesse? Eh quoi! vous qui êtes un des plus grands ennemis du crime vous voulez le laisser impuni quand il est aussi constaté? n’est-ce pas un des plus sublimes axiomes de jurisprudence qu’à supposer même que la partie lésée donne son désistement, il revient encore une satisfaction à la justice, n’est-elle donc pas visiblement violée dans ce qui vient de vous arriver et devez-vous lui refuser l’encens légitime qu’elle exige?

– Autant qu’il vous plaira, mais je ne dirai mot.

– Et la dot de votre femme?

– J’attendrai tout de l’équité du baron, et je le chargerai seul du soin de nettoyer cette affaire-là.

– Il ne s’en mêlera point.

– Eh bien, nous mangerons des croûtes.

– Le brave homme! Vous serez cause que votre femme vous maudira, qu’elle se repentira toute la vie d’avoir lié son sort à un poltron de votre espèce.

– Oh, en fait de remords, nous en aurons bien je crois chacun notre part, mais pourquoi voulez-vous que je me plaigne à présent quand vous en étiez si loin tantôt?

– Je ne connaissais pas ce dont il était question: tant que j’ai cru pouvoir vaincre sans le secours de personne, je choisis ce parti comme le plus honnête et maintenant que je trouve essentiel d’appeler à nous l’appui des lois, je vous le propose, qu’y a-t-il donc d’inconséquent dans ma conduite?

– A merveille, à merveille, dit Fontanis en descendant de cheval parce qu’on arrivait à d’Olincourt, mais ne disons mot je vous conjure, voilà la seule grâce que je vous demande.

Quoiqu’on n’eût été que deux jours absent, il y avait bien du nouveau chez la marquise; Mlle de Téroze était dans son lit, une indisposition prétendue causée par l’inquiétude, par le chagrin de savoir son mari exposé, la retenait couchée depuis vingt-quatre heures: une baigneuse intéressante, vingt aunes de gaze autour de sa tête et de son col… une pâleur tout à fait touchante, en la rendant cent fois plus belle encore, ranima tous les feux du président dont la fustigation passive qu’il venait de recevoir enflammait encore mieux le physique. Delgatz était auprès du lit de la malade, et prévint tout bas Fontanis de ne pas même avoir l’air du désir dans la douloureuse situation où se trouvait sa femme; l’instant critique était venu dans le temps des règles, il ne s’agissait rien moins que d’une perte.

– Ventrebleu, dit le président, il faut que je sois bien malheureux, je viens de me faire étriller pour cette femme; mais étriller magistralement, et l’on me prive encore du plaisir de m’en dédommager avec elle.

Au reste la société du château se trouvait augmentée de trois personnages dont il est essentiel de rendre compte. M. et Mme de Totteville, gens à leur aise des environs, venaient d’y amener Mlle Lucile de Totteville, leur fille, petite brune éveillée d’environ dix-huit ans et qui ne le cédait en rien aux attraits langoureux de Mlle de Téroze; afin de ne pas faire languir plus longtemps le lecteur, nous lui apprendrons tout de suite ce qu’étaient ces trois nouveaux personnages qu’on avait trouvé à propos d’introduire sur la scène pour en reculer le dénouement ou pour l’amener plus sûrement aux fins proposées. Totteville était un de ces chevaliers de Saint-Louis ruinés qui traînant leur ordre dans la boue pour quelques dîners ou pour quelques écus, acceptent indifféremment tous les rôles qu’on a dessein de leur faire jouer; sa femme supposée était une vieille aventurière dans un autre genre, qui ne se trouvant plus d’âge à trafiquer de ses attraits, se dédommage en commerçant de ceux des autres; pour la belle princesse qui passait pour leur appartenir, tenant à une telle famille, on imagine aisément de quelle classe elle sortait: écolière de Paphos dès son enfance, elle avait déjà ruiné trois ou quatre fermiers généraux, et c’était en raison de son art et de ses attraits que l’on l’avait spécialement adoptée; cependant chacun de ces personnages choisi dans ce que leur classe offrait de mieux, bien stylé, parfaitement instruit, et possédant ce qu’on appelle le vernis du bon ton, soutenait au mieux ce qu’on attendait de lui, et il était difficile en les voyant ainsi mêlés à des hommes et à des femmes de bonne compagnie, de ne pas les en croire également.

A peine le président fut-il arrivé, que la marquise et sa sœur lui demandèrent des nouvelles de son aventure.

– Ce n’est rien, dit le marquis en suivant les intentions de son beau-frère, c’est une bande de coquins qu’on réduira tôt ou tard, il s’agira de savoir ce que le président voudra sur cela, chacun de nous se fera un plaisir de concourir à ses vues.

Et comme d’Olincourt s’était hâté de prévenir tout bas des succès et du désir qu’avait le président qu’ils restassent dans l’oubli, la conversation changea et l’on ne parla plus des revenants de Téroze.

Le président témoigna toute son inquiétude à sa petite femme et plus encore l’extrême chagrin qu’il avait, que cette maudite incommodité dût reculer encore l’instant de son bonheur. Et comme il était tard, on soupa et fut se coucher ce jour-là sans qu’il arrivât rien d’extraordinaire.

M. de Fontanis qui, en bon robin, augmentait la somme de ses bonnes qualités d’un penchant extrême pour les femmes, ne vit pas sans quelque velléité la jeune Lucile dans le cercle de la marquise d’Olincourt; il commença par s’informer de son confident La Brie, quelle était cette jeune personne, et celui-ci lui ayant répondu de manière à nourrir l’amour qu’il voyait naître au cœur du magistrat, lui persuada d’aller en avant.

– C’est une fille de qualité, répondit le perfide confident, mais qui n’est pourtant pas à l’abri d’une proposition d’amour d’un homme de votre espèce; monsieur le président, continua le jeune fourbe, vous êtes l’effroi des pères et la terreur des maris, et quelques projets de sagesse qu’un individu femelle ait pu faire, il est bien difficile de vous tenir rigueur. Figure à part, et n’y eût-il que l’état, quelle femme peut résister aux attraits d’un homme de justice, cette grande robe noire, ce bonnet carré, croyez-vous que tout cela ne séduise pas?

– Il est certain qu’on se défend difficilement de nous, nous avons un certain homme à nos ordres qui fut toujours l’effroi des vertus… enfin tu crois donc, La Brie, que si je disais un mot…

– On se rendrait, n’en doutez pas.

– Mais il faudrait me garder le silence, tu sens bien que dans la situation où je me trouve, il est important pour moi de ne pas débuter avec ma femme par une infidélité.

– Oh, monsieur, vous la mettriez au désespoir, elle vous est si tendrement attachée.

– Oui, crois-tu qu’elle m’aime un peu?

– Elle vous adore, monsieur, et ce serait un meurtre que de la tromper.

– Cependant tu crois que de l’autre côté?…

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