Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
En 1772, un jeune homme de distinction de la province ayant voulu par une vengeance badine étriller une courtisane qui lui avait fait un mauvais présent, cet indigne butor fit de cette plaisanterie une affaire criminelle, il traita la chose de meurtre, d’empoisonnement, entraîna tous ses confrères à cette ridicule opinion, perdit le jeune homme, le ruina et le fit condamner par contumace à la mort, ne pouvant venir à bout de saisir sa personne.
Voilà ses principaux crimes, décidez, mes amis.
Aussitôt une voix s’élève:
– Le talion, messieurs, le talion; il a condamné injustement à la roue, je veux qu’il soit roué.
– J’opine à la pendaison, dit un autre, et par les mêmes motifs de mon confrère.
– Il sera brûlé, dit le troisième, et pour avoir osé employer ce supplice injustement, et pour l’avoir souvent mérité lui-même.
– Donnons-lui l’exemple de la clémence et de la modération, mes camarades, dit le chef, et ne prenons notre texte que dans sa quatrième aventure: une catin fouettée est un crime digne de mort aux yeux de cette ganache imbécile, qu’il soit fustigé lui-même.
On saisit aussitôt l’infortuné président, on le couche à plat ventre sur un banc étroit, on l’y garrotte des pieds à la tête; les quatre esprits follets s’emparant chacun d’une lanière de cuir longue de cinq pieds, la laissent retomber en cadence, et de toute la force de leur bras, sur les parties découvertes du malheureux Fontanis qui, lacéré trois quarts d’heure de suite par les mains vigoureuses qui se chargent de son éducation, n’offre bientôt plus qu’une plaie dont le sang jaillit de toutes parts.
– En voilà assez, dit le chef, je l’ai dit, donnons-lui l’exemple de la pitié et de la bienfaisance; si le coquin nous tenait, il nous ferait écarteler; nous en sommes les maîtres, tenons-l’en quitte pour cette correction fraternelle et qu’il apprenne à notre école que ce n’est pas toujours en assassinant les hommes qu’on parvient à les rendre meilleurs; il n’a eu que cinq cents coups de fouet, et je parie contre qui voudra que le voilà revenu de ses injustices et qu’il va faire à l’avenir un des magistrats le plus intègre de sa compagnie; qu’on le dégage et continuons nos opérations.
– Ouf, s’écria le président dès qu’il vit ses bourreaux partis, je vois bien que si nous portons le flambeau sur les actions d’autrui, si nous cherchons à les développer pour avoir le charme de les punir, je vois bien qu’on nous le rend aussitôt; et qui donc a pu dire à ces gens-là tout ce que j’ai fait, comment est-il qu’ils soient si bien instruits de ma conduite?
Quoi qu’il en soit, Fontanis se rajuste comme il peut, mais à peine avait-il remis son habit qu’il entend des cris épouvantables du côté par où les revenants étaient sortis de sa chambre; il prête l’oreille, il reconnaît la voix du marquis qui l’appelle de toute sa force au secours.
– Que le diable m’emporte si je bouge, dit le président éreinté, que ces coquins-là l’étrillent comme moi s’ils veulent, je ne m’en mêle pas, chacun a assez de ses propres querelles sans se mêler de celles des autres.
Cependant le bruit redouble, et d’Olincourt entre enfin dans la chambre de Fontanis, suivi de ses deux valets jetant tous trois les hauts cris comme si l’on les eût égorgés: tous les trois paraissaient ensanglantés, l’un avait le bras en écharpe, l’autre un bandeau sur le front et l’on eût juré à les voir pâles, échevelés, sanglants comme ils l’étaient, qu’ils venaient de se battre contre une légion de diables échappée de l’enfer.
– Oh, mon ami, quel assaut, s’écrie d’Olincourt, j’ai cru que nous y serions étranglés tous les trois.
– Je vous défie d’être plus malmenés que moi, dit le président en montrant ses reins tout meurtris, regardez comme ils m’ont traité.
– Oh, par ma foi, mon ami, dit le colonel, vous voilà pour le coup au cas d’une belle et bonne plainte, vous n’ignorez pas l’intérêt puissant que vos confrères ont pris de tous les siècles à des culs fouettés; faites assembler les chambres, mon ami, trouvez quelque avocat célèbre qui veuille bien exercer son éloquence en faveur de vos fesses molestées: usant de l’artifice ingénieux par lequel un orateur ancien émouvait l’aréopage en découvrant aux yeux de la cour la gorge superbe de la beauté pour laquelle il plaidait, que votre Démosthène découvre ces intéressantes fesses à l’instant le plus pathétique du plaidoyer, qu’elles attendrissent l’auditoire; rappelez surtout aux juges de Paris devant lesquels vous allez être obligé de comparaître, cette aventure fameuse de 1769, où leur cœur bien plus ému de compassion pour le derrière flagellé d’une raccrocheuse que pour le peuple dont ils se disent les pères et qu’ils laissent pourtant mourir de faim, les détermina à faire un procès criminel à un jeune militaire qui revenant de sacrifier ses plus belles années au service de son prince, ne trouva d’autres lauriers au retour que l’humiliation préparée par la main des plus grands ennemis de cette patrie qu’il venait de défendre… Allons, cher camarade d’infortune, pressons-nous, partons, il n’y a point de sûreté pour nous dans ce maudit château, courons à la vengeance, volons implorer l’équité des protecteurs de l’ordre public, des défenseurs de l’opprimé et des colonnes de l’État.
– Je ne peux pas me soutenir, dit le président, et dussent ces maudits coquins me peler comme une pomme encore une fois, je vous prie de me faire donner un lit, et de m’y laisser tranquille au moins vingt-quatre heures.
– Vous n’y pensez pas, mon ami, vous serez étranglé.
– Soit, ce ne sera jamais qu’un rendu et les remords se réveillent avec tant de force maintenant dans mon cœur, que je regarderai comme un ordre du ciel tous les malheurs qu’il lui plaira de m’envoyer.
Comme le train était entièrement cessé, et que d’Olincourt s’aperçut que réellement le pauvre Provençal avait besoin d’un peu de repos, il fit appeler maître Pierre et lui demanda s’il y avait à craindre que ces coquins revinssent encore la nuit suivante.
– Non, monsieur, répondit le fermier, les voilà maintenant tranquilles pour huit ou dix jours et vous pouvez vous reposer en toute sûreté.
On conduisit le président éclopé dans une chambre où il se coucha et reposa comme il put une bonne douzaine d’heures; il y était encore lorsqu’il se sentit tout à coup mouillé dans son lit; il lève les yeux, il voit le plancher percé de mille trous de chacun desquels découle une fontaine dont il court le risque d’être inondé s’il ne décampe au plus vite; il se jette promptement tout nu dans les salles d’en bas, où il trouve le colonel et maître Pierre oubliant leur chagrin autour d’un pâté et d’un rempart de bouteilles de vin de Bourgogne; leur premier mouvement fut de rire en voyant accourir Fontanis à eux dans un costume aussi indécent; il leur conta ses nouveaux chagrins, on l’obligea de se placer à table sans lui donner le temps de mettre sa culotte qu’il tenait toujours sous son bras à la manière des peuples du Pégu. Le président se mit à boire et trouva la consolation de ses maux au fond de la troisième bouteille de vin; comme on avait encore deux heures de plus qu’il ne fallait pour retourner à d’Olincourt, les chevaux se préparèrent et l’on partit.
– Voilà une fière école, marquis, que vous m’avez fait faire là, dit le Provençal dès qu’il se vit en selle.
– Ce ne sera pas la dernière, mon ami, répondit d’Olincourt, l’homme est né pour faire des écoles, et les gens de robe surtout, c’est sous l’hermine que la bêtise érigea son temple, elle ne respire en paix que dans vos tribunaux; mais enfin, quoi que vous en puissiez dire, fallait-il laisser ce château sans s’éclaircir de ce qui s’y passait?