Le passager
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- ISBN: 978-2226221322
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le passager». Краткое содержание книги:
Je suis la proie.
Je suis le tueur.
Je suis la cible.
Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre.
Mais si l'autre est moi-même ?
— Avec qui ?
— Un ange.
— Quoi ?
— C’est ce que raconte Raoul. En tout cas, c’est ce que lui a dit Duruy.
Anaïs était déçue. Un délire d’éthylique ou de défoncé.
— Tu l’as ramené au poste ?
— Pas à la boîte. Au commissariat de la rue Ducau.
— Pourquoi là-bas ?
— C’était le plus près. Il est en cellule de dégrisement.
— À 10 heures du matin ?
— Attends de voir le phénomène.
— Je passe par François-de-Sourdis et je file là-bas. Je veux l’interroger moi-même.
Elle raccrocha, retrouvant l’espoir. Ce travail de fourmi finirait par payer. Les moindres faits et gestes de la victime seraient reconstitués — jusqu’à son dernier contact avec le tueur. Elle vérifia si elle avait reçu les photos de Duruy par SMS. Elle découvrit plusieurs portraits anthropométriques. Le jeune punk n’avait pas l’air commode. Mèches noires hirsutes. Yeux charbonneux, soulignés de khôl. Piercings sur les tempes, les ailes du nez, les commissures. Philippe Duruy présentait un curieux syncrétisme. 50 % punk. 50 % gothique. 100 % teufeur.
Elle pénétra dans la ville et longea les quais. Le soleil était de retour sur l’esplanade des Quinconces. Le ciel lavé par l’averse crachait un bleu éblouissant au-dessus des immeubles encore brillants de pluie. Elle emprunta le cours Clémenceau, évita le quartier chic des Grands-Hommes puis s’écarta du centre par la rue Judaïque. Elle ne réfléchissait pas pour s’orienter, une part d’elle-même, la part réflexe, lui tenait lieu de GPS.
Rue François-de-Sourdis, elle fonça dans son bureau et vérifia ses mails. Elle avait reçu le rapport du coordinateur de l’IJ, le bel Arabe. Il contenait un scoop : on avait retrouvé au fond de la fosse des particules d’un plancton spécifique, présent sur la Côte basque. Or, on avait aussi découvert ce produit organique sous les ongles de l’amnésique — le cow-boy de Pierre-Janet.
Anaïs décrocha son téléphone dans l’espoir d’en savoir plus. Un lien direct entre la scène d’infraction et le géant. Dimoun ne put que lui répéter ce qu’il avait écrit puis enchaîna :
— Vous connaissez un psychiatre du nom de Mathias Freire ?
— Oui.
— C’est votre expert dans cette affaire ?
— Nous n’avons pas saisi d’expert. Nous n’avons même pas de suspect. Pourquoi ?
— Il m’a appelé hier soir.
— Qu’est-ce qu’il voulait ?
— Connaître nos résultats d’analyses.
— Ceux de la scène d’infraction ?
— Non. Ceux des prélèvements de l’amnésique.
— Vous les lui avez donnés ?
— Il m’a dit qu’il appelait de votre part !
— Vous lui avez signalé que le plancton se trouvait aussi dans la fosse ?
Dimoun ne répondit pas. Plus éloquent qu’un aveu. Elle n’était en colère ni contre le psychiatre, ni contre le technicien. Chacun suivait son idée. À la guerre comme à la guerre.
Elle allait raccrocher quand le scientifique reprit :
— J’ai autre chose pour vous. Le temps que je vous envoie mon rapport, d’autres résultats sont tombés. Un truc auquel je ne croyais pas du tout.
— Quoi ?
— On a tenté une transmutation chimique sur les parois de la fosse. Une technique qui peut permettre de récupérer des marques papillaires, même sur une surface trempée.
— Vous avez récupéré des empreintes ?
— Quelques-unes. Et ce ne sont pas celles de la victime.
— Vous les avez comparées avec celles de l’amnésique ?
— Je viens de le faire. Ce ne sont pas ses empreintes non plus. Un autre gars est passé dans cette fosse.
Des picotements sur tout le corps. Un troisième homme. L’assassin ?
— Je vous les envoie ? fit Dimoun face au silence d’Anaïs.
— Ça devrait déjà être fait.
Elle raccrocha sans même le saluer. Vraiment à des années-lumière de toute stratégie de séduction. On n’en était plus là. Seule comptait l’enquête. Avant de filer au commissariat de la rue Ducau, elle appela Zakraoui — elle avait remarqué en arrivant qu’il n’était pas dans son bureau.
— Zak, du nouveau ?
— Non. Je continue avec les dealers. Certains connaissent Duruy mais personne n’a entendu parler d’une dope aussi pure. Et toi, l’éleveur de taureaux ?
— Je t’expliquerai. Rends-moi un service. Passe au CHS Pierre-Janet et vérifie que l’amnésique de Saint-Jean est toujours là-bas. Préviens le psy, Mathias Freire, que je passerai dans l’après-midi l’interroger de nouveau.
— Le psy ou l’amnésique ?
— Les deux.
22
— ÇA FAIT DRÔLE de rentrer chez soi.
Ils roulaient sur la N10 en direction du Pays basque. Ils étaient partis plus tôt que prévu, avant midi. Freire avait installé Bonfils à l’arrière. Le colosse s’était placé au milieu de la banquette et s’agrippait aux deux sièges avant. Un vrai môme.
En quelques heures, l’homme s’était transformé. Il réintégrait à vue d’œil sa peau de pêcheur, son identité effacée. Sa psyché paraissait être une matière souple, malléable, qui reprenait peu à peu sa forme d’origine.
— Et Sylvie, qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
— Elle est très heureuse de te retrouver. Elle était plutôt inquiète.
Bonfils secoua la tête avec vigueur. Son chapeau obstruait le champ de vision du rétroviseur. Le psychiatre utilisait les miroirs extérieurs.
— J’en reviens pas, doc… J’en reviens pas… Qu’est-ce qui m’est arrivé ?
Freire ne répondit pas. Une bruine poissait le pare-brise. Les pins défilaient de part et d’autre de la route. Il détestait les Landes. Cette forêt sans limite, ces arbres trop fins, trop droits, plantés dans du sable. Et l’océan au-delà, avec ses dunes, ses plages, sans contours elles non plus. Ce paysage infini l’angoissait.
Discrètement, il mit en route son dictaphone.
— Parle-moi de ta famille, Patrick.
— Y a pas grand-chose à dire.
Avant de se mettre en route, Freire l’avait déjà interrogé dans son bureau. Il avait obtenu un portrait parcellaire. 54 ans. Pêcheur à Guéthary depuis six ans. Auparavant, des petits boulots dans le sud de la France. D’abord à l’est puis à l’ouest. Notamment sur des chantiers — élément qu’on retrouvait dans son esquisse de nouvelle identité. Patrick s’était toujours débrouillé mais à la limite de l’errance, du vagabondage.
— Tu as des frères ? des sœurs ?
Le géant s’agita sur son siège. Freire sentait l’habitacle bouger à chaque mouvement.
— On était une famille de cinq mômes, fit-il enfin. Deux frères, trois sœurs.
— Tu les vois toujours ?
— Non. On vient de Toulouse. Ils sont restés dans la région.
— Et tes parents ?
— Morts y a longtemps.
— Tu as passé ton enfance à Toulouse ?
— À côté. À Gheren, un p’tit bled de la banlieue. On vivait à 7 dans un F2.
Le flux de la mémoire revenue, claire, précise. Il n’était plus question d’hypnose, de solutions chimiques, de bribes arrachées.
— Avant Sylvie, tu as connu des histoires sérieuses ?
Le colosse hésita, puis reprit plus bas :
— Les femmes et moi, ç’a jamais été le Pérou.
— Donc, pas d’histoires ?
— Une seule. À la fin des années 80.
— Où ?
— Près de Montpellier. À Saint-Martin-de-Londres.
— Comment s’appelait-elle ?