Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Триллеры » Le passager
Le passager - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le passager

Электронная книга - «Le passager». Краткое содержание книги:

Je suis l'ombre.
Je suis la proie.
Je suis le tueur.
Je suis la cible.
Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre.
Mais si l'autre est moi-même ?
1 ... 24 25 26 27 28 29 30 31 32 ... 169
Перейти на страницу:

— À qui appartient cette ganadería ?

— À un homme d’affaires de Bordeaux. Un passionné de tauromachie.

— Vous l’avez prévenu ?

— Bien sûr.

— Comment a-t-il réagi ?

— Comme tout le monde ici. Il est écœuré.

Anaïs nota le nom et les coordonnées du bourgeois. Il fallait l’interroger, ainsi que tous les membres du personnel de la ganadería. Impossible d’écarter l’hypothèse d’un coupable intra-muros. Mais les gendarmes devaient l’avoir déjà fait.

— Suivez-moi, fit l’homme. On a gardé le corps dans la grange. Pour les assurances.

Anaïs se demanda ce que l’éleveur allait invoquer comme sinistre. Dégradation de matériel ? Ils pénétrèrent dans une grange remplie de foin et de boue. Il y régnait un froid polaire. L’odeur du fourrage humide était supplantée par un puissant relent organique. La puanteur de la viande pourrie.

Le cadavre était au centre de l’espace, planqué sous une bâche.

L’homme la tira sans hésiter. Une volée de mouches se libéra. L’infection redoubla. Le corps noir était là. Énorme. Gonflé par la décomposition. Les cauchemars de sa nuit revinrent : hommes sans visage œuvrant dans un charnier, crochets hissant les carcasses, veaux écorchés, luisants comme des corps gansés de velours…

— L’expert doit venir aujourd’hui. Après ça, on l’enterre.

Anaïs ne répondit pas, la main sur la bouche et le nez. Cette charogne colossale, décapitée, renvoyait aux sacrifices des taureaux de l’Antiquité, qui libéraient les puissances de la vie et attiraient la fertilité.

— C’est-y pas malheureux…, gémit l’éleveur. Un cuatreño. Il était prêt à sortir.

— Pour la première et dernière fois.

— Vous parlez décidément comme ces militants qui nous font chier toute l’année.

— Je prends ça pour un compliment.

— C’est donc que j’ai raison. J’ai la truffe pour flairer ces salopards.

Redresser le cap. Sinon, il ne sortirait rien de cet interrogatoire.

— Je suis flic, dit-elle d’une voix ferme. Mes opinions ne regardent que moi. Combien ce taureau pesait-il ?

— Dans les 550 kilos.

— Son campo était accessible ?

— Les pâturages des taureaux ne sont jamais accessibles. Ni par la route, ni par la piste. Il faut y aller à cheval.

Anaïs tourna autour de la bête. Elle réfléchissait au tueur. Pour s’attaquer à un mastard pareil, il fallait être sacrément déterminé. Mais le meurtrier avait besoin de cette tête pour sa mise en scène : il n’avait pas hésité.

— En tout, combien avez-vous de taureaux ?

— 200 environ. Répartis sur plusieurs campos.

— Dans le campo de celui-là, combien vivent ensemble ?

— Une cinquantaine.

Toujours la main sur la bouche, Anaïs s’approcha de la masse. Le pelage noir avait pris un ton mat et froid. Il paraissait gorgé d’humidité. Ce corps gisant constituait le pendant de la scène de la fosse de maintenance. L’écho du sacrifice de Philippe Duruy. De la même façon que Duruy représentait le Minotaure et sa victime, ce taureau décapité représentait à la fois le dieu souverain et la bête qu’on lui avait sacrifiée.

— À votre avis, comment l’agresseur l’a-t-il approché ?

— Avec un fusil hypodermique. Il l’a piqué et l’a décapité.

— Et les autres ?

— Ils ont dû s’écarter. Le premier réflexe du taureau est la fuite.

Anaïs connaissait ce paradoxe. Un taureau de combat n’est pas agressif. C’est son attitude de défense, anarchique, désordonnée, qui donne l’impression d’hostilité.

— Sa nourriture a pu être empoisonnée ?

— Non. En hiver, on leur donne du foin et du pienso. Un complément alimentaire. Les stocks ne sont manipulés que par nos gardians. Et puis, les bêtes mangent toutes dans la même auge. Un projecteur hypodermique. Y a pas d’autre solution.

— Vous possédez un stock d’anesthésiques dans la ferme ?

— Non. Quand on doit endormir une bête, on appelle le véto. C’est lui qui vient avec ses produits et son fusil.

— Vous connaissez quelqu’un qui s’intéresse de près aux toros bravos ?

— Plusieurs milliers. Ils viennent à chaque feria.

— Je parle de quelqu’un qui se serait approché de vos champs. Un rôdeur.

— Non.

Anaïs examinait la gorge béante de l’animal. Les muscles et les chairs avaient pris une couleur violacée. Un panier de mûres noires. Des cristaux minuscules en pailletaient la surface.

— Parlez-moi de la mise à mort.

— Comment ça ?

— Comment est tué le taureau dans l’arène ?

L’homme prit un ton d’évidence :

— Le matador enfonce son épée dans la nuque du taureau jusqu’à la garde.

— La lame, combien mesure-t-elle ?

— 85 centimètres. On doit atteindre l’artère ou une veine pulmonaire.

En flash, Anaïs vit — sentit — la lame s’enfouir sous la cuirasse noire, violentant les chairs, les organes. Elle se revit, elle, petite fille terrifiée sur les gradins de pierre. Elle se jetait dans les bras de son père qui la protégeait en éclatant de rire. Salopard.

— Mais avant ça, les picadors ont tranché le ligament de la nuque avec leur pique.

— Ouais.

— Ensuite, les banderilleros continuent le boulot, en triturant la plaie et en précipitant l’hémorragie.

— Si vous avez les réponses, pourquoi vous posez les questions ?

— Je veux me faire une idée des étapes de la mise à mort. Tout ça doit saigner un max, non ?

— Non. Tout se passe à l’intérieur du corps. Le matador doit éviter les poumons. Si le taureau crache du sang, le public n’aime pas ça.

— Tu m’étonnes. L’épée, c’est le coup de grâce ?

— Vous commencez à m’emmerder. Vous cherchez quoi au juste ?

— Notre agresseur pourrait être un matador.

— Je dirais plutôt un boucher.

— Ce n’est pas synonyme ?

Le mayoral se dirigea vers la porte. L’entrevue était terminée. Anaïs avait encore une fois gâché son interrogatoire. Elle le rattrapa sur le seuil. La pluie s’était arrêtée. Un soleil incertain filtrait dans la cour, faisant briller les flaques comme des miroirs.

Elle aurait dû rattraper le coup mais ne put s’empêcher de demander :

— C’est vrai que les toros bravos ne voient jamais de femelles ? Ça les rend plus agressifs d’avoir les couilles pleines ?

Bernard Rampal se tourna vers elle. Il prononça entre ses dents serrées :

— La tauromachie est un art. Et tout art a ses règles. Des règles séculaires.

— On m’a dit que dans le campo, ils se montaient les uns sur les autres. Des enculés dans l’arène, ça la fout plutôt mal, non ?

— Cassez-vous de chez moi.

21

MERDE. MERDE. MERDE.

Au volant de sa voiture, Anaïs s’injuriait elle-même. Après son interrogatoire foireux de la veille auprès du médecin golfeur, elle remettait ça avec l’éleveur de taureaux. Il lui était impossible de ne pas être agressive. Impossible de ne pas tout gâcher avec ses attaques puériles, ses provocations à deux balles. Elle avait en charge une enquête criminelle et elle la jouait punk rebelle, en lutte contre le bourgeois.

Le sang lui cognait à la tête. Une suée glacée voilait son visage. Si l’un ou l’autre client appelait le Parquet, elle était morte. On choisirait un autre enquêteur, plus expérimenté, moins impulsif.

1 ... 24 25 26 27 28 29 30 31 32 ... 169
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)