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Billie [calibre 1.47.0]

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Billie [calibre 1.47.0]
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’Tain, j’avais bien les boules, là…

Bien, bien, bien…

– Et le bourricot, il est venu comment ? j’ai demandé.

– Je ne sais pas. Il était là quand je me suis réveillé…

– Mais il est passé par où ?

– Par le petit chemin là-bas…

– Mais… euh… comment il a fait pour nous retrouver ?

– Ne me demande pas… Encore un âne assez bête pour tenir un peu à toi…

– …

– Tu boudes ?

– Ben, ouais, je boude, mon con ! Je me suis fait vachement de souci, figure-toi ! Et j’ai pas fermé l’œil de la nuit…

– Je vois ça…

Oh, je l’avais mauvaise, dis donc, et son café, il pouvait se le mettre où je pense.

– Tu m’en veux ? il a demandé avec sa petite bouche de faux derche de petit réparateur de bijoux de famille de mes deux.

– …

– Tant que ça ?

– …

– Vraiment tant que ça ?

– …

– Vraiment, vraiment ?

– …

– Tu t’es vraiment fait du souci pour moi ?

– …

– Tu croyais vraiment que j’étais dans le coma ?

– …

– T’étais triste ?

– …

– Très très triste ?

– …

C’est ça. Continue, gros con. Fous-toi de ma gueule encore en plus…

Silence.

Il s’est approché en boitillant et il a posé une tasse fumante à côté de moi avec une tranche de pain d’épice.

J’ai même pas bougé un seul cil.

Il s’est assis comme il a pu avec sa patte raide et il m’a dit d’une voix très gentille :

– Regarde-moi.

Phoque you.

– Billie djinn, regarde-moi.

Bon, crrr… crrr…, j’ai actionné ma nuque de trois millimètres vers le haut.

– Tu le sais, que je t’adore, il a murmuré en me regardant droit dans les yeux. Que je t’adore plus que tout au monde… Tu le sais depuis le temps, n’est-ce pas ?

– …

– Si. Tu le sais. Tu ne peux pas faire autrement, de toute façon… Mais, là, voilà presque quatre nuits d’affilée que tu m’empêches de dormir et… et tu es épuisante, tu sais ? Épuisante, épuisante, épuisante… Tellement fatigante que quelquefois, pour tenir le coup à tes côtés, eh bien, il faut faire semblant de mourir un peu… Tu peux le comprendre, ça, non ?

– …

– Allez, bois ton café, mémère…

Je pleurais.

Alors il a encore rampé jusqu’à moi et il m’a fait un gros câlin du matin, chagrin.

– J’ai-ai cru que t’éé-tais mooor-reuh, j’ai hoqueté.

– Mais non…

– J’ai-ai cru que t’éé-tais mooor-reuh et que j’aaa-llais me tuer au-au-ssi…

– Oh, Billie, tu me fatigues… il a soupiré. Allez, bois ton café et mange un peu. On n’est pas encore tirés d’affaire.

Et j’ai mastiqué mon pain d’épice tout dégueulasse à la confiture de larmes.

Et je pleurais encore plus parce que je-euh dé-éé-testais le pain d’é-pi-ii-ce-euh…

On est repartis comme on a pu, clopin-clopant dans le soleil et dans le vent.

J’avais fabriqué une attelle à Franck avec des bouts de bois et de la ficelle et il se tenait à Bourriquet comme à un déambulateur.

Ce n’était plus nous qui le guidions, ce petit âne providentiel, c’était lui qui nous ramenait au bercail.

Du moins l’espérions-nous…

Au bercail ou n’importe où.

N’importe où, mais pas auprès de ma dernière victime, hein ?

Hein, Bourriquet ? Tu me fais pas ce coup-là, OK ?

S’il te plaît…

Non, non, qu’il répondait, je vous ramène à l’écurie.

Moi aussi, j’en ai plein la croupe de toutes vos conneries…

Bon.

On lui faisait confiance.

Clopin-clopant,

dans le soleil et,

daaans le vent.

(Bon, là, c’est sûr, ça rend mieux si on a l’air dans la tête.)

Il était vraiment trop mignon, ce petit âne.

Je reviendrai le chourer un jour, tiens…

Sinon, je ne parlais plus.

Du tout.

Macache.

Trop d’émotions, trop de fatigue, trop de douleur et trop vexée, aussi, il faut bien le dire…

Franck a essayé à deux ou trois reprises de lancer un sujet de conversation, mais je l’avais laissé retomber entre nous deux comme un vieux tas de crottin tout pourri.

C’est bon. Je suis pas une sainte, non plus…

Il aurait pu me parler au moins une fois dans la nuit…

Rien qu’une.

Je lui en voulais à mort.

En plus, je m’étais ridiculisée devant toutes ces étoiles froides qui n’en avaient rien à foutre de mes histoires.

Et j’avais pleuré et tout.

Mais quelle conne…

Silence.

Gros silence dans le soleil et le grand froid sibérien.

Et puis… au bout d’une heure, peut-être… j’ai fini par craquer.

J’en avais marre d’être toute seule dans ma tête depuis la veille au soir. Trop, trop marre. J’étais en trop mauvaise compagnie. Et puis, je m’ennuyais de lui. Je m’ennuyais de mon salopard d’ami.

Alors j’ai dit comme ça :

– Dis donc, y fait chaud, non ?

Et il m’a souri.

Ensuite, on a discuté de choses et d’autres comme au bon vieux temps, mais sans jamais faire la moindre allusion à mes derniers exploits. Bah, ça y était. C’était oublié… J’en ferais bien d’autres, va…

Au bout d’un moment, il m’a demandé comme ça :

– Pourquoi tu riais ?

– Pardon ?

– J’ai bien compris que tu étais très malheureuse et extrêmement préoccupée par mon état de coma avancé, mais à un moment, pendant la nuit, je t’ai entendue rire. Rire aux éclats. On peut savoir pourquoi ? Tu pensais à tout ce que tu allais pouvoir me voler à la Fidélité ?

– Non, j’ai souri, non… C’est parce que je repensais à la gueule des mecs de notre classe quand on a eu fini de jouer notre scène…

– Quelle scène ?

– Ben, tu sais bien… celle de Musset…

– Ah bon ? J’étais en train d’agoniser à tes pieds et toi, pendant ce temps-là, tu pensais aux crétins de notre classe d’il y a perpète ?

– Ben, ouais…

– Et c’était quoi, le rapprochement ?

– Je sais pas… Ça m’est venu comme ça…

– Ah, bon ?

– Oui.

– T’es vraiment une drôle de fille, toi, hein ?

– …

Silence.

– Dis donc, tu ne parlerais pas de cette pièce où Perdican épouse Rosette à la fin ?

Et rebelote. Nous voilà repartis pour un tour.

C’était quand même le plus éculé de tous nos running gags, mais bon… allons-y s’il y tenait, allons-y…

– Non. Il ne l’aurait jamais épousée.

– Si.

– Non.

– Bien sûr que si.

– Bien sûr que non. Des mecs comme ça, ça n’épouse pas des petites gardeuses d’oies de merde. Je sais que t’aimerais y croire parce que t’es un gros romantique du temps des troubadours, mais tu te fourres le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate. Moi, je viens de la caste à Rosette et je peux te dire qu’au dernier moment, il se serait débiné… Ses affaires l’auraient rappelé à Paris ou un truc dans le genre… En plus, son père n’aurait jamais permis ça. Il y avait encore 6 000 écus en jeu, je te rappelle…

– Si.

– Non.

– Si. Il l’aurait épousée.

– Pour quoi faire ?

– Pour la beauté du geste.

– Beauté du geste, mon cul. Il l’aurait sautée et il l’aurait laissée sur le carreau avec son bâtard, ses poules et ses dindons.

– Que tu es cynique…

– Oui…

– Pourquoi ?

– Parce que je connais la vie mieux que toi…

– Oh, pitié… Arrête… Tu ne vas pas remettre ça…

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