Billie [calibre 1.47.0]
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2013
- Язык: французский
- Год: le dilettante
- ISBN: 9782842637910
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Billie [calibre 1.47.0]». Краткое содержание книги:
Plus de bouche.
Plus rien.
Que du sang, entre ses doigts et sur tout son visage.
Et des cris.
Des cris de porc, forcément.
Oh, le bordel…
En plus, à cause de mon geste brusque et du bâton levé, l’âne avait pris peur et s’était barré au triple galop jusqu’à Katmandou avec tous les vivres sur le dos.
Oh, le bordel…
Et comme tout le monde me regardait comme si je l’avais canné, j’en ai remis une couche pour le ressusciter, ce cogneur de gentil petit garçon :
– Alors ? que je lui ai fait de ma voix méconnaissable des grands soirs, t’as vu ce que ça fait ? T’as vu ce que ça fait d’être frappé par surprise ? T’as vu comme c’est déplaisant ? Tu recommences jamais ça, hein ? Parce que la prochaine fois, je te tuerai.
Et comme il ne pouvait pas me répondre vu qu’il mastiquait ses dents, j’ai continué :
– T’inquiète, je vais me casser illico parce que j’en peux plus de supporter ta sale gueule de facho, mais je vais te dire un dernier truc avant de partir, connard… Hé, regarde-moi… Tu m’entends ? Alors écoute-moi bien : tu le vois, mon ami, là… (et en même temps que je disais ça, je n’osais pas regarder dans la direction de Francky évidemment) (pas tous les courages le même jour…), eh ben, il est pédé… et moi, je suis gouine… eh, ouais… Et figure-toi que toutes les nuits, dans notre petite tente, eh ben, ça nous empêche même pas de faire des trucs vraiment immondes avec nos corps, tous les deux… Des trucs que tu peux même pas imaginer… Il éjacule rarement en moi, je te rassure, mais imagine qu’on se loupe un soir de grosse beuverie… Imagine… Eh ben, si y avait un môme qui devait naître de toutes ces saloperies entre un pédé et une gouine, tu sais quoi ? Non seulement, on le gardera juste pour te faire chier, mais en plus, on le tapera jamais, nous. Jamais tu m’entends ? Jamais, on ne lui fera le moindre mal. Jamais, jamais, jamais… Et si vraiment, y nous emmerde trop et qu’y nous empêche de retourner à nos partouzes, tu sais quoi ? On le butera, mais on fera ça bien… Je le jure sur la tête de tes gosses qu’il ne souffrira pas. Juré, craché. Allez… Salut la compagnie… Et bonne bourre…
Et là, j’ai craché à ses pieds et je suis partie dans la direction de mon berger.
Parce que j’étais, moi, dans la Foi, la Vie, la Lumière et la Vérité.
J’ai marché droit devant moi pendant des heures et des heures.
Droit vers la montagne de Jésus.
Je ne me suis même pas retournée une seule fois pour voir si Franck me suivait.
Je le savais, qu’il me suivait.
Qu’il me haïssait, mais qu’il me suivait quand même.
Qu’il me haïssait et qu’il me remerciait en même temps.
Et que ça devait être bien le bordel dans sa tête.
Parce que entre l’autre pète-couilles et son paternel, y ne devait pas y avoir une si grande différence que ça…
Ça se trouvait, y faisaient partie de la même cellule de Nettoyeurs de l’Occident…
À un moment, je me suis figée devant un genre de vide au-dessus des montagnes.
D’un, parce que c’était la fin du sentier, de deux, parce que je n’entendais vraiment aucun bruit de pas derrière moi depuis des heures et des heures.
Aucun.
Je me suis figée sur place et j’ai attendu.
La foi du charbonnier, c’est bien, mais je ne suis pas charbonnière, moi. Je suis fleuriste.
Et en plus, comme dirait le poète, y a pas d’amour.
Y a que des preuves d’amour.
Je me suis figée et j’ai regardé ma montre.
Si dans vingt minutes, il n’est pas là, je me suis dit, je rends le bail de la rue de la Fidélité.
J’ai beau faire ma faraude de temps à autre, je suis quand même une petite chose fragile, moi aussi.
Merde. C’était autant pour lui que pour moi que j’avais pété un câble.
Menteuse.
Oui, j’avoue. Ce n’était que pour moi.
Même pas pour moi, d’ailleurs… Pour une petite fille que je côtoyais quand j’étais petite fille…
Une petite fille à qui je n’avais jamais eu l’occasion de dire que même si elle puait les mois d’hiver, elle restait mon amie et qu’elle pouvait toujours entrer dans mon groupe et s’asseoir à côté de moi en classe.
Toujours.
Et pour toujours.
Bon, ben, voilà. Maintenant, c’était fait.
Elle l’avait, elle, sa preuve d’amour…
Si dans dix-neuf minutes, il n’est pas là, je me suis répété en serrant les dents, je rends le bail de la Fidélité.
Et pile dix-sept minutes plus tard, une voix derrière mon dos m’a postillonné son venin :
– Hé ? Tu sais quoi ? Tu fais chier, la Morille… Tu fais vraiment vraiment chier !
J’en aurais chialé de bonheur.
C’était la plus belle et la plus romantique déclaration d’amour qu’on m’avait jamais faite de toute ma vie…
Je me suis retournée, je lui ai sauté au cou et je ne sais pas comment je m’y suis prise mais en sautant dans ses bras comme ça, je nous ai entraînés tous les deux dans le vide.
On a débaroulé un genre de pente rocailleuse de merde et on s’est retrouvés tout en bas, en plein dans des buissons super piquants et plus ou moins en mille morceaux.
Ensuite, on a rampé comme on a pu vers un endroit un peu plus plat et on a commencé à se faire la gueule pour de bon.
Voilà, petite étoile, voilà… C’est fini… Et si tu veux nous retrouver en live et pour les bonus, reviens au premier épisode de la saison 1 parce que moi, je n’ai plus rien à ajouter.
Hi, hi, hi !
Je rêvais que Franck me chatouillait.
Hi, hi, hi ! Mais… euh… arrê-teuh…
Et quand j’ai ouvert les yeux, j’ai compris que je m’étais finalement endormie et que ces petits guilis, ce n’était pas Francky en rêve, mais Bourriquet qui me faisait les poches.
– Ton nouvel ami a envie d’une pomme, on dirait…
Je me suis redressée en grimaçant, toujours à cause de mon bras en vrac et je l’ai vu qui était là, bien tranquille, assis sur un rocher en train de se faire un petit café.
– Le petit déjeuner est servi, il a dit.
– Francky ? C’est toi ? T’es pas mort ?
– Non, pas encore… T’as pas encore réussi ton coup…
– T’as rien de cassé ?
– Si. La cheville, je crois…
– Mais euh… j’avais du mal à remettre les morceaux du puzzle dans le bon sens, là… mais… tu… t’étais pas dans le coma ?
– Non.
– Ben, tu faisais quoi, alors ?
– Je dormais.
’Tain, il était gonflé, lui… Et tout ce souci qu’il m’avait causé alors ?
’Tain, il était gonflé…
’Tain, il était gonflé !
Monsieur dormait…
Monsieur se reposait…
Monsieur ronpschitait à la belle étoile…
Monsieur s’était endormi bien peinard dans les bras de cette petite pute de Morphée pendant que je me goinfrais ma misère…
Monsieur craignait.
Monsieur me décevait.
Toute cette angoisse quand il avait fait semblant de tomber dans les pommes… Et comment j’avais ramé pour nous faire beaux toute la nuit… Et tout ce que j’avais été obligée de remuer comme fumier pour qu’on ait l’air présentables… Et tout ce que j’avais dû faire comme tri en sourdine parce que je préférais inspirer le respect plutôt que la pitié.
Oui, tout ce mikado bien relou avec mes jolis souvenirs d’enfance pour pouvoir récupérer les utiles en ne touchant surtout pas à ceux qui n’auraient servi à rien d’autre qu’à m’enfoncer dans ma nuit encore un peu plus loin.
Tout ce travail de dentellière pour faire du joli avec de la merde…
Tout ce courage…
Toute cette tendresse…
Tout cet amour…
Et comme j’ai eu froid… Et comme je me suis sentie seule… Et comme j’ai été triste… Et tout ce que je m’étais donné comme mal pour nous faire aimer d’une morte… et… et son 3615 Petite Branlette Artistique en plus du reste et…