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Billie [calibre 1.47.0]

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Billie [calibre 1.47.0]
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Je lui ai dit qu’il allait arrêter ses études inutiles et s’inscrire dans son stage de préparation à son école de bijoux. Que s’il ne tentait pas le truc, il le regretterait jusqu’à sa mort et qu’en plus, c’était sûr qu’il allait y arriver parce qu’il était doué.

Parce que oui, la vie était aussi injuste avec ça qu’avec le reste, que les gens qui sont nés avec plus de talents que les autres ont plus de chances que les autres. Que c’était dégueulasse, mais que c’était comme ça : qu’on ne prêtait qu’aux riches.

Oui, qu’il allait cartonner, mais à la seule condition d’être courageux et de travailler dur.

Qu’en ce moment, il était pas très courageux, mais que comme j’étais sa mère, son père, son frère et sa sœur, moi aussi, j’allais foutre tous ses bouquins de droit à la benne et le faire caguer jusqu’à ce qu’il cède.

Que pendant qu’il ferait son école, je chercherais un vrai boulot et que j’en trouverais facile. Pas parce que j’étais plus maligne que les autres, mais parce que j’étais blanche et que j’avais des papiers en règle. Que je ne me faisais pas de souci. Que le seul truc que je ne voulais plus faire, c’était calibrer des patates, mais qu’a priori, à Paris, je craignais rien de ce côté-là.

(Là, c’était la séquence Humour, mais ça n’a pas marché. Il n’a pas ri du tout et je ne lui en ai pas voulu vu que sa mâchoire du bas pataugeait dans sa pizza.)

Je lui ai dit qu’on avait rien à craindre. Que tout allait rouler pour nous. Qu’il ne fallait pas avoir peur de Paris et encore moins des Parisiens parce qu’ils étaient tous tout gris et tout maigrichons et qu’il suffisait d’une pichenette pour les faire tomber à la renverse. Que des gens capables de payer des cafés courts 3,20 € ne représenteraient jamais aucun danger pour nous. Oui, qu’il ne devait pas s’inquiéter. Que le monde rural et putréfié de merde d’où on venait avait au moins cet avantage-là : qu’on était plus solides qu’eux. Beaucoup, beaucoup plus solides. Et plus courageux. Et qu’on allait tous les niquer.

Donc voilà, je me résumais : sa mission à lui, c’était de nous loger et la mienne, c’était de tenir la boutique pendant qu’il apprenait le seul métier qu’il avait le droit d’apprendre.

Et là, genre, il y a eu un silence si long et si paranormal que le serveur est venu nous demander si y avait un problème avec la bouffe.

Et même ça, Francky l’a pas entendu.

Moi si, heureusement. Alors je lui ai demandé s’il pouvait nous remettre nos pizz’ au four deux minutes.

– Biêng Sûh’, il a fait en s’inclinant.

Pendant tout ce temps, Franck continuait de me regarder comme si je lui rappelais quelqu’un dont le nom lui échappait et que ça commençait à bien lui prendre la tête.

Au bout d’un moment, quand même, il a fait son petit kéké pathétique et trop miséricordieux :

– Tu tiens de très jolis discours, ma petite Billie… C’est toi qui devrais faire du droit, tu sais… Tu ferais sensation dans un prétoire… Veux-tu que je t’inscrive ?

Quel ton méprisant… C’était nul de me parler comme ça… À moi qui avais arrêté l’école dès qu’il était parti…

Nul de chez nul et indigne de lui.

Les pizzas sont revenues, on les a attaquées en silence et comme l’ambiance était devenue bien crade et qu’il regrettait déjà de m’avoir blessée, il m’a donné un sale coup de pied dans le tibia pour me faire sourire.

Et puis il m’a dit en souriant aussi :

– Je sais que tu as raison… Je le sais… Mais comment je fais ? J’appelle mon père et je lui dis : Allô, papounet ? Écoute, je crois que je ne te l’ai jamais dit, mais je suis de la jaquette et ton droit, tu peux te le foutre au cul, toi aussi, parce que je veux dessiner des boucles d’oreilles et des sautoirs en perles à la place. Allô ? T’es encore là ? Donc, alors… euh… aurais-tu l’obligeance de me faire un virement dès demain, s’il te plaît, pour me permettre de ne plus passer pour une brêle aux yeux de Maman Billie ?

– …

Et toc. Un bide partout.

Ben ouais. J’ai pas ri du tout, moi non plus.

À la place, j’ai fait ma blasée à la Aymeric de La Porte du Sien Derche et j’ai lâché comme ça en, pfuitt, recrachant mon noyau d’olive dans son assiette :

– Nan, mais le fric, c’est pas un problème, ça. J’en ai, moi…

Bon, bien sûr, ça a continué pendant des plombes, cette petite conversation pour caler notre retour vers le futur, mais je t’ai fait une capture d’écran, petite étoile, parce que j’aime trop cette image : la tête de Franck Mumu quand il a réalisé que le coucou pourri qui squattait son nid depuis des mois était en réalité un aigle majestueux avec des plumes en or qui tenait dans son bec en or une clef en or vers une vie en or.

Je ne sais pas ce que ça aurait donné en broche, mais dans une pizzeria chinoise déserte du neuf-quatre un mardi soir vers 22 heures, sérieux ça flashait bien.

Sinon, et c’était à prévoir vu que les garçons sont très prévisibles, il m’a beaucoup résisté.

Je lui disais qu’il me rembourserait quand il aurait sa boutique à lui sur la place je ne sais plus quoi où y avait un genre de colonne au milieu et que je n’oublierais pas les intérêts qui seraient monstrueux et tout ça, mais comme il se découvrait beaucoup plus macho que je ne l’aurais imaginé, à la fin, j’ai craqué.

À la fin, je lui ai avoué que quand il m’avait croisée tout à l’heure dans les escaliers habillée en Billie du bled, c’était parce que j’étais en route pour aller me faire tirer debout par un vigile en pause dans un local à poubelles contre des rouleaux d’essuie-tout et que s’il ne le faisait pas pour sa goule, au moins qu’il ait la générosité de le faire pour la mienne…

Que son talent, c’était son fusil de chasse à lui et qu’il me devait bien ça.

Et là, bien sûr, il a cédé.

– Ton cadeau, qu’il m’a fait, en imitant ma voix de braqueuse de beauf.

*

Le temps presse… Encore un résumé à l’arrache qui s’annonce…

Bah, ça n’a plus tellement d’importance, tu sais… En ce qui nous concerne, le plus gros de la feuille de route, il est derrière.

À partir de maintenant, je crois qu’on perd beaucoup à continuer d’être connus. Notre petit Warcraft à nous, il nous a bien occupés jusqu’à ce que Francky daigne enfin terminer sa calzone chaude puis froide puis carbonisée puis refroide, mais après, on a tout rendu : les gourdins, les haches, les armures, les casques à pointe et toutes ces conneries.

On a passé la main. On était fatigués de se battre.

À partir de maintenant, on devient des petits bobos comme les autres et putain, et je ne devrais pas dire ce mot, mais je le dis quand même : et putain… que c’est bon !

Oh oui, que c’est bon d’être aussi con que les Parisiens ! De se foutre en rogne pour un Vélib’ foireux, une place de livraison occupée, un PV injuste, un restau bondé, un téléphone déchargé ou un horaire de brocante mal indiqué.

Que c’est bon, que c’est bon, que c’est bon…

Perso, je m’en lasserai jamais !

*

Résumé :

Au cours des épisodes suivants, nos deux héros, Franck et Billie, sont partis vivre à Paris et ils ont vécu comme ils se l’étaient promis.

Ils ont déménagé cinq fois en deux ans en prenant un peu de mètres carrés et en perdant quelques cafards à chaque barre de seuil.

Franck a été reçu à son école et Billie a exercé différents métiers plus ou moins glorieux, il faut bien l’avouer, mais, coup de bol, jamais dans les tubercules.

Petite étoile, vous êtes trop bonne…

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Сюжет
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