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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Or une chose que Pardaillan ignorait complètement, attendu qu’il était toujours le dernier renseigné sur tout ce qui le touchait et qu’il était peut-être le seul à trouver très naturelles les actions qu’on s’accordait à trouver extraordinaires, c’est que son aventure avec Barba-Roja avait produit, à la cour comme en ville, une sensation énorme. On ne parlait que de lui un peu partout, et si l’on s’émerveillait de la force surhumaine de cet étranger qui avait, comme en se jouant, désarmé une des premières lames d’Espagne, maté et corrigé comme un gamin turbulent l’homme le plus fort du royaume, on s’étonnait et on s’indignait quelque peu que l’insolent n’eût pas été châtié comme il méritait.

Son nom était dans toutes les bouches, et l’amour-propre national s’en mêlant, sans s’en douter le moins du monde, il se trouvait qu’en rossant Barba-Roja, il s’était attiré la haine d’une foule de gentilshommes qui, puisque le roi le laissait impuni, brûlaient de venger l’affront fait à un des leurs. Barba-Roja, qui vivait solitaire comme un ours, ne s’était jamais connu autant d’amis.

Il ressort de ce qui précède que les gentilshommes, tant soit peu heurtés au passage par Pardaillan, s’étaient demandé qui était ce personnage qui les traitait avec un pareil sans-gêne. Comme une traînée de poudre, son nom, prononcé par un quelconque témoin de la scène de l’antichambre, avait volé de bouche en bouche.

Lorsque Pardaillan parvint à sa place, il jeta un coup d’œil machinal autour de lui et demeura stupéfait. Il ne voyait que regards haineux et attitudes menaçantes. N’eussent été le lieu et la présence du roi, il eût été provoqué séance tenante par vingt, cinquante énergumènes qu’il n’avait jamais vus.

Et comme notre chevalier n’était pas homme à se laisser défier, même du regard, sans répondre à la provocation, au lieu de s’asseoir il resta un moment debout à sa place, promenant autour de lui des regards fulgurants, ayant aux lèvres un sourire de mépris qui faisait verdir de rage les nobles hidalgos retenus par le souci de l’étiquette.

Et voici qu’au moment où il provoquait ainsi du regard ces ennemis inconnus, voici que les trompettes lancèrent à toute volée, dans l’air lumineux, l’éclat aigu de leurs notes cuivrées.

C’était le signal impatiemment attendu par les milliers de spectateurs. Mais s’il éclatait à ce moment, c’était par suite d’une méprise déplorable: un geste du roi mal interprété.

Il n’en est pas moins vrai que les trompettes, sonnant au moment précis où Pardaillan allait s’asseoir, paraissaient saluer l’envoyé du roi de France.

C’est ce que comprit le roi, qui, pâle de fureur, se tourna vers Espinosa et laissa tomber un ordre bref, en exécution duquel l’officier coupable d’avoir mal interprété les gestes du roi, et donné l’ordre aux trompettes de sonner, fut incontinent arrêté et mis aux fers.

C’est ce que comprirent les furieux qui entouraient Pardaillan et qui firent entendre des protestations violentes.

C’est ce que comprit enfin le chevalier lui-même, car il fit cette réflexion dans son for intérieur: «Peste! on me rend les honneurs! Ah! mon pauvre père, que n’êtes-vous là pour voir votre fils ainsi honoré!»

On se tromperait également si on croyait qu’il fut dupe de l’erreur. Il n’était pas homme à se leurrer à ce point. Mais c’était un incorrigible pince-sans-rire que notre héros. Il trouva plaisant de paraître accepter comme un hommage rendu ce qui n’était qu’un hasard fortuit. Et comme il n’avait pas le moindre souci du respect dû à une tête couronnée, surtout quand cette tête lui était antipathique, il résolut de «se la payer» à l’instant même.

«Vive Dieu! dit-il à part soi, une politesse en vaut une autre.»

Et avec son sourire le plus naïvement ingénu, mais au fond de l’œil l’intense jubilation de l’homme qui s’amuse prodigieusement, dans un geste théâtral qu’il était seul à posséder, il adressa à la tribune royale un salut d’une ampleur démesurée.

Par comble de malchance, le roi, qui se retournait à ce moment pour jeter l’ordre d’arrêter l’officier qui avait fait sonner les trompettes, le roi reçut en plein le sourire et le salut de Pardaillan. Et comme c’était un sire profondément dissimulé, il dut, en se mordant les lèvres de dépit, répondre par un gracieux sourire, à seule fin de ne pas contrarier le plan du grand inquisiteur, plan qu’il connaissait et approuvait.

C’était plus que n’espérait Pardaillan, qui s’assit alors paisiblement en jetant des coups d’œil satisfaits autour de lui. Mais, comme si un enchanteur avait passé par là, bouleversant de fond en comble les sentiments intimes de ses féroces voisins, il ne vit autour de lui que sourires engageants, regards bienveillants. Et, avec aux lèvres, une moue de dédain, il songea que le sourire que le roi venait de lui accorder, moralement contraint et forcé, avait suffi pour changer la haine en adulation.

Pardaillan s’assit et, nouvelle coïncidence fâcheuse, résultant de la sonnerie des trompettes, mais qui n’en fit pas moins pâlir de fureur le roi, le premier taureau fit son entrée dans la piste.

En sorte que Pardaillan, sur les gradins, salué par les trompettes, faisant commencer le spectacle en s’asseyant, apparaissait comme le vrai président de la course, celui que les amateurs de corridas modernes appellent l’ayuntamiento… comme la Giralda, placée en avant de la foule, assise entre deux hommes d’armes, paraissait comme la reine de la fête.

VI LE PLAN DE FAUSTA

Nous avons dit que le Torero s’était trouvé dans la désagréable obligation de dresser sa tente près de celle de Barba-Roja.

Sans qu’elle s’en doutât, ce voisinage déplaisant était dû à une intervention de Fausta. Voici comment:

Le roi et son grand inquisiteur avaient résolu l’arrestation de don César et de Pardaillan. Le roi poursuivait de sa haine, depuis vingt ans, son petit-fils. Cette haine sauvage, que vingt années d’attente n’avaient pu atténuer, était cependant surpassée par la haine récente qu’il venait de vouer à l’homme coupable d’avoir douloureusement blessé son incommensurable orgueil. Nous pouvons même dire que Pardaillan était devenu leur principale préoccupation, et qu’à la rigueur ils eussent oublié le fils de don Carlos pour porter tout leur effort sur le chevalier.

Si le roi n’obéissait qu’à sa haine, d’Espinosa, au contraire, agissait sans passion et n’en était que plus redoutable. Il n’avait, lui, ni haine, ni colère. Mais il craignait Pardaillan. Chez un homme froid et méthodique, mais résolu, comme l’était d’Espinosa, cette crainte était autrement dangereuse et plus terrible que la haine. Un caractère fortement trempé, comme celui du grand inquisiteur, peut céder à une impulsion, bonne ou mauvaise. Il demeure inflexible devant une nécessité démontrée par la logique du raisonnement. Dès l’instant où il craignait un hommes, cet homme, quel qu’il fût, était inexorablement condamné. Il devait disparaître coûte que coûte.

De l’intervention de Pardaillan dans les affaires du petit-fils du roi, d’Espinosa avait conclu qu’il en savait beaucoup plus qu’il ne paraissait; que, par ambition personnelle, il se faisait le champion et le conseiller d’un prince qui fût demeuré sans nom et peu redoutable sans ce concours inespéré.

L’erreur de d’Espinosa était de s’obstiner à voir un ambitieux en Pardaillan. La nature chevaleresque et désintéressée au possible de cet homme, si peu semblable aux hommes de son époque, lui avait complètement échappé. Il ne pouvait en être autrement, le désintéressement étant peut-être la seule vertu que les hommes ont toujours niée et nieront probablement longtemps encore.

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