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Je voudrais pas crever

Электронная книга - «Je voudrais pas crever». Краткое содержание книги:

Je voudrais pas crever, poème d’un homme jeune qui se sait bientôt condamné, donne son titre à un recueil de vingt-trois poèmes publiés après la mort de Boris Vian (1920–1959), et dont l’annonce de 1962 a marqué, avec quelques romans et nouvelles, le début de sa gloire posthume. N’était-ce point d’ailleurs une sorte de « chanson du néant » ?
Lorsque Noël Arnaud offrit à son tour l'édition de 1972, il y joignit quelques lettres de Vian au Collège de Pataphysique, l'institution pour laquelle celui-ci s'enthousiasma, passion qui venait après tant d'autres et qui avaient brûlé sa vie, telles que l'amour et l'amitié, le jazz, l'écriture, la liberté…
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Donnez le si

Donnez le si Il pousse un if Faites le tri Il naît un arbre Jouez au bridge, et le pont s'ouvre Engloutissant les canons les soldats Au fond, au fond affectionné De la rivière rouge Ah oui, les Anglais sont bien dangereux.

Un poète

Un poète C’est un être unique À des tas d’exemplaires Qui ne pense qu’en vers Et n’écrit qu’en musique Sur des sujets divers Des rouges et des verts Mais toujours magnifiques

Si les poètes étaient moins bêtes

Si les poètes étaient moins bêtes Et s’ils étaient moins paresseux ils rendraient tout le monde heureux pour pouvoir s’occuper en paix de leurs souffrances littéraires ils construiraient des maisons jaunes avec des grands jardins devant et des arbres pleins de zoizeaux de mirliflûtes et de lizeaux des mésongres et des feuvertes des plumuches, des picassiettes et des petits corbeaux tout rouges qui diraient la bonne aventure il y aurait de grands jets d’eau avec des lumières dedans il y aurait deux cents poissons depuis le croûsque au ramusson de la libelle au pépamule de l’orphie au rara curule et de l’avoile au canisson il y aurait de l’air tout neuf parfumé de l’odeur des feuilles on mangerait quand on voudrait et l’on travaillerait sans hâte à construire des escaliers de formes encor jamais vues avec des bois veinés de mauve lisses comme elle sous les doigts
Mais les poètes sont trop bêtes ils écrivent pour commencer au lieu de s’mettre à travailler et ça leur donne des remords qu’ils conservent jusqu’à la mort ravis d’avoir tellement souffert on leur donne des grands discours et on les oublie en un jour mais s’ils étaient moins paresseux on ne les oublierait qu’en deux.

Elle serait là, si lourde

Elle serait là, si lourde Avec son ventre de fer Et ses volants de laiton Ses tubes d'eau et de fièvre Elle courrait sur ses rails Comme la mort à la guerre Comme l'ombre dans les yeux Il y a tant de travail Tant et tant de coups de lime Tant de peine et de douleurs Tant de colère et d'ardeur Et il y a tant d'années Tant de visions entassées De volonté ramassée De blessures et d'orgueils Métal arraché au sol Martyrisé par la flamme Plié, tourmenté, crevé Tordu en forme de rêve Il y a la sueur des âges Enfermée dans cette cage Dix et cent mille ans d'attente Et de gaucherie vaincue S'il restait Un oiseau Et une locomotive Et moi seul dans le désert Avec l'oiseau et le chose Et si l'on disait choisis Que ferais-je, que ferais-je Il aurait un bec menu Comme il sied aux conirostres Deux boutons brillants aux yeux Un petit ventre dodu Je le tiendrais dans ma main Et son cœur battrait si vite… Tout autour, la fin du monde En deux cent douze épisodes Il aurait des plumes grises Un peu de rouille au bréchet Et ses fines pattes séches Aiguilles gainées de peau Allons, que garderez vous Car il faut que tout périsse Mais pour vos loyaux services On vous laisse conserver Un unique échantillon Comotive ou zoizillon Tout reprendre à son début Tous ces lourds secrets perdus Toute science abattue Si je laisse la machine Mais ses plumes sont si fines Et son cœur battrait si vite Que je garderais l'oiseau.

Y en a qui ont des trompinettes

La la la…
Y en a qui Ont des trompinettes Et des bugles Et des serpents Y en a qui Ont des clarinettes Et des ophicléides géants
Y en a qui Ont des gros tambours Bourre bourre Et ran plan plan
Mais moi Je n’ai qu’un mirliton Et je mirlitonne Du soir au matin Moi je n’ai qu’un mirliton Mais ça m’est égal Si j’en joue bien
Oui mais voilà… Est-ce que j’en joue bien ?
La la la…

Je veux une vie en forme d’arête

Je veux une vie en forme d'arête Sur une assiette bleue Je veux une vie en forme de chose Au fond d'un machin tout seul Je veux une vie en forme de sable des mains En forme de pain vert et de cruche En forme de savate molle En forme de faridondaine De ramoneur ou de lilas De terre pleine de cailloux De coiffeur sauvage ou d'édredon fou Je veux une vie en forme de toi Et je l'ai, mais ça ne suffit pas encore Je ne suis jamais content.

Un jour

Un jour Il y aura autre chose que le jour Une chose plus franche, que l’on appellera le Jodel Une encore, translucide, comme l’arcanson Que l’on s’enchâssera dans l’œil d’un geste élégant Il y aura l’auraille, plus cruel Le volutin, plus dégagé Le comble, moins sempiternel Le baouf, toujours enneigé Il y aura le chalamondre L’ivrunini, le baroïque Et tout un planté d’analognes Les heures seront différentes Pas pareilles, sans résultat Inutile de fixer maintenant Le détail précis de tout ça Une certitude subsiste : un jour Il y aura autre chose que le jour.

Tout a été dit cent fois

Tout a été dit cent fois, Et beaucoup mieux que par moi. Aussi quand j’écris des vers C’est que ça m’amuse C’est que ça m’amuse C’est que ça m’amuse et je vous chie au nez.
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