Je voudrais pas crever
- Автор: Виан Борис
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253141334
- Жанр: Прочая поэзия
Электронная книга - «Je voudrais pas crever». Краткое содержание книги:
Je voudrais pas crever, poème d’un homme jeune qui se sait bientôt condamné, donne son titre à un recueil de vingt-trois poèmes publiés après la mort de Boris Vian (1920–1959), et dont l’annonce de 1962 a marqué, avec quelques romans et nouvelles, le début de sa gloire posthume. N’était-ce point d’ailleurs une sorte de « chanson du néant » ?
Lorsque Noël Arnaud offrit à son tour l'édition de 1972, il y joignit quelques lettres de Vian au Collège de Pataphysique, l'institution pour laquelle celui-ci s'enthousiasma, passion qui venait après tant d'autres et qui avaient brûlé sa vie, telles que l'amour et l'amitié, le jazz, l'écriture, la liberté…
Lorsque Noël Arnaud offrit à son tour l'édition de 1972, il y joignit quelques lettres de Vian au Collège de Pataphysique, l'institution pour laquelle celui-ci s'enthousiasma, passion qui venait après tant d'autres et qui avaient brûlé sa vie, telles que l'amour et l'amitié, le jazz, l'écriture, la liberté…
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Donnez le si
Donnez le si
Il pousse un if
Faites le tri
Il naît un arbre
Jouez au bridge, et le pont s'ouvre
Engloutissant les canons les soldats
Au fond, au fond affectionné
De la rivière rouge
Ah oui, les Anglais sont bien dangereux.
Un poète
Un poète
C’est un être unique
À des tas d’exemplaires
Qui ne pense qu’en vers
Et n’écrit qu’en musique
Sur des sujets divers
Des rouges et des verts
Mais toujours magnifiques
Si les poètes étaient moins bêtes
Si les poètes étaient moins bêtes
Et s’ils étaient moins paresseux
ils rendraient tout le monde heureux
pour pouvoir s’occuper en paix
de leurs souffrances littéraires
ils construiraient des maisons jaunes
avec des grands jardins devant
et des arbres pleins de zoizeaux
de mirliflûtes et de lizeaux
des mésongres et des feuvertes
des plumuches, des picassiettes
et des petits corbeaux tout rouges
qui diraient la bonne aventure
il y aurait de grands jets d’eau
avec des lumières dedans
il y aurait deux cents poissons
depuis le croûsque au ramusson
de la libelle au pépamule
de l’orphie au rara curule
et de l’avoile au canisson
il y aurait de l’air tout neuf
parfumé de l’odeur des feuilles
on mangerait quand on voudrait
et l’on travaillerait sans hâte
à construire des escaliers
de formes encor jamais vues
avec des bois veinés de mauve
lisses comme elle sous les doigts
Mais les poètes sont trop bêtes
ils écrivent pour commencer
au lieu de s’mettre à travailler
et ça leur donne des remords
qu’ils conservent jusqu’à la mort
ravis d’avoir tellement souffert
on leur donne des grands discours
et on les oublie en un jour
mais s’ils étaient moins paresseux
on ne les oublierait qu’en deux.
Elle serait là, si lourde
Elle serait là, si lourde
Avec son ventre de fer
Et ses volants de laiton
Ses tubes d'eau et de fièvre
Elle courrait sur ses rails
Comme la mort à la guerre
Comme l'ombre dans les yeux
Il y a tant de travail
Tant et tant de coups de lime
Tant de peine et de douleurs
Tant de colère et d'ardeur
Et il y a tant d'années
Tant de visions entassées
De volonté ramassée
De blessures et d'orgueils
Métal arraché au sol
Martyrisé par la flamme
Plié, tourmenté, crevé
Tordu en forme de rêve
Il y a la sueur des âges
Enfermée dans cette cage
Dix et cent mille ans d'attente
Et de gaucherie vaincue
S'il restait
Un oiseau
Et une locomotive
Et moi seul dans le désert
Avec l'oiseau et le chose
Et si l'on disait choisis
Que ferais-je, que ferais-je
Il aurait un bec menu
Comme il sied aux conirostres
Deux boutons brillants aux yeux
Un petit ventre dodu
Je le tiendrais dans ma main
Et son cœur battrait si vite…
Tout autour, la fin du monde
En deux cent douze épisodes
Il aurait des plumes grises
Un peu de rouille au bréchet
Et ses fines pattes séches
Aiguilles gainées de peau
Allons, que garderez vous
Car il faut que tout périsse
Mais pour vos loyaux services
On vous laisse conserver
Un unique échantillon
Comotive ou zoizillon
Tout reprendre à son début
Tous ces lourds secrets perdus
Toute science abattue
Si je laisse la machine
Mais ses plumes sont si fines
Et son cœur battrait si vite
Que je garderais l'oiseau.
Y en a qui ont des trompinettes
La la la…
Y en a qui
Ont des trompinettes
Et des bugles
Et des serpents
Y en a qui
Ont des clarinettes
Et des ophicléides géants
Y en a qui
Ont des gros tambours
Bourre bourre
Et ran plan plan
Mais moi
Je n’ai qu’un mirliton
Et je mirlitonne
Du soir au matin
Moi je n’ai qu’un mirliton
Mais ça m’est égal
Si j’en joue bien
Oui mais voilà…
Est-ce que j’en joue bien ?
La la la…
Je veux une vie en forme d’arête
Je veux une vie en forme d'arête
Sur une assiette bleue
Je veux une vie en forme de chose
Au fond d'un machin tout seul
Je veux une vie en forme de sable des mains
En forme de pain vert et de cruche
En forme de savate molle
En forme de faridondaine
De ramoneur ou de lilas
De terre pleine de cailloux
De coiffeur sauvage ou d'édredon fou
Je veux une vie en forme de toi
Et je l'ai, mais ça ne suffit pas encore
Je ne suis jamais content.
Un jour
Un jour
Il y aura autre chose que le jour
Une chose plus franche, que l’on appellera le Jodel
Une encore, translucide, comme l’arcanson
Que l’on s’enchâssera dans l’œil d’un geste élégant
Il y aura l’auraille, plus cruel
Le volutin, plus dégagé
Le comble, moins sempiternel
Le baouf, toujours enneigé
Il y aura le chalamondre
L’ivrunini, le baroïque
Et tout un planté d’analognes
Les heures seront différentes
Pas pareilles, sans résultat
Inutile de fixer maintenant
Le détail précis de tout ça
Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour.
Tout a été dit cent fois
Tout a été dit cent fois,
Et beaucoup mieux que par moi.
Aussi quand j’écris des vers
C’est que ça m’amuse
C’est que ça m’amuse
C’est que ça m’amuse et je vous chie au nez.
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