Pisteur - Livre 2 - Partie 1 [Ruins - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #2
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02321-1
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 2 - Partie 1 [Ruins - fr]». Краткое содержание книги:
— Oui.
— Comment, dans ce cas, espérer de moi la moindre idée de ce qu’ils ont pu créer de plus ces onze mille dernières années…
— Ram me charge de vous dire qu’il est temps de vous secouer les neurones.
— Ces onze dernières années, pas onze mille, corrigea Rigg de lui-même. Ce vaisseau a atterri ici il y a onze mille ans, équivalant à onze années terrestres. Insuffisant pour que leurs technologies connaissent des avancées majeures.
— Revoyez vos hypothèses. Notre vaisseau fut équipé du strict nécessaire, pas du dernier cri, nuance.
— Il se peut donc qu’ils possèdent des technologies plus avancées que celles embarquées dans votre vaisseau.
— Technologies parmi lesquelles il convient de classer les armes, fit remarquer la voix.
— Mais pourquoi s’armer si, d’après leurs calculs, votre arrivée ici ne remonte qu’à onze petites années ?
— Le décalage temporel dont nous avons été victimes leur a peut-être échappé, avança la voix. Mais à cette supposition nous préférons la sagesse, qui porte à penser que les Terriens se sont préparés à un affrontement avec de lointains cousins humains aux technologies éprouvées par onze mille années de développement depuis la divergence des deux branches.
— La réalité leur donne-t-elle raison ? Un entremur a-t-il été capable de maintenir ce degré technologique ? De le surpasser ?
— Certains entremurs peuvent être fiers du degré atteint, laissa entendre la voix. Mais tous sont partis de zéro. Le secret des champs a été bien gardé.
— Dans quel but ?
— La chute des Murs n’était pas souhaitable. »
Logique.
« Et pour ne pas courir le risque de voir les habitants d’une colonie partir à la rencontre des Terriens à bord de leur propre vaisseau interstellaire avant de recevoir eux-mêmes de la visite.
— Pourquoi pas ? s’enquit Rigg.
— Parce que l’histoire ne s’est pas écrite ainsi, expliqua l’ordinateur. Dans notre espace-temps, les hommes et femmes du Jardin ont été préservés de tout contact avec la Terre jusqu’au lancement de ce vaisseau. L’exploration spatiale a donc été rayée des programmes de recherche des colons.
— Donc vous nous avez gracieusement octroyé onze mille années de développement tout en veillant à notre stagnation, conclut Rigg.
— Dans certains domaines.
— Et si ces domaines s’avéraient cruciaux pour notre défense face à une menace terrestre ? s’indigna Rigg.
— Ram nous suggère cette réponse : “Enfin la réflexion que j’attendais, Rigg.” Il suggère également que nous vous informions de sa suggestion. »
Rigg fut forcé de l’admettre. Si remonté fût-il contre son Père – et « remonté » était un euphémisme – quelques fleurs de sa part suffisaient à son bonheur. Qu’une machine possède un tel pouvoir sur lui le faisait bondir. Mais il aurait tué pour le voir apparaître et pouvoir discuter avec lui plutôt qu’avec cette voix de synthèse.
« Que me conseilleriez-vous de faire ici et maintenant ?
— Vous déclarer maître des Murs, avisa la voix.
— Et ensuite ?
— Prendre en main votre destin.
— Soit. Je retournerai dans le passé empêcher Miche de se faire parasiter.
— Mais cela vous empêcherait aussi de pénétrer dans cette pièce et cette conversation n’aurait jamais lieu, signala l’ordinateur.
— Transmettez-moi son contenu d’une autre manière. Par la bouche de Vadesh par exemple.
— Nous ne nous déplaçons pas dans le temps, fit observer la voix. Refuser de pénétrer ici reviendrait à renoncer au commandement de ce vaisseau. Vos ordres deviendraient caducs dans le passé. »
L’embarras saisit Rigg d’avoir pu nier à ce point l’évidence. Lassé par tant d’allers-retours temporels, son cerveau avait fini par penser la chronologie à la manière du commun des mortels : en termes rationnels.
« Vous vouliez que Miche soit victime de cette chose, conclut Rigg. Et vous avez gagné.
— Vadesh devait savoir comment cette nouvelle souche à compatibilité humaine s’adapterait. Et nous devions vous le faire savoir.
— Ce que vous faites subir à mon ami est ignoble, immonde, abject ! accusa Rigg. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour le débarrasser de cette chose.
— Alors vous comprenez pourquoi les Terriens sont une menace pour les populations du Jardin.
— Non, éluda Rigg. Je ne vois pas le rapport. »
Mais l’argument de la voix – de Père – porta presque à la même seconde. Cette répugnance, cette peur ressentie par Rigg face au crocheface, les Terriens la ressentiraient face aux monstruosités dont Rigg, Umbo et Param étaient capables avec le temps. Inquiétude, dégoût, rejet. Et que savait Rigg des créatures des entremurs voisins ? À côté d’elles, les crochefaces étaient peut-être de mignonnes petites bestioles.
« Je dois devancer les Terriens dans les autres entremurs, débita soudain Rigg. Je dois comprendre ce qu’ils découvriront sur nous. Je dois faire le bilan des ressources exploitables en cas de guerre.
— La voilà, notre liste, le félicita la voix.
— Merci, Père.
— Il ne m’a pas soufflé cette réponse, indiqua la voix. Mais il donne son assentiment. »
Rigg prit les gemmes une par une et, pour chacune, transmit une requête de prise de commandement. Les vaisseaux le confirmèrent sans exception dans ses nouvelles fonctions.
« Un Mur peut-il sentir un humain le traverser ?
— Oui.
— Peut-il l’identifier ?
— Oui.
— J’ordonne à tous les vaisseaux de me laisser franchir librement les Murs.
— Les vaisseaux accusent réception de l’ordre. Mise en application en cours. Ordre effectif. »
Rigg réfléchit un instant.
« Mes compagnons également, ajouta-t-il. Param, Umbo, Miche, Olivenko.
— Quoi, “vos compagnons” ? »
Rigg fut sur le point de répondre : « Laissez-les passer également », mais se ravisa. Il avait mieux.
« Si deux d’entre eux tentent la traversée, désactivez les champs.
— Et si un seul s’engage ?
— S’il est poursuivi, laissez-le passer.
— Reçu.
— Poursuivi par des personnes mal intentionnées, précisa Rigg. Si c’est moi, faites-le attendre.
— Le sacrifiable Ram n’est pas sûr de comprendre.
— Qu’il me fasse confiance, rétorqua Rigg avec un brin de défiance. J’essaie juste d’établir les règles qui m’offriront le plus de sécurité et de souplesse.
— Et accessoirement un contrôle total sur vos compagnons, ajouta la voix – dont le sarcasme ne laissait aucun doute sur son auteur, cette fois.
— Si je peux éviter à Umbo de piquer une crise et de mettre les voiles seul… Umbo ou un autre, d’ailleurs. Je ne suis pas contre scinder le groupe au besoin, sauf si l’un se retrouve isolé.
— À part vous.
— À part moi ! Je n’ai pas demandé à être responsable mais je le suis, donc oui, je me considère comme une exception. Ma décision est irrévocable.
— Le sacrifiable Ram approuve. Il dit “Bien”.
— Content de le savoir », rétorqua Rigg.
Et il disait vrai. Au fond de lui, la colère le disputait au soulagement de le savoir vivant. Bien sûr, Ram n’était pas son père biologique, mais cet… homme l’avait élevé. Il occupait dans son cœur la place d’un père. C’était de ses encouragements dont il avait besoin pour grandir. De ses conseils, dans les tréfonds de son âme, si bruyantes fussent les réclamations soulevées par sa raison. Son père remplissait tout son être de sa présence et rien ni personne ne l’en délogerait. Rigg n’en avait aucune envie. Les sacrifiables avaient beau tous se ressembler, se partager leurs souvenirs, communiquer entre eux, Rigg savait qu’un seul avait arpenté les forêts à ses côtés, l’avait éduqué, mis à l’épreuve. Père était vivant.