La Vallée De La Peur
- Автор: Doyle Arthur Conan
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «La Vallée De La Peur». Краткое содержание книги:
Аннотация
La Vallée De La PeurPuis tout à coup, il haussa le ton et pencha en avant son front qui se rida d'une façon effroyable.
– … Écoutez, frère Morris! Je vous tiens à l'œil, et cela depuis quelque temps. Vous n'avez personnellement aucun courage, et vous essayez de détruire le courage des autres. Ce sera un jour fâcheux pour vous, frère Morris, quand votre nom figurera sur notre ordre du jour. Je commence à penser que je devrais l'inscrire sans tarder.
Morris était devenu mortellement pâle. Quand il retomba sur sa chaise, l'assistance aurait pu croire que ses genoux s'étaient dérobés sous lui. D'une main tremblante, il porta son verre à ses lèvres et il le vida avant de répondre.
– Je vous présente mes excuses, vénérable maître, à vous et à tous mes frères de cette loge si j'en ai dit plus que je n'aurais dû. Je suis un membre fidèle et loyal (tous, vous le savez!) et c'est la peur d'un événement irréparable qui me fait parler avec cette anxiété. Mais j'ai une plus grande confiance en votre jugement que dans le mien, vénérable maître, et je vous promets que je ne vous offenserai plus.
Le froncement de sourcil du chef de corps s'atténua devant l'humilité du frère.
– Très bien, frère Morris. C'est moi qui serais désolé d'avoir à vous infliger une leçon. Mais tant que j'occuperai le poste que vous tous m'avez confié, nous formerons une loge unie en paroles et en actes. Et maintenant, les garçons…
Il lança un coup d'œil circulaire à l'assistance.
– … Je vous préviens que si Stanger recevait tout ce qu'il mérite, nous aurions plus d'ennuis que nous n'en souhaitons. Ces journalistes se tiennent tous; tous les journaux des États-Unis réclameraient de la police et des troupes. Mais je pense que vous pouvez lui donner un avertissement sévère. Voulez-vous vous en occuper, frère Baldwin?
– Certainement! répondit le jeune homme avec enthousiasme.
– Combien d'hommes vous faut-il?
– Une demi-douzaine, plus deux pour garder la porte. Vous viendrez, Gower; et vous, Mansel; vous, Scanlan, et les deux Willaby.
– J'avais promis à notre nouveau frère qu'il participerait à l'expédition, dit le président.
Ted Baldwin regarda McMurdo avec des yeux qui montrèrent qu'il n'avait rien oublié ni pardonné.
– Eh bien! qu'il vienne donc! dit-il d'une voix acide. Nous sommes assez. Plus tôt le travail sera fait, mieux cela vaudra.
L'assistance se sépara sur des cris, des glapissements et des refrains de chansons d'ivrognes. Le bar était encore encombré de bambocheurs; beaucoup de frères s'y arrêtèrent. La petite équipe de service sortit et se divisa afin de ne pas attirer l'attention. Il faisait très froid; Une demi-lune brillait dans un ciel glacé et constellé. Les garçons se rassemblèrent dans une cour qui faisait face à un grand bâtiment. Les mots Vermissa Herald étaient gravés en lettres dorées entre des fenêtres brillamment éclairées. À l'intérieur, les presses d'imprimerie ronronnaient.
– Ici, vous! dit Baldwin à McMurdo. Vous resterez en bas devant la porte et vous veillerez à ce que la route soit libre et dégagée pour notre sortie. Les autres, accompagnez-moi! Ne craignez rien, les garçons, car nous avons une douzaine de témoins qui certifieront que nous nous trouvons en ce moment au bar de la maison syndicale.
Il était presque minuit. La rue était déserte. Le groupe traversa la chaussée et, après avoir poussé la porte des bureaux du journal, Baldwin et ses hommes se ruèrent dans l'escalier qui leur faisait face. McMurdo et un autre étaient restés en bas: ils entendirent au premier étage un cri, un appel au secours, des bruits de pas et un fracas de chaises. Un instant plus tard, un homme aux cheveux gris se précipita sur le palier. Avant de pouvoir aller plus loin, il fut empoigné et ses lunettes tombèrent aux pieds de McMurdo. Le bruit sourd d'une chute fut suivi d'un gémissement. Il demeura étendu la face contre terre. Une demi-douzaine de bâtons s'abattirent sur son dos. Il se tortillait, ses longs membres minces tremblaient sous les coups. Ses agresseurs s'arrêtèrent enfin; seul Baldwin, avec un sourire de dément, s'acharna sur la tête de la victime, qui essayait de se protéger avec ses mains. Des taches de sang apparurent parmi ses cheveux blancs. Baldwin, penché au-dessus du vieillard, ajustait un dernier coup qui l'aurait sans doute achevé, quand McMurdo grimpa l'escalier et l'écarta.
– Vous allez le tuer! dit-il. Assez!
Baldwin le considéra avec stupéfaction.
– Allez-vous-en au diable! cria-t-il. Qu'est-ce qui vous prend, vous qui êtes nouveau à la loge? Reculez!
Il leva son gourdin. Mais McMurdo avait déjà sorti son revolver.
– Reculez vous-même! cria-t-il. Si vous portez la main sur moi, je vous brûle la cervelle. Quant à la loge, le chef de corps n'a-t-il pas commandé que Stanger ne soit pas mis à mort? Or vous, que faites-vous sinon le tuer?
– C'est vrai, ce qu'il dit! approuva l'un des garçons.
– Vous feriez bien de vous dépêcher! cria l'homme de faction au rez-de-chaussée. Les fenêtres s'allument; vous allez avoir toute la ville à vos trousses.
De fait, on entendait des cris au-dehors, et un petit groupe de typographes et linotypistes se rassemblait dans le couloir pour passer à la contre-attaque. Laissant le corps inanimé du rédacteur en chef en haut des marches, les criminels descendirent quatre à quatre et s'enfuirent dans la rue. Quand ils eurent atteint la maison syndicale, quelques-uns se mêlèrent à la foule des clients pour chuchoter à l'oreille de McGinty que le travail avait été fait. D'autres, dont McMurdo, s'égaillèrent dans de petites rues pour rentrer chez eux.
CHAPITRE IV La vallée de la peur
Quand McMurdo s'éveilla le lendemain, il se rappela immédiatement qu'il avait été initié à la loge: la quantité d'alcool qu'il avait bu lui avait donné la migraine, et son bras, à l'endroit où il avait été marqué au fer chaud, était brûlant et enflé. Comme il avait ses revenus personnels, il ne travaillait qu'irrégulièrement; ce matin-là, il prit fort tard son petit déjeuner et ne bougea pas de chez lui. Il écrivit une longue lettre à un ami. Puis il parcourut le Herald. Dans une «dernière heure», il lut: «Agression contre les bureaux du Herald. Le rédacteur en chef grièvement blessé». Suivait un bref compte rendu des faits qu'il connaissait mieux que quiconque. L'article se terminait ainsi:
«L'affaire est maintenant commise aux soins de la police. Mais on peut à peine espérer que ses efforts soient couronnés d'un plus grand succès que par le passé. Certains agresseurs ont été reconnus; une condamnation devrait intervenir. À l'origine de cet attentat, faut-il le préciser, on retrouve cette société infâme qui tient la ville en esclavage depuis si longtemps, et contre laquelle le Herald a pris nettement position. Les nombreux amis de M. Stanger se réjouiront d'apprendre que, bien qu'il ait été frappé avec une sauvagerie cruelle et qu'il porte de nombreuses blessures à la tête, sa vie n'est pas en danger immédiat.»
Au-dessous de l'article, un entrefilet annonçait qu'une garde fournie par la police du charbon et du fer, armée de winchesters, assurerait désormais la défense des bureaux.
McMurdo avait rejeté le journal et il était en train d'allumer une pipe d'une main mal assurée quand on frappa à sa porte; la logeuse lui apportait un billet qu'un jeune garçon venait de lui remettre pour son pensionnaire. Non signé, il était conçu en ces termes:
Je voudrais vous parler, mais je préférerais que ce soit hors de chez vous. Vous me trouverez à côté du mât du drapeau au haut de Miller Hill. Si vous venez maintenant, je vous dirai quelque chose d'important pour vous et pour moi.
McMurdo lut et relut ce billet avec la plus vive surprise, car il ne pouvait deviner ce qu'il signifiait ni qui en était l'auteur. S'il avait été rédigé par une main de femme, il aurait pu supposer que c'était le commencement de l'une de ces aventures dont il avait été friand. Mais c'était une écriture masculine, et même l'écriture d'un homme instruit. Il hésita puis décida qu'il éclaircirait l'affaire.
Miller Hill est un jardin public mal tenu en plein centre de la ville. En été, les promeneurs y sont nombreux, mais en hiver il est peu fréquenté. D'en haut, on a une bonne vue non seulement sur toute la ville, mais sur la vallée. McMurdo gravit l'allée qui conduisait au restaurant désert en cette saison. À côté du restaurant il y avait un mât, et au pied du mât un homme au chapeau rabattu sur les yeux et au col de manteau relevé. Quand il se tourna vers lui, McMurdo le reconnut: c'était le frère Morris, qui la veille au soir avait encouru les foudres du chef de corps. Ils échangèrent entre eux le salut de la loge.
– Je désirais vous dire deux mots, monsieur McMurdo, commença le vieil homme sur un ton hésitant qui montrait qu'il se mouvait sur un terrain délicat. Je vous remercie d'être venu.
– Pourquoi n'avez-vous pas signé votre billet?
– Il faut être prudent, monsieur. On ne sait jamais, par les temps qui courent, les conséquences de la moindre des choses. On ne sait jamais non plus à qui se fier.