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La Vallée De La Peur

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Аннотация

La Vallée De La Peur
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– Maudit traître! siffla McGinty entre ses dents.

– Ma foi, McGinty, vous pouvez m'appeler du nom qu'il vous plaira! Vous et vos pareils vous avez été dans la vallée les ennemis de Dieu et de l'humanité. Il fallait un homme pour s'interposer entre vous et les pauvres diables que vous teniez sous votre férule. Il n'y avait qu'un seul moyen de réussir: celui que j'ai choisi. Vous me traitez de «traître», mais je parie que plusieurs milliers de personnes m'appelleront un «libérateur», qui est descendu aux enfers pour les sauver. J'y ai passé trois mois. Je ne voudrais pas revivre trois mois semblables, même pour tout le trésor de Washington! Il fallait que je reste jusqu'à ce que je possède tout, chaque homme, chaque secret, là, dans le creux de cette main. J'aurais attendu encore un peu si je n'avais appris que mon secret allait être percé. Une lettre est arrivée dans la ville: j'étais donc obligé d'agir, et d'agir promptement. Je n'ai rien d'autre à vous dire, sinon que je mourrai plus tranquille en songeant au travail que j'ai accompli dans cette vallée. Maintenant, Marvin, je ne vous retiens plus. Mettez-les sous clé. Le reste suivra.

Il n'y a plus grand-chose à conter. Scanlan avait reçu un pli cacheté à déposer à l'adresse de Mlle Ettie Shafter: mission qu'il avait acceptée avec un clin d'œil et un sourire de connivence. Aux premières heures du matin, une jolie jeune fille et un homme très emmitouflé montèrent dans un train spécial qui avait été mis à leur disposition par la compagnie des chemins de fer, et ils quittèrent à toute vapeur cette terre de danger. Ce fut la dernière fois qu'Ettie et son amant foulèrent le sol de la vallée de la peur. Dix jours plus tard, ils se mariaient à Chicago; le vieux Shafter servit de témoin à cette union.

Le procès des Éclaireurs eut lieu loin de l'endroit où leurs camarades auraient pu terroriser les gardiens de la loi. Ils se défendirent en vain. En vain l'argent de la loge (cet argent extorqué par le chantage) coula comme de l'eau pour tenter de les sauver. La déposition claire, lucide, objective de celui qui connaissait tous les détails de leur existence, de leur organisation et de leurs crimes parut irréfutable, et les astuces de la défense ne purent effacer l'impression qu'elle produisit. Enfin, après tant d'années, les Éclaireurs étaient brisés, dispersés! Pour toujours le nuage se dissipait au-dessus de la vallée. McGinty mourut sur l'échafaud; quand sonna l'heure de l'exécution, il rampa en geignant. Huit de ses principaux lieutenants partagèrent son sort. Cinquante furent condamnés à des peines diverses d'emprisonnement. Le succès de Birdy Edwards était total.

Et pourtant, ainsi qu'il l'avait pressenti, la partie était loin d'être terminée. Il y eut une autre donne à jouer, puis une autre, et encore une autre. Ted Baldwin, par exemple, échappa à l'échafaud; les Willaby également, ainsi que plusieurs autres redoutables chenapans de la bande. Pendant dix ans ils demeurèrent incarcérés; puis ils retrouvèrent la liberté. Ce jour-là, Edwards, qui connaissait son monde, sut qu'il en avait fini avec la vie paisible qu'il menait. Sur tout ce qu'ils considéraient de plus sacré, ils avaient juré que son sang vengerait leurs camarades. Ils s'acharnèrent à tenir leur serment. Il dut quitter Chicago, après deux attentats qui furent si près de réussir qu'à coup sûr le troisième aurait été le bon. Il partit de Chicago sous un nom d'emprunt pour la Californie; là la lumière sortit quelque temps de sa vie quand Ettie Edwards mourut. Une fois il faillit être tué. Travaillant dans un canyon sous le nom de Douglas avec un associé qui s'appelait Barker, il amassa une fortune. Un avertissement lui parvint: les chiens assoiffés de sang avaient de nouveau pisté sa trace. Alors il s'embarqua, juste à temps, pour l'Angleterre. Nous retrouvons ainsi le même John Douglas qui se remaria avec une femme également digne et qui vécut cinq années en gentilhomme campagnard dans le Sussex, jusqu’à ces événements étranges que nous avons relatés.

EPILOGUE

La police correctionnelle avait conclu son enquête. Le cas de John Douglas fut soumis aux assises. Il fut acquitté pour avoir agi en légitime défense. Holmes écrivit à sa femme:

À tout prix, faites-le quitter l'Angleterre. Il existe ici des organisations plus puissantes que celles auxquelles il a échappé. Il n'y a pas de sécurité possible en Angleterre pour votre mari.

Deux mois s'étaient écoulés. L'affaire était plus ou moins sortie de nos préoccupations. Un matin, un billet énigmatique fut glissé dans notre boîte aux lettres.

Mon pauvre Monsieur Holmes! Oh là là!

Tel était le texte de cette singulière épître anonyme. J'éclatai de rire. Holmes devint grave.

– Une diablerie, Watson! me dit-il.

Et il s'assit, le front soucieux.

Tard dans la soirée, Mme Hudson, notre propriétaire, nous communiqua un message: un gentleman désirait voir Holmes pour une affaire d'une extrême importance. Le visiteur fut aussitôt introduit: c'était M. Cecil Barker, notre ami du manoir aux douves. Il avait les traits tirés, les yeux hagards.

– J'apporte de mauvaises nouvelles. Une nouvelle terrible, monsieur Holmes!

– C'est bien ce que je craignais, dit Holmes.

– Vous avez reçu un câble, n'est-ce pas?

– J'ai reçu un billet de quelqu'un qui a reçu, lui, un câble.

– C'est le pauvre Douglas. On m'assure qu'il s'appelle Edwards, mais pour moi il restera toujours Jack Douglas du canyon de Benito. Je vous avais dit qu'ils étaient partis ensemble pour l'Afrique du Sud à bord du Palmyra il y a trois semaines.

– En effet.

– Le bateau a mouillé au Cap hier soir. J'ai reçu ce matin de Mme Douglas le câble suivant:

«Jack perdu par-dessus bord au cours d'une tempête au large de Ste-Hélène. Personne ne sait comment l'accident s'est produit

Ivy Douglas.»

– Ah! c'est arrivé comme ça? fit Holmes en réfléchissant Eh bien! la mise en scène a été parfaite!

– Vous voulez dire que vous ne croyez pas à la version de l'accident?

– Absolument pas.

– Il a été assassiné?

– Certainement!

– Je le pense aussi. Ces Éclaireurs de l'enfer, cette bande vindicative de criminels…

– Non, non, mon cher monsieur! dit Holmes. Il y a ici une main de maître. Il ne s'agit plus d'un fusil de chasse scié, ni de revolvers à six coups. Vous pouvez reconnaître un vrai maître à son coup de pinceau: je peux désigner un Moriarty quand j'en vois un. Ce crime ne provient pas d'Amérique, mais de Londres.

– Pour quel motif?

– Parce qu'il est perpétré par un homme qui ne peut pas se permettre d'échouer: un homme dont la situation réellement unique dépend du fait que tout ce qu'il entreprend doit réussir. Un grand cerveau et une organisation colossale se sont occupés de la disparition d'un seul homme. C'est, si vous voulez, écraser une noix avec un marteau-pilon: dépense d'énergie extravagante, mais la noix est tout de même écrasée.

– Comment cet homme a-t-il eu quelque chose à voir dans cette affaire?

– Je peux seulement dire que la première information qui nous soit parvenue provenait de l'un de ses lieutenants. Ces Américains ont été bien avisés. Ayant projeté un coup en Angleterre, ils se sont associé un grand expert criminel, comme tout criminel étranger l'aurait fait. À partir de ce moment, le destin de leur homme était scellé. D'abord Moriarty s'est contenté de mettre sa machinerie en branle pour découvrir leur cible. Puis il a indiqué comment l'affaire pouvait être menée à bien. Finalement, quand il a appris que l'assassin envoyé d'Amérique avait échoué, il l'a prise en main pour lui donner une touche magistrale suprême. Vous m'avez entendu avertir Douglas au manoir de Birlstone. Je lui disais que les dangers à venir seraient plus grands que les dangers du passé. Avais-je tort?

Barker se frappa le front de son poing fermé, dans un accès de colère impuissante.

– Me direz-vous que nous sommes contraints d'accepter cela? Êtes-vous sûr que personne ne se haussera au niveau de ce roi des démons?

– Non, je n'en suis pas sûr! répondit Holmes, dont les yeux semblaient déchiffrer un avenir lointain. Je ne dis point qu'il ne peut pas être battu. Mais vous devez me laisser du temps… Oui, vous devez me laisser du temps!

Nous demeurâmes silencieux pendant quelques minutes. Le regard prophétique cherchait encore à percer le voile.

(septembre 1914 – mai 1915)

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