Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Mais alors vous, mes ennemis, vous m’avez dérobé mes nuits pour les transformer en insomnies pleines de tourments: hélas! où donc a fui cette sagesse joyeuse?
Autrefois je demandais des présages heureux: alors vous avez fait passer sur mon chemin un monstrueux, un néfaste hibou. Hélas! Où donc s’est alors enfui mon tendre désir?
Un jour, j’ai fait vœu de renoncer à tous les dégoûts, alors vous avez transformé tout ce qui m’entoure en ulcères. Hélas! où donc s’enfuirent alors mes vœux les plus nobles?
C’est un aveugle que j’ai parcouru des chemins bienheureux: alors vous avez jeté des immondices sur le chemin de l’aveugle: et maintenant je suis dégoûté du vieux sentier de l’aveugle.
Et lorsque je fis la chose qui était pour moi la plus difficile, lorsque je célébrai des victoires où je m’étais vaincu moi-même: vous avez poussé ceux qui m’aimaient à s’écrier que c’était alors que je leur faisais le plus mal.
En vérité, vous avez toujours agi ainsi, vous m’avez enfiellé mon meilleur miel et la diligence de mes meilleures abeilles.
Vous avez toujours envoyé vers ma charité les mendiants les plus imprudents; autour de ma pitié vous avez fait accourir les plus incurables effrontés. C’est ainsi que vous avez blessé ma vertu dans sa foi.
Et lorsque j’offrais en sacrifice ce que j’avais de plus sacré: votre dévotion s’empressait d’y joindre de plus grasses offrandes: en sorte que les émanations de votre graisse étouffaient ce que j’avais de plus sacré.
Et un jour je voulus danser comme jamais encore je n’avais dansé: je voulus danser au delà de tous les cieux. Alors vous avez détourné de moi mon plus cher chanteur.
Et il entonna son chant le plus lugubre et le plus sombre: hélas! il corna à mon oreille des sons qui avaient l’air de venir du cor le plus funèbre!
Chanteur meurtrier, instrument de malice, toi le plus innocent! Déjà j’étais prêt pour la meilleure danse: alors de tes accords tu as tué mon extase!
Ce n’est qu’en dansant que je sais dire les symboles des choses les plus sublimes: – mais maintenant mon plus haut symbole est resté sans que mes membres puissent le figurer!
La plus haute espérance est demeurée fermée pour moi sans que j’aie pu en révéler le secret. Et toutes les visions et toutes les consolations de ma jeunesse sont mortes!
Comment donc ai-je supporté ceci, comment donc ai-je surmonté et assumé de pareilles blessures? Comment mon âme est-elle ressuscitée de ces tombeaux?
Oui! il y a en moi quelque chose d’invulnérable, quelque chose qu’on ne peut enterrer et qui fait sauter les rochers: cela s’appelle ma volonté. Cela passe à travers les années, silencieux et immuable.
Elle veut marcher de son allure, sur mes propres jambes, mon ancienne volonté; son sens est dur et invulnérable.
Je ne suis invulnérable qu’au talon. Tu subsistes toujours, égale à toi-même, toi ma volonté patiente! tu as toujours passé par toutes les tombes!
C’est en toi que subsiste ce qui ne s’est pas délivré pendant ma jeunesse, et vivante et jeune tu es assise, pleine d’espoir, sur les jaunes décombres des tombeaux.
Oui, tu demeures pour moi la destructrice de tous les tombeaux: salut à toi, ma volonté! Et ce n’est que là où il y a des tombeaux, qu’il y a résurrection.-
Ainsi parlait Zarathoustra.
De la victoire sur soi-même
Vous appelez «volonté de vérité» ce qui vous pousse et vous rend ardents, vous les plus sages parmi les sages.
Volonté d’imaginer l’être: c’est ainsi que j’appelle votre volonté!
Vous voulez rendre imaginable tout ce qui est: car vous doutez avec une méfiance que ce soit déjà imaginable.
Mais tout ce qui est, vous voulez le soumettre et le plier à votre volonté. Le rendre poli et soumis à l’esprit, comme le miroir et l’image de l’esprit.
C’est là toute votre volonté, ô sages parmi les sages, c’est là votre volonté de puissance; et aussi quand vous parlez du bien et du mal et des évaluations de valeurs.
Vous voulez créer un monde devant lequel vous puissiez vous agenouiller, c’est là votre dernier espoir et votre dernière ivresse.
Les simples, cependant, ceux que l’on appelle le peuple, – sont semblables au fleuve sur lequel un canot vogue sans cesse en avant: et dans le canot sont assises, solennelles et masquées, les évaluations des valeurs.
Vous avez lancé votre volonté et vos valeurs sur le fleuve du devenir; une vieille volonté de puissance me révèle ce que le peuple croit bon et mauvais.
C’est vous, ô sages parmi les sages, qui avez placé de tels hôtes dans ce canot; vous les avez ornés de parures et de noms somptueux, – vous et votre volonté dominante!
Maintenant le fleuve porte en avant votre canot: il faut qu’il porte. Peu importe que la vague brisée écume et résiste à sa quille avec colère.
Ce n’est pas le fleuve qui est votre danger et la fin de votre bien et de votre mal, ô sages parmi les sages: mais c’est cette volonté même, la volonté de puissance, – la volonté vitale, inépuisable et créatrice.
Mais, afin que vous compreniez ma parole du bien et du mal, je vous dirai ma parole de la vie et de la coutume de tout ce qui est vivant.
J’ai suivi ce qui est vivant, je l’ai poursuivi sur les grands et sur les petits chemins, afin de connaître ses coutumes.
Lorsque la vie se taisait, je recueillais son regard sur un miroir à cent facettes, pour faire parler son œil. Et son œil m’a parlé.
Mais partout où j’ai trouvé ce qui est vivant, j’ai entendu les paroles d’obéissance. Tout ce qui est vivant est une chose obéissante.
Et voici la seconde chose: on commande à celui qui ne sait pas s’obéir à lui-même. C’est là la coutume de ce qui est vivant.
Voici ce que j’entendis en troisième lieu: commander est plus difficile qu’obéir. Car celui qui commande porte aussi le poids de tous ceux qui obéissent, et parfois cette charge l’écrase: -
Dans tout commandement j’ai vu un danger et un risque. Et toujours, quand ce qui est vivant commande, ce qui est vivant risque sa vie.
Et quand ce qui est vivant se commande à soi-même, il faut que ce qui est vivant expie son autorité et soit juge, vengeur, et victime de ses propres lois.
D’où cela vient-il donc? Me suis-je demandé. Qu’est-ce qui décide ce qui est vivant à obéir, à commander et à être obéissant, même en commandant?
Écoutez donc mes paroles, ô sages parmi les sages! Examinez sérieusement si je suis entré au cœur de la vie, jusqu’aux racines de son cœur!
Partout où j’ai trouvé quelque chose de vivant, j’ai trouvé de la volonté de puissance; et même dans la volonté de celui qui obéit j’ai trouvé la volonté d’être maître.
Que le plus fort domine le plus faible, c’est ce que veut sa volonté qui veut être maîtresse de ce qui est plus faible encore. C’est là la seule joie dont il ne veuille pas être privé.
Et comme le plus petit s’abandonne au plus grand, car le plus grand veut jouir du plus petit et le dominer, ainsi le plus grand s’abandonne aussi et risque sa vie pour la puissance.