Ainsi parlait Zarathoustra
- Автор: Ницше Фридрих Вильгельм
- Год: 21
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:
Et ce n’est point là le morceau qui me fut le plus dur à avaler: la conviction que la vie elle-même a besoin d’inimitié, de trépas et de croix de martyrs: -
Mais j’ai demandé un jour, et j’étouffai presque de ma question: comment? la vie aurait-elle besoin de la canaille?
Les fontaines empoisonnées, les feux puants, les rêves souillés et les vers dans le pain sont-ils nécessaires?
Ce n’est pas ma haine, mais mon dégoût qui dévorait ma vie! Hélas! souvent je me suis fatigué de l’esprit, lorsque je trouvais que la canaille était spirituelle, elle aussi!
Et j’ai tourné le dos aux dominateurs, lorsque je vis ce qu’ils appellent aujourd’hui dominer: trafiquer et marchander la puissance – avec la canaille!
J’ai demeuré parmi les peuples, étranger de langue et les oreilles closes, afin que le langage de leur trafic et leur marchandage pour la puissance me restassent étrangers.
Et, en me bouchant le nez, j’ai traversé, plein de découragement, le passé et l’avenir; en vérité, le passé et l’avenir sentent la populace écrivassière!
Semblable à un estropié devenu sourd, aveugle et muet: tel j’ai vécu longtemps pour ne pas vivre avec la canaille du pouvoir, de la plume et de la joie.
Péniblement et avec prudence mon esprit a monté des degrés; les aumônes de la joie furent sa consolation; la vie de l’aveugle s’écoulait, appuyée sur un bâton.
Que m’est-il donc arrivé? Comment me suis-je délivré du dégoût? Qui a rajeuni mes yeux? Comment me suis-je envolé vers les hauteurs où il n’y a plus de canaille assise à la fontaine?
Mon dégoût lui-même m’a-t-il créé des ailes et les forces qui pressentaient les sources? En vérité, j’ai dû voler au plus haut pour retrouver la fontaine de la joie!
Oh! je l’ai trouvée, mes frères! Ici, au plus haut jaillit pour moi la fontaine de la joie! Et il y a une vie où l’on s’abreuve sans la canaille!
Tu jaillis presque avec trop de violence, source de joie! Et souvent tu renverses de nouveau la coupe en voulant la remplir!
Il faut que j’apprenne à t’approcher plus modestement: avec trop de violence mon cœur afflue à ta rencontre: -
Mon cœur où se consume mon été, cet été court, chaud, mélancolique et bienheureux: combien mon cœur estival désire ta fraîcheur, source de joie!
Passée, l’hésitante affliction de mon printemps! Passée, la méchanceté de mes flocons de neige en juin! Je devins estival tout entier, tout entier après-midi d’été!
Un été dans les plus grandes hauteurs, avec de froides sources et une bienheureuse tranquillité: venez, ô mes amis, que ce calme grandisse en félicité!
Car ceci est notre hauteur et notre patrie: notre demeure est trop haute et trop escarpée pour tous les impurs et la soif des impurs.
Jetez donc vos purs regards dans la source de ma joie, amis! Comment s’en troublerait-elle? Elle vous sourira avec sa pureté.
Nous bâtirons notre nid sur l’arbre de l’avenir; des aigles nous apporterons la nourriture, dans leurs becs, à nous autres solitaires!
En vérité, ce ne seront point des nourritures que les impurs pourront partager! Car les impurs s’imagineraient dévorer du feu et se brûler la gueule!
En vérité, ici nous ne préparons point de demeures pour les impurs. Notre bonheur semblerait glacial à leur corps et à leur esprit!
Et nous voulons vivre au-dessus d’eux comme des vents forts, voisins des aigles, voisins du soleiclass="underline" ainsi vivent les vents forts.
Et, semblable au vent, je soufflerai un jour parmi eux, à leur esprit je couperai la respiration, avec mon esprit: ainsi le veut mon avenir.
En vérité, Zarathoustra est un vent fort pour tous les bas-fonds; et il donne ce conseil à ses ennemis et à tout ce qui crache et vomit: «Gardez-vous de cracher contre le vent!»
Ainsi parlait Zarathoustra.
Des tarentules
Regarde, voici le repaire de la tarentule! Veux-tu voir la tarentule? Voici la toile qu’elle a tissée: touche-la, pour qu’elle se mette à s’agiter.
Elle vient sans se faire prier, la voici: sois la bienvenue, tarentule! Le signe qui est sur ton dos est triangulaire et noir; et je sais aussi ce qu’il y a dans ton âme.
Il y a de la vengeance dans ton âme: partout où tu mords il se forme une croûte noire; c’est le poison de ta vengeance qui fait tourner l’âme!
C’est ainsi que je vous parle en parabole, vous qui faites tourner l’âme, prédicateurs de l’égalité! vous êtes pour moi des tarentules avides de vengeances secrètes!
Mais je finirai par révéler vos cachettes: c’est pourquoi je vous ris au visage, avec mon rire de hauteurs!
C’est pourquoi je déchire votre toile pour que votre colère vous fasse sortir de votre caverne de mensonge, et que votre vengeance jaillisse derrière vos paroles de «justice».
Car il faut que l’homme soit sauvé de la vengeance: ceci est pour moi le pont qui mène aux plus hauts espoirs. C’est un arc-en-ciel après de longs orages.
Cependant les tarentules veulent qu’il en soit autrement. «C’est précisément ce que nous appelons justice, quand le monde se remplit des orages de notre vengeance» – ainsi parlent entre elles les tarentules.
«Nous voulons exercer notre vengeance sur tous ceux qui ne sont pas à notre mesure et les couvrir de nos outrages» – c’est ce que jurent en leurs cœurs les tarentules.
Et encore: «Volonté d’égalité» – c’est ainsi que nous nommerons dorénavant la vertu; et nous voulons élever nos cris contre tout ce qui est puissant!»
Prêtres de l’égalité, la tyrannique folie de votre impuissance réclame à grands cris l’«égalité»: votre plus secrète concupiscence de tyrans se cache derrière des paroles de vertu!
Vanité aigrie, jalousie contenue, peut-être est-ce la vanité et la jalousie de vos pères, c’est de vous que sortent ces flammes et ces folies de vengeance.
Ce que le père a tu, le fils le proclame; et souvent j’ai trouvé révélé par le fils le secret du père.
Ils ressemblent aux enthousiastes; pourtant ce n’est pas le cœur qui les enflamme, – mais la vengeance. Et s’ils deviennent froids et subtils, ce n’est pas l’esprit, mais l’envie, qui les rend froids et subtils.
Leur jalousie les conduit aussi sur le chemin des penseurs; et ceci est le signe de leur jalousie – ils vont toujours trop loin: si bien que leur fatigue finit par s’endormir dans la neige.
Chacune de leurs plaintes a des accents de vengeance et chacune de leurs louanges à l’air de vouloir faire mal; pouvoir s’ériger en juges leur apparaît comme le comble du bonheur.
Voici cependant le conseil que je vous donne, mes amis, méfiez-vous de tous ceux dont l’instinct de punir est puissant!
C’est une mauvaise engeance et une mauvaise race; ils ont sur leur visage les traits du bourreau et du ratier.
Méfiez-vous de tous ceux qui parlent beaucoup de leur justice! En vérité, ce n’est pas seulement le miel qui manque à leurs âmes.
Et s’ils s’appellent eux-mêmes «les bons et les justes», n’oubliez pas qu’il ne leur manque que la puissance pour être des pharisiens!