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Ainsi parlait Zarathoustra

Электронная книга - «Ainsi parlait Zarathoustra». Краткое содержание книги:

Ainsi parlait Zarathoustra
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Et ceci est le bonheur de l’esprit: être oint par les larmes, être sacré victime de l’holocauste, – le saviez-vous déjà?

Et la cécité de l’aveugle, ses hésitations et ses tâtonnements rendront témoignage de la puissance du soleil qu’il a regardé, – le saviez-vous déjà?

Il faut que ceux qui cherchent la connaissance apprennent à construire avec des montagnes! c’est peu de chose quand l’esprit déplace des montagnes, – le saviez-vous déjà?

Vous ne voyez que les étincelles de l’esprit: mais vous ignorez quelle enclume est l’esprit et vous ne connaissez pas la cruauté de son marteau!

En vérité, vous ne connaissez pas la fierté de l’esprit! Mais vous supporteriez encore moins la modestie de l’esprit, si la modestie de l’esprit voulait parler!

Et jamais encore vous n’avez pu jeter votre esprit dans des gouffres de neige: vous n’êtes pas assez chauds pour cela! Vous ignorez donc aussi les ravissements de sa fraîcheur.

Mais en toutes choses vous m’avez l’air de prendre trop de familiarité avec l’esprit; et souvent vous avez fait de la sagesse un hospice et un refuge pour de mauvais poètes.

Vous n’êtes point des aigles: c’est pourquoi vous n’avez pas appris le bonheur dans l’épouvante de l’esprit. Celui qui n’est pas un oiseau ne doit pas planer sur les abîmes.

Vous me semblez tièdes: mais un courant d’air froid passe dans toute connaissance profonde. Glaciales sont les fontaines intérieures de l’esprit et délicieuses pour les mains chaudes de ceux qui agissent.

Vous voilà devant moi, honorables et rigides, l’échine droite, ô sages illustres! – Vous n’êtes pas poussés par un vent fort et une volonté vigilante.

N’avez-vous jamais vu une voile passer sur la mer tremblante, arrondie et gonflée par l’impétuosité du vent?

Pareille à la voile que fait trembler l’impétuosité de l’esprit, ma sagesse passe sur la mer – ma sagesse sauvage!

Mais, vous qui êtes serviteurs du peuple, sages illustres, – comment pourriez-vous venir avec moi? -

Ainsi parlait Zarathoustra.

Le chant de la nuit

Il fait nuit: voici que s’élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes. Et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.

Il fait nuit: voici que s’éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d’amoureux.

Il y a en moi quelque chose d’inapaisé et d’inapaisable qui veut élever la voix. Il y a en moi un désir d’amour qui parle lui-même le langage de l’amour.

Je suis lumière: ah! si j’étais nuit! Mais ceci est ma solitude d’être enveloppé de lumière.

Hélas! Que ne suis-je ombre et ténèbres! Comme j’étancherais ma soif aux mamelles de la lumière!

Et vous-mêmes, je vous bénirais, petits astres scintillants, vers luisants du ciel! et je me réjouirais de la lumière que vous me donneriez.

Mais je vis de ma propre lumière, j’absorbe en moi-même les flammes qui jaillissent de moi.

Je ne connais pas la joie de ceux qui prennent; et souvent j’ai rêvé que voler était une volupté plus grande encore que prendre.

Ma pauvreté, c’est que ma main ne se repose jamais de donner; ma jalousie, c’est de voir des yeux pleins d’attente et des nuits illuminées de désir.

Misère de tous ceux qui donnent! Ô obscurcissement de mon soleil! Ô désir de désirer! Ô faim dévorante dans la satiété!

Ils prennent ce que je leur donne: mais suis-je encore en contact avec leurs âmes? Il y a un abîme entre donner et prendre; et le plus petit abîme est le plus difficile à combler.

Une faim naît de ma beauté: je voudrais faire du mal à ceux que j’éclaire; je voudrais dépouiller ceux que je comble de mes présents: – c’est ainsi que j’ai soif de méchanceté.

Retirant la main, lorsque déjà la main se tend; hésitant comme la cascade qui dans sa chute hésite encore: – c’est ainsi que j’ai soif de méchanceté.

Mon opulence médite de telles vengeances: de telles malices naissent de ma solitude.

Mon bonheur de donner est mort à force de donner, ma vertu s’est fatiguée d’elle-même et de son abondance!

Celui qui donne toujours court le danger de perdre la pudeur; celui qui toujours distribue, à force de distribuer, finit par avoir des callosités à la main et au cœur.

Mes yeux ne fondent plus en larmes sur la honte des suppliants; ma main est devenue trop dure pour sentir le tremblement des mains pleines.

Que sont devenus les larmes de mes yeux et le duvet de mon cœur? Ô solitude de tous ceux qui donnent! Ô silence de tous ceux qui luisent!

Bien des soleils gravitent dans l’espace désert: leur lumière parle à tout ce qui est ténèbres, – c’est pour moi seul qu’ils se taisent.

Hélas! telle est l’inimitié de la lumière pour ce qui est lumineux! Impitoyablement, elle poursuit sa course.

Injustes au fond du cœur contre tout ce qui est lumineux, froids envers les soleils – ainsi tous les soleils poursuivent leur course.

Pareils à l’ouragan, les soleils volent le long de leur voie; c’est là leur route. Ils suivent leur volonté inexorable; c’est là leur froideur.

Oh! C’est vous seuls, êtres obscurs et nocturnes qui créez la chaleur par la lumière! Oh! C’est vous seuls qui buvez un lait réconfortant aux mamelles de la lumière!

Hélas! La glace m’environne, ma main se brûle à des contacts glacés! Hélas la soif est en moi, une soif altérée de votre soif!

Il fait nuit: hélas! Pourquoi me faut-il être lumière! et soif de ténèbres! et solitude!

Il fait nuit: voici que mon désir jaillit comme une source, – mon désir veut élever la voix.

Il fait nuit: voici que s’élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes. Et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.

Il fait nuit: voici que s’éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d’amoureux.-

Ainsi parlait Zarathoustra.

Le chant de la danse

Un soir Zarathoustra traversa la forêt avec ses disciples; et voici qu’en cherchant une fontaine il parvint sur une verte prairie, bordée d’arbres et de buissons silencieux: et dans cette clairière des jeunes filles dansaient entre elles. Dès qu’elles eurent reconnu Zarathoustra, elles cessèrent leurs danses; mais Zarathoustra s’approcha d’elles avec un geste amical et dit ces paroles:

«Ne cessez pas vos danses, charmantes jeunes filles! Ce n’est point un trouble-fête au mauvais œil qui est venu parmi vous, ce n’est point un ennemi des jeunes filles!

Je suis l’avocat de Dieu devant le Diable: or le Diable c’est l’esprit de la lourdeur. Comment serais-je l’ennemi de votre grâce légère? 1’ennemi de la danse divine, ou encore des pieds mignons aux fines chevilles?

Il est vrai que je suis une forêt pleine de ténèbres et de grands arbres sombres; mais qui ne craint pas mes ténèbres trouvera sous mes cyprès des sentiers fleuris de roses.

Il trouvera bien aussi le petit dieu que les jeunes filles préfèrent: il repose près de la fontaine, en silence et les yeux clos.

En vérité, il s’est endormi en plein jour, le fainéant! A-t-il voulu prendre trop de papillons?

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