L’Homme Au Masque De Fer
- Автор: Бернед Артур
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «L’Homme Au Masque De Fer». Краткое содержание книги:
– Mon enfant, regarde bien ton père. C’est un vaillant gentilhomme qui ne peut que te donner de bons exemples. Aime-le sans cesse. Imite-le toujours. Et plus tard, quand tu seras grand, tu te souviendras que peu de temps avant qu’il ne s’en fût rendre ses comptes à Dieu, le cardinal de Richelieu ne t’a pas donné sa bénédiction, parce qu’on ne bénit pas un ange, mais a imprimé sur ton front un baiser affectueux.
Le cardinal approcha ses lèvres du front que lui tendait le fils de Mazarin et d’Anne d’Autriche. Puis, le contemplant encore, il murmura:
– Comme il ressemble à son frère!
Et tout à coup, il fit:
– Chevalier, vous pouvez vous retirer avec votre fils. Veillez sur lui, car il se peut qu’un jour, de graves dangers le menacent, et ce ne sera pas trop de votre épée pour les écarter de son chemin…
Castel-Rajac s’inclina profondément devant le premier ministre et sortit.
En emmenant l’enfant, les paroles prononcées au cours de cet entretien lui revinrent à la mémoire. Il songea:
– Pour que le cardinal m’ait parlé de la sorte, et témoigné en présence de cet enfant un trouble aussi profond, il faut que mon fils soit celui d’un bien grand personnage et d’une bien grande dame!
Comme il se faisait tard, le chevalier, ne voulant pas voyager de nuit, à cause du jeune Henry, auquel il voulait éviter les fatigues d’un déplacement nocturne, se décida à souper et à coucher dans la ville de Pau.
Ses moyens, plutôt restreints, ne lui permettaient de se rendre que dans une très modeste auberge.
C’était une hostellerie où se rencontrait un monde plutôt mélangé. Ce qui ne l’empêcha nullement de manger avec un superbe appétit, ainsi d’ailleurs que le petit Henry, qui, pendant tout le repas, se montra d’une grande gaieté.
Ce ne fut qu’à la fin du souper que ses yeux commencèrent à papilloter. Et Gaëtan, qui veillait sur lui avec autant de vigilance qu’une mère, l’emmena se coucher dans la chambre qu’il avait retenue au second étage de la maison.
Quand le petit fut dévêtu et endormi, comme il était trop tôt pour qu’il en fasse autant, Castel-Rajac descendit dans le jardin et s’en fut s’asseoir sur un banc, dans un bosquet, où il se mit à rêver à la jolie Marie de Rohan, devenue l’idole exclusive de sa vie.
Mais bientôt, son attention fut attirée par un murmure de voix assez rapproché.
– Mordiou! pensa-t-il. Quels sont ceux qui prennent les arbres comme confidents? C’est quelquefois une méthode dangereuse…
Il distingua plusieurs voix d’hommes. Il prêta l’oreille. Soudain, l’un d’eux prononça un nom qui le fit tressaillir.
– Sangdiou! Serait-ce la Providence qui m’a guidé jusqu’ici? fit-il entre ses dents.
Le chevalier n’avait plus envie de rire. Sans doute les paroles qu’il entendait étaient-elles de la plus haute gravité, car son visage revêtit une expression d’inquiétude assez vive.
Maintenant, il s’était levé, et, à pas de loup, prenant bien garde de ne point faire craquer sous ses semelles quelque brindille, il s’était approché autant qu’il l’avait pu du groupe dont il n’était séparé que par un simple buisson.
Retenant sa respiration, il écouta quelques instants de la sorte. Enfin, il se redressa lentement. Les personnages dont il venait de surprendre les propos s’éloignaient maintenant dans la direction de la ville.
Castel-Rajac les laissa partir. Après quoi, il remonta dans sa chambre.
Son fils d’adoption dormait d’un sommeil à la fois paisible et profond.
Alors, il boucla son ceinturon, enfonça son feutre sur sa tête, se drapa dans son manteau, et, d’un pas rapide, gagna le château de Pau.
Devant la grille, une ombre se dressa, croisa son arme devant lui.
– Qui vive? fit une voix.
– Où est le chef de poste?
– Qui êtes-vous?
– Un gentilhomme qui veut être introduit immédiatement auprès de M. le capitaine des gardes de Son Éminence!
La sentinelle regarda d’un air défiant cet inconnu, puis devant l’insistance de Castel-Rajac qui s’écriait déjà qu’il allait entrer de gré ou de force, elle alla chercher l’officier de service.
Celui-ci comprit qu’il avait affaire à un gentilhomme. À la demande du Gascon, il s’inclina avec politesse, mais répondit que Son Éminence était partie pour Bordeaux depuis une demi-heure, et que le capitaine de ses gardes, M. le baron de Savières, l’accompagnait.
– Tiens! philosopha Castel-Rajac, en souriant dans sa moustache, il s’en est fallu de peu que je me retrouve nez à nez avec ce sympathique capitaine…
Il laissa échapper un sonore juron gascon et gronda:
– Pourvu que je n’arrive pas trop tard!
– Que se passe-t-il donc? interrogeait l’officier, déjà inquiet.
– Je viens de découvrir un complot qui a pour but d’assassiner le cardinal au cours de son retour à Paris!
L’officier eut un haut-le-corps.
– Est-ce possible!
– J’en suis sûr! Aussi, il n’y a pas une minute à perdre! Donnez-moi un cheval, un très bon cheval, et je réponds de tout!
Comme son interlocuteur le regardait avec une certaine méfiance, se demandant quel crédit il devait accorder à cet inconnu qui voulait réquisitionner un cheval appartenant au service de Son Éminence, Gaëtan s’exclama:
– Je suis le chevalier de Castel-Rajac, et tout le monde, dans le pays, vous affirmera que je dis toujours la vérité!
– Ça, c’est vrai! dit un soldat en s’avançant.
– Tiens, c’est toi… Crève-Paillasse! lançait le chevalier en reconnaissant un jeune paysan originaire de la localité pyrénéenne où il s’était retiré.
– Oui, monsieur le chevalier! répondait le soldat. Il y a justement à l’écurie un pur-sang qui ne demande qu’à galoper un train d’enfer!
– Eh bien! amène-le-moi vite! commandait déjà l’amant de la duchesse de Chevreuse.
Mais l’officier de service intervenait à nouveau.
– Minute! Il me faut d’autres garanties!
Castel-Rajac fronça les sourcils.
– Prenez garde, monsieur l’officier, s’écria-t-il. Vous assumez là une lourde responsabilité! Chaque minute que vous me faites perdre risque de coûter la vie à Son Éminence! Et s’il arrive malheur au cardinal de Richelieu, je ne manquerai point de dire très haut que c’est par votre faute!
Ce dernier argument dissipa les scrupules du militaire.
– Va chercher le cheval! lança-t-il à Crève-Paillasse qui partit aussitôt.
Moins de cinq minutes après, Gaëtan sautait en selle et partait au triple galop sur la route de Bordeaux.
Crève-Paillasse avait dit vrai. Sa monture, une bête admirable, avait véritablement des ailes.
Castel-Rajac galopa environ pendant deux lieues à francs étriers. Puis, à un détour du chemin, il aperçut des lueurs de torches, en même temps que son ouïe, très fine, percevait un cliquetis d’armes, révélateur d’un proche combat.
– Sangdiou! grommela-t-il. Est-ce que j’arriverais trop tard, déjà?