L’Homme Au Masque De Fer
- Автор: Бернед Артур
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «L’Homme Au Masque De Fer». Краткое содержание книги:
Il parla haut et fort. La réponse ne se fit pas attendre: le lendemain même, les chefs les plus populaires et les plus influents furent arrêtés. Carton, Blancmesnil et Broussel furent incarcérés.
Ce fut, de la part du rusé Italien, un pas de clerc. Le peuple, qui grognait ou chantait lorsqu’on l’accablait d’impôts, se révolta carrément. Des barricades s’élevèrent.
Anne d’Autriche, fort effrayée, manda en hâte son ministre auprès d’elle.
– Qu’allons-nous faire? s’écria la régente. Voyez ce qui se passe…
– Madame, répondit le Florentin, lorsqu’on n’est pas les plus forts, il faut céder. Donnez l’ordre d’élargir les prisonniers, en feignant d’agir par clémence pure. Le peuple en saura gré à Votre Majesté, s’apaisera, et les messieurs du Parlement vous seront également reconnaissants de ce geste plein de mansuétude.
– Comment? s’emporta la reine, dont l’orgueilleux sang espagnol se révoltait à l’idée des concessions. Ce seront donc les factieux qui auront raison?
– Que non. Madame! sourit l’Italien. Ce sera chacun son tour de chanter la canzonetta…
Cependant, le ministre avait vu juste. Dès que les parlementaires furent élargis, le peuple mua ses menaces en clameurs d’enthousiasme, voulut porter Broussel en triomphe, et cria vive la reine et vive le premier ministre. Un vent de popularité soufflait.
Il ne dura pas longtemps.
Mazarin était patient. Lorsqu’il crut favorable l’occasion, il agit.
Le prince de Condé était un de ces grands seigneurs turbulents, actifs, pleins de feu et de courage, qui ne demandent qu’à dépenser leur ardeur. Il pouvait devenir un ennemi dangereux, car il commandait les troupes et était fort populaire dans l’armée.
Mazarin, par des promesses, le gagna à la cause royale. Mais Condé n’était pas seul. Longueville, Conti, Beaufort, Elbeuf, s’estimèrent lésés par cette brusque faveur, et, faisant cause commune avec le Parlement qui n’avait point désarmé, ameutèrent si bien l’opinion qu’un beau matin, la situation devint tout à fait menaçante pour la Cour.
– Nous pendrons ce faquin de Mazarin! affirmait-on tout haut.
Mazarin tenait à son cou; la régente tenait à Mazarin, pour des raisons qui n’étaient pas toutes d’État.
Aussi fallut-il aviser sans retard. Le ministre fit mander tout de suite dans son cabinet le lieutenant de Castel-Rajac, dont il connaissait le dévouement à la cause royale, et qu’il savait aussi homme de bon conseil.
– Mordious, Éminence, répliqua vivement le Gascon lorsqu’il fut mis au courant de la situation, il n’y a pas à hésiter! Il faut mettre en sûreté Sa Majesté la Régente et le jeune Roi! Espérons que tout ceci se réduira à une échauffourée, mais on ne sait jamais jusqu’à quelles extrémités peuvent se porter tous ces excités!
– J’y avais pensé, chevalier! Je vais conseiller à Sa Majesté de fuir à Saint-Germain, où elle attendra avec le roi son fils la fin de cette ridicule aventure… Car ce n’est qu’une aventure, n’est-ce pas, monsieur le chevalier?
– Naturellement, Éminence!
– Puis-je compter sur vous pour escorter le carrosse royal et le faire parvenir coûte que coûte et sans risque jusqu’à Saint-Germain?
Castel-Rajac étendit la main.
– Sur le nom que je porte, Éminence, il en sera ainsi!
– C’est bien! La Cour se mettra donc sous la protection des mousquetaires que vous commandez, chevalier. Nous partirons aussitôt que possible, aujourd’hui même…
Deux heures plus tard, quatre carrosses, dans lesquels avaient pris place la Reine, le Dauphin, Mme de Chevreuse, quelques personnes de la suite et Mazarin, partaient au grand galop dans la direction de Saint-Germain, entourés par un détachement de mousquetaires dont Castel-Rajac avait pris la tête.
Il avait sous sa protection non seulement ce qui représentait la tête de la France, mais encore celle pour laquelle il avait un véritable culte: sa chère Marie.
Elle se trouvait dans la voiture de la reine. Gaëtan chevauchait avec d’Assignac d’un côté du carrosse; le capitaine de Guissancourt occupait l’autre portière avec Laparède. Les autres mousquetaires galopaient à l’avant et à l’arrière.
Il y eut quelques murmures au passage du cortège. Quelqu’un hurla:
– Au feu, le Mazarin!
L’Italien, tout pâle, se rejeta au fond de la voiture.
– Eh! mordiou, Éminence! lui dit Castel-Rajac sans façon, ne vous montrez pas, ou je ne réponds plus de rien, moi!
Quelques exaltés firent mine de vouloir arrêter les chevaux. Mais le Gascon, à grands coups de plat d’épée, déblaya le chemin. Il clama:
– Gare, sangdiou! la prochaine fois, ce sera avec le fil, que je frapperai!
Cette menace eut le don de faire refluer la foule immédiatement, et l’équipage, au grand galop de ses chevaux, passa sans encombre.
Ils arrivèrent sains et saufs au château. Là la Cour était en sûreté. L’orage s’apaiserait tout seul et, dans quelque temps, rien ne s’opposerait à un retour dans la capitale.
Pourtant, les choses durèrent plus longtemps que prévu.
– Cela ne peut continuer ainsi! s’écria un jour la bouillante Autrichienne, alors qu’avec son amie inséparable, elles causaient des derniers événements qui les forçaient à rester à l’écart de la capitale. Il faut prendre un parti!
– Je n’en vois qu’un! répondit la belle duchesse. Il faut appeler les Espagnols à notre aide!
Anne d’Autriche eut un haut-le-corps.
– C’est un parti dangereux!
– Mais nécessaire! Les Espagnols ne vous refuseront certainement pas leur aide!
– Marie, il n’y faut pas compter! Ce serait introduire l’ennemi en France!
– Que faire, lorsque vos propres amis vous trahissent?
La reine hésita.
– Si nous déclenchons la guerre civile, les événements peuvent nous entraîner très loin…
– Anne! préférez-vous rester éloignée de votre capitale longtemps encore? Les factieux ont besoin d’une punition! Les armées du roi d’Espagne sauront la leur donner!
– J’en parlerai au cardinal, dit enfin la Régente, partagée entre le désir de se montrer la plus forte dans ce duel engagé avec le Parlement et les mécontents, et la sagesse qui lui déconseillait une telle entreprise.
Mais lorsque Mazarin fut mis au courant de l’idée de la duchesse, il s’y montra catégoriquement opposé.
Certes, le Florentin avait bien des défauts; il était cupide, avare et rusé, mais il était doué d’un grand bon sens, et soit attachement fidèle à la Régente et au petit Roi, soit parce que, devenu premier ministre, il sentait toute la responsabilité qui lui pesait aux épaules et entendait remplir sa tâche loyalement et au plus grand profit du peuple dont il avait la sauvegarde, il se refusa à entrer dans cette combinaison qui pouvait avoir pour la France les plus funestes et les plus dangereuses conséquences.
Le projet de la duchesse de Chevreuse fut donc repoussé et on n’en parla plus.
Pendant ce temps, Condé, qui avait pris la tête du mouvement insurrectionnel, s’occupait activement à lever des troupes dans le Midi. Il rencontra les troupes royales à Bléneau et les battit. Alors, il entra en maître dans Paris, à la grande fureur d’Anne d’Autriche.