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Les consultations du docteur Noir

Электронная книга - «Les consultations du docteur Noir». Краткое содержание книги:

C'est un entretien entre le poète Stello et le docteur Noir, qui lui enseigne que le poète est condamné par la société.
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Marie de Saint-Chamans,

Agée de quinze ans.

Pauvre enfant! j'ai retrouvé hier son nom, et vous le montrerai sur une liste annotée de la main de Robespierre. Il y a en marge:

"Beaucoup prononcée en fanatisme et contre la liberté, quoique très jeune."

Quoique très jeune! Il avait eu un moment de pudeur, le galant homme!

En réfléchissant, je me retournai. Madame de Saint-Aignan, entièrement et toujours abandonnée à son chagrin, pleurait encore. Il est vrai que trois minutes m'avaient suffi, comme vous pensez bien, pour lire, et lire lentement, ce qu'il me faut bien plus de temps pour me rappeler et vous raconter.

Je trouvai pourtant qu'il y avait une sorte d'obstination ou de timidité à conserver cette attitude aussi longtemps. Quelquefois on ne sait par quel chemin revenir d'un éclat de douleur, surtout en présence des caractères puissants et contenus, qu'on appelle froids parce qu'ils renferment des pensées et des sensations hors de la mesure commune, et qui ne tiendraient pas dans des dialogues ordinaires. Quelquefois aussi on ne veut pas en revenir, à moins que l'interlocuteur ne fasse quelque question sentimentale. Moi, cela m'embarrasse. Je me retournai encore, comme pour suivre l'histoire de ma chaise et de ceux qui y avaient veillé, pleuré, blasphémé, prié ou dormi.

XXVII. Une femme est toujours un enfant

J'eus le temps de lire encore ceci, qui vous fera battre le coeur:

Souffre, ô coeur gros de haine, affamé de justice.

Toi, Vertu, pleure si je meurs.

Point de signature, et plus bas:

J'ai vu sur d'autres yeux, qu'Amour faisait sourire,

Ses doux regards s'attendrir et pleurer,

Et du miel le plus doux que sa bouche respire

Un autre s'enivrer.

Comme j'approchais minutieusement les yeux de l'écriture, y portant aussi la main, je sentis sur mon épaule une main qui n'était point pesante. Je me retournai: c'était la gracieuse prisonnière, le visage encore humide, les joues moites, les lèvres humectées, mais ne pleurant plus. Elle venait à moi et je sentis, à je ne sais quoi, que c'était pour s'arracher du coeur quelque chose de difficile à dire et que je n'y avais pas voulu prendre.

Il y avait dans ses regards et sa tête penchée quelque chose de suppliant qui disait tout bas:»Mais interrogez-moi donc!

– Eh bien, quoi? lui dis-je tout haut en détournant la tête seulement.

– N'effacez pas cette écriture-là, dit-elle d'une voix douce et presque musicale, en se penchant tout à fait sur mon épaule. Il était dans cette cellule; on l'a transféré dans une autre chambre, dans l'autre cour. M. de Chénier est tout à fait de nos amis, et je suis bien aise de conserver ce souvenir de lui pendant le temps qui me reste."

Je me retournai, et je vis une sorte de sourire effleurer sa bouche sérieuse.

"Que pourraient vouloir dire ces derniers vers? continua-t-elle. On ne sait vraiment pas quelle jalousie ils expriment.

– Ne furent-ils pas écrits avant qu'on ne vous eût séparée de M. le duc de Saint-Aignan?» lui dis-je avec indifférence.

Depuis un mois, en effet, son mari avait été transféré dans le corps de logis le plus éloigné d'elle.

Elle sourit sans rougir.

"Ou bien, poursuivis-je sans le remarquer, seraient-ils faits pour mademoiselle de Coigny?»

Elle rougit sans sourire, cette fois, et retira ses bras de mon épaule avec un peu de dépit. Elle fit un tour dans la chambre.

"Qui peut, dit-elle, vous faire soupçonner cela? Il est vrai que cette petite est bien coquette; mais c'est une enfant. Et, poursuivit-elle avec un air de fierté, je ne sais pas comment on peut penser qu'un homme d'esprit comme M. de Chénier soit occupé d'elle à ce point-là.

– Ah! jeune femme, pensai-je en l'écoutant, je sais bien ce que tu veux que l'on te dise; mais j'attendrai. Fais encore un pas vers moi."

Voyant ma froideur, elle prit un grand air et vint à moi comme une reine.

"J'ai une très haute idée de vous, monsieur, me dit-elle, et je veux vous le prouver en vous confiant cette boîte qui renferme un médaillon précieux. Il est question, dit-on, de fouiller une seconde fois les prisons. Nous fouiller, c'est nous dépouiller. Jusqu'à ce que cette inquiétude soit passée, soyez assez bon pour garder ceci. Je vous le redemanderai quand je me croirai en sûreté pour tout, hormis pour la vie, dont je ne parle pas.

– Bien entendu, dis-je.

– Vous êtes franc au moins, dit-elle en riant malgré qu'elle en eût, mais vous vous adressez bien, et je vous remercie de me connaître assez de courage pour qu'on puisse me parler gaiement de ma mort."

Elle prit sous son chevet une petite boîte de maroquin violet, dans laquelle un ressort ouvert me fit entrevoir une peinture. Je pris la boîte, et, la serrant avec le pouce, je la refermai à dessein. Je baissais les yeux, je faisais la moue, je balançais la tête d'un air de président; enfin j'avais l'air doctoral et distrait d'un homme qui, par délicatesse, ne veut même pas savoir ce qu'il se charge de conserver en dépôt. – Je l'attendais là.

"Mon Dieu! dit-elle, que n'ouvrez-vous cette boîte? je vous le permets.

– Eh! madame la duchesse, lui dis-je, croyez bien que la nature du dépôt ne peut influer sur ma discrétion et ma fidélité. Je ne veux pas savoir ce que renferme la boîte."

Elle prit un autre ton un peu bref, absolu et vif.

"Ah çà! je ne veux point que vous pensiez que ce soit un mystère: c'est la chose la plus simple du monde. Vous savez que M. de Saint-Aignan, à vingt-sept ans, est à peu près du même âge que M. de Chénier. Vous avez pu remarquer qu'ils ont beaucoup d'attachement l'un pour l'autre. M. de Chénier s'est fait peindre ici: il nous a fait promettre de conserver ce souvenir si nous lui survivions. C'est un quine à la loterie, mais enfin nous avons promis; et j'ai voulu garder moi-même ce portrait, qui certainement serait celui d'un grand homme si on connaissait les choses qu'il m'a lues.

– Quoi donc?» dis-je d'un air surpris.

Elle fut bien aise de mon étonnement, et prit à son tour un air de discrétion en se reculant un peu.

"Il n'y a que moi, absolument que moi, qui aie la confidence de ses idées, dit-elle, et j'ai donné ma parole de n'en rien révéler à qui que ce soit, même à vous. Ce sont des choses d'un ordre très élevé. Il se plaît à en causer avec moi.

– Et quelle autre femme pourrait l'entendre?» dis-je en courtisan véritable; car depuis longtemps une autre femme et M. de Pange m'en avaient donné des fragments.

Elle me tendit la main: c'était tout ce qu'elle voulait. Je baisai le bout effilé de ses doigts blancs, et je ne pus empêcher mes lèvres de dire sur sa main en l'effleurant:»Hélas! madame, ne dédaignez pas mademoiselle de Coigny, car une femme est toujours un enfant."

XXVIII. Le réfectoire

On m'avait enfermé, selon l'usage, avec la gracieuse prisonnière; comme je tenais encore sa main, les verrous s'ouvrirent, un guichetier cria:»Bérenger, femme Aignan! – Allons! hé! au réfectoire! Ho! hé!

– Voilà, me dit-elle avec une voix bien douce et un sourire très fin, voilà mes gens qui m'annoncent que je suis servie."

Je lui donnai le bras et nous entrâmes dans une grande salle au rez-de-chaussée, en baissant la tête pour passer les portes basses et les guichets.

Une table large et longue, sans linge, chargée de couverts de plomb, de verres d'étain, de cruches de grès, d'assiettes de faïence bleue; des bancs de bois de chêne noir, luisant, usé, rocailleux et sentant le goudron; des pains ronds entassés dans des paniers; des piliers grossièrement taillés posant leurs pieds lourds sur des dalles fendues, et supportant de leur tête informe un plancher enfumé; autour de la salle, des murs couleur de suie, hérissés de piques mal montées et de fusils rouillés, tout cela éclairé par quatre gros réverbères à fumée noire, et rempli d'un air de cave humide qui faisait tousser en entrant: voilà ce que je trouvai.

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