Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
Iza ouvrit les yeux aux premiers rayons de soleil. Elle resta allongée à écouter le chant intarissable des oiseaux saluant le jour nouveau. D’ici peu, pensa-t-elle, elle s’éveillerait dans la caverne. Il ne lui déplaisait pas de dormir à la belle étoile, quand le temps était clément, mais il lui tardait de retrouver la sécurité des parois d’une grotte. Elle songea à la cérémonie et à toutes les tâches qui l’attendaient, et elle se leva promptement, sans faire de bruit.
Creb était déjà réveillé. En le retrouvant exactement comme elle l’avait quitté la veille, assis devant le feu, elle se demanda si seulement il avait dormi. Elle mit de l’eau à chauffer, et quand elle lui apporta son infusion de menthe et d’ortie, Ayla était déjà assise auprès du vieil homme. Elle alla quérir pour la fillette des restes du dîner de la veille car, ce jour-là, les hommes et les femmes ne mangeraient pas avant le festin rituel.
Vers la fin de l’après-midi, des fumets exquis s’échappaient de plusieurs feux où mijotait la nourriture, aux abords de la caverne. Les femmes avaient déballé les ustensiles de cuisine qu’elles avaient pu sauver du tremblement de terre. Des récipients d’osier tressé selon des trames variées servaient aussi bien à puiser de l’eau dans la mare qu’à y cuire ou contenir divers aliments. On faisait le même usage des bols en bois. Les larges os iliaques servaient, eux, de plats et de plateaux, tandis que les cuillers à touiller étaient faites de côtes. Mâchoires, os frontaux offraient de leur côté un assortiment de coupes et de louches. Enfin des écorces de noisetier collées ensemble avec de la résine de pin et renforcées astucieusement par des tendons formaient une variété de récipients de toutes formes.
Dans une outre, suspendue au-dessus d’un feu à trépied lié par une lanière de cuir, mitonnait un savoureux potage, objet d’une surveillance sans défaut, car il fallait que le niveau du liquide dépasse toujours les flammes, maintenant ainsi une température trop basse pour que la peau risque de prendre feu. Ayla observait Uka remuer doucement des morceaux de viande coupés dans le cou du bison, qui avaient été mis à cuire avec des oignons sauvages, du pas-d’âne, et diverses herbes. Uka goûtait de temps à autre le potage, dans lequel elle avait ajouté des champignons coupés en lamelles, des chardons ébarbés, des bulbes et des bourgeons de lis, du cresson sauvage, des bourgeons de laiterons ainsi que des airelles datant d’une cueillette précédant le cataclysme et que les femmes avaient également emportées.
Les fibres dures de vieux rhizomes de massettes avaient été broyées et ôtées. Des myrtilles séchées et des graines grillées agrémentaient la pâte des galettes de pain sans levain qui cuisaient sur des pierres près du feu. Des ansérines, du jeune trèfle et des feuilles de pissenlit cuisaient dans une autre marmite d’osier, tandis qu’une sauce faite d’une compote de pommes séchées mélangée à des pétales de roses et à du miel mijotait sur un autre feu.
Iza avait été particulièrement contente de voir Zoug rentrer de sa chasse avec quelques lagopèdes : leur vol bas en faisait des proies faciles pour l’habile frondeur. C’était le mets préféré de Creb. Farcis d’herbes odorantes et enveloppés dans des feuilles de vigne sauvage, les goûteux volatiles cuisaient à part dans une petite fosse à rôtir. Des lièvres et des hamsters géants, dépecés et vidés, rôtissaient au-dessus des braises, tandis que des tas de petites fraises sauvages brillaient d’un rouge vif au soleil.
C’était un festin à la hauteur de l’événement.
Ayla n’en pouvait plus d’attendre. Elle avait passé la journée entière à errer autour des plats fumants. Iza et Creb semblaient des plus affairés ; quant à Oga, elle aidait les femmes à la cuisine. Personne n’avait le temps ni le moindre désir de s’occuper de la petite fille qui, après s’être fait rabrouer à plusieurs reprises, s’efforça de se tenir à distance.
Tandis que le soleil couchant allongeait les ombres autour de la caverne, un silence attentif s’abattit sur le clan. Tout le monde s’approcha de la fosse où mijotaient les quartiers de bison. Ebra et Uka commençaient déjà à retirer l’argile chaude qui recouvrait la bête ; ôtant la couche de feuilles roussies, elles découvrirent l’appétissante chair exhalant un fumet qui mit l’eau à la bouche de chacun. La viande fut extraite du foyer avec précaution, tant les quartiers cuits à point risquaient de se détacher. Puis le soin de découper et de servir échut à Ebra, la compagne du chef, qui, avec orgueil, offrit le premier morceau à son fils.
Broud s’avança pour recevoir son dû sans afficher la moindre modestie. Une fois les hommes servis, les femmes, puis les enfants reçurent leur part, la dernière étant réservée à Ayla, et un grand silence tomba sur le clan tout occupé à dévorer la viande savoureuse.
Ce fut un interminable festin où chacun eut le loisir de se resservir à volonté. Si les femmes avaient travaillé dur, les louanges qu’elles en tirèrent les récompensèrent largement de leur peine, ainsi que la pensée de ne plus avoir à cuisiner de plusieurs jours. Quand tous furent gavés, ils se reposèrent, car une longue nuit les attendait.
Quand la pénombre s’installa, l’atmosphère doucement paresseuse de l’après-midi se chargea peu à peu de fébrilité. Sur un regard de Brun, les femmes firent rapidement disparaître les reliefs du repas et prirent place autour d’un feu dressé à l’entrée de la caverne. La disposition des membres du clan obéissait à des règles très strictes, correspondant au rang de chacun. Les femmes avaient pris place d’un côté de l’assemblage de branches mortes, et les hommes de l’autre, chacune et chacun selon sa position hiérarchique. Seul Mog-ur ne se trouvait pas parmi eux.
Brun fit signe à Grod qui s’avança dignement, sans se presser, et sortit de sa corne d’aurochs le charbon ardent provenant en ligne directe du feu allumé dans l’ancienne caverne. La survie de ce feu était étroitement liée à celle du clan. L’allumer à l’entrée de leur nouvelle demeure consacrait la possession et la pérennité de celle-ci.
La maîtrise de ce feu était primordiale pour l’homme en ces régions froides. La fumée même possédait des vertus. Son odeur seule suscitait le sentiment de sécurité d’avoir un abri. La fumée pénétrerait dans la caverne, monterait jusqu’à la voûte, s’insinuerait dans les fissures de la roche, éloignerait les forces du mal, assainirait la grotte et l’imprégnerait de l’essence même de l’homme.
Allumer le feu n’était qu’un des rites marquant l’inauguration d’une nouvelle caverne. L’un d’eux avait pour but de familiariser les esprits des totems protecteurs avec leur nouvelle résidence. Célébré par Mog-ur, ce rituel s’accomplissait sous la direction du sorcier par sexes séparés. A cette occasion, c’était Iza qui préparait le breuvage de la cérémonie consacrée aux hommes.
L’heureuse issue de la chasse avait témoigné de l’approbation des totems, et le festin confirmait leur intention d’en faire un lieu de résidence permanent, même si le clan était appelé à s’absenter plus ou moins longuement à certaines époques. Les esprits totémiques voyageaient également, mais tant que les membres du clan étaient en possession de leurs amulettes, leurs totems pouvaient les rejoindre depuis la caverne à chaque fois que leur présence était requise.
Dans la mesure où les esprits étaient forcément présents lors de la cérémonie d’inauguration d’une caverne, d’autres rituels pouvaient y être adjoints. Dans ce cas, ces derniers, associés à un événement aussi solennel que l’entrée en possession d’une nouvelle demeure, s’en trouvaient considérablement grandis.