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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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— Vorn, je pense que tu es assez grand maintenant, lui fit-il comprendre avec toute la solennité seyant à l’homme qu’il était désormais. Je vais te fabriquer une lance. Il est grand temps que tu apprennes à devenir un chasseur.

Vorn se tortilla de plaisir, les yeux brillants d’admiration devant le jeune homme élevé depuis peu au rang enviable de chasseur.

— C’est vrai, approuva-t-il vigoureusement. Je suis grand, maintenant, Broud.

Puis, montrant l’épieu à la pointe noircie de sang :

— Je peux toucher ?

Broud abaissa l’arme devant le petit garçon qui tendit une main timide et effleura le sang séché de l’énorme bison, qui gisait sur le sol devant la caverne.

— Tu as eu peur, Broud ? demanda-t-il.

— Brun dit que tous les chasseurs sont un peu nerveux la première fois, répondit Broud, sans vouloir avouer les appréhensions qui l’avaient saisi.

— Vorn ! Ah, te voilà enfin ! Je croyais que tu devais aider Oga à ramasser du bois, s’exclama Aga en apercevant son fils qui avait échappé à l’attention des femmes.

Vorn suivit sa mère à contrecœur sans quitter des yeux sa nouvelle idole. Brun avait assisté à la scène avec satisfaction. Il voyait dans l’attitude du fils de sa compagne la marque d’un chef, capable de manifester de l’intérêt pour un petit garçon. Plus tard, quand Broud commanderait au clan, Vorn se souviendrait de la gentillesse qu’il lui avait témoignée.

Broud regarda Vorn qui traînait les pieds dans le sillage de sa mère. La veille encore, se rappela-t-il, Ebra était venue lui demander de l’aider. Il jeta un coup d’œil en direction des femmes occupées à creuser une fosse et il réprima à temps une envie de s’esquiver en surprenant le regard d’admiration qu’Oga posait sur lui. Ma mère ne peut plus rien exiger de moi, à présent que je suis un homme. C’est à elle de m’obéir, désormais, pensa-t-il en gonflant la poitrine.

— Ebra ! apporte-moi de l’eau ! ordonna-t-il sur un ton impérieux, tout en redoutant que sa mère ne l’envoie quand même chercher du bois.

Après tout, il ne serait définitivement un homme, du moins officiellement, qu’après la cérémonie.

Ebra leva vers lui des yeux emplis de fierté. Il était là devant elle, son garçon qui avait si bien accompli sa périlleuse mission, son fils, aujourd’hui devenu un homme. Elle se précipita vers la mare près de la caverne et revint aussitôt avec de l’eau en dévisageant ses compagnes d’un air hautain, comme pour dire : « Regardez mon fils ! N’est-ce pas un bel homme ? N’est-ce pas un vaillant chasseur ? »

L’empressement et l’orgueil de sa mère adoucirent la crispation de Broud qui la gratifia d’un grognement de reconnaissance. La réponse d’Ebra lui fit presque autant plaisir que la lueur d’adoration qu’il lut dans les yeux d’Oga.

Oga avait le plus grand mal à se remettre de la mort de sa mère, suivie de peu par celle du compagnon de celle-ci. Le couple chérissait tendrement la jeune fille, en dépit de son sexe. La compagne de Brun s’était montrée très gentille avec elle lorsqu’elle vint au foyer du chef. Mais Oga avait peur de Brun, plus sévère que le compagnon de sa mère, et sur les épaules duquel pesaient lourdement ses responsabilités de chef. Quant à Ebra, elle avait peu de temps à consacrer à la petite orpheline. Un soir qu’elle songeait seule et triste près du feu, Broud, ce garçon fier, déjà presque un homme, était venu s’asseoir à côté d’elle et lui avait offert le réconfort de son épaule. Débordante de gratitude envers lui qui, auparavant, n’avait jamais porté la moindre attention à sa personne, Oga vivait depuis ce jour dévorée par le désir de devenir la compagne du jeune homme.

Le soleil de cette fin d’après-midi était encore chaud et aucun souffle de vent ne venait troubler l’air chargé de l’inlassable bourdonnement des mouches qui se relayaient autour des restes du repas, et du bruit des femmes occupées à creuser une fosse à rôtir. Ayla, assise auprès d’Iza, ne l’avait pas quittée de la journée, mais à présent la guérisseuse devait accomplir certains rites en compagnie de Mog-ur, afin de se préparer au rôle important qu’elle aurait à jouer lors de la cérémonie d’inauguration de la caverne, fixée pour le lendemain. Elle prit la petite fille par la main et la conduisit auprès des autres femmes. Le trou qu’elles creusaient non loin de l’entrée de la caverne serait tapissé de pierres puis on allumerait un grand feu qui brûlerait toute la nuit. Au matin, elles déposeraient au fond le bison dépecé et coupé en quartiers enveloppés de feuilles, puis recouvert d’argile sous laquelle il cuirait jusqu’au soir.

L’excavation exigeait du temps et beaucoup d’effort. Les femmes ameublissaient avec leurs bâtons la terre qu’elles ramassaient à la main pour la déposer sur une peau de cuir qu’elles hissaient et déchargeaient hors du trou. Cependant, une fois creusée, la fosse pouvait être utilisée autant de fois qu’on le désirait, son entretien n’exigeait que l’enlèvement des cendres. Tandis que les femmes creusaient, Oga et Vorn ramassaient du bois et rapportaient des pierres du ruisseau.

Les femmes s’arrêtèrent de travailler en voyant arriver Iza avec Ayla.

— Il faut que je voie Mog-ur, signala Iza en poussant gentiment Ayla vers le groupe.

Elle s’éloigna rapidement après avoir fait comprendre à la petite fille, tentée de la suivre, qu’elle ne devait pas bouger.

C’était le premier contact d’Ayla avec les autres membres du clan. Loin de la présence réconfortante d’Iza, elle resta clouée sur place, les yeux baissés. A l’encontre de tous les usages, les femmes examinèrent avec insistance la fillette qu’elles avaient pour la première fois l’occasion de voir de près.

Ebra fut la première à réagir.

— Elle peut ramasser du bois, fit comprendre la femme du chef à Ovra, avant de se remettre à creuser.

Ovra se dirigea vers un boqueteau en appelant d’un signe Oga et Vorn incapables de détacher leurs regards d’Ayla. Ovra fit le même geste à l’adresse d’Ayla qui hésita, incertaine de ce qu’on attendait d’elle. Puis, comme Ovra lui faisait signe de nouveau avant de se diriger vers le bouquet d’arbres, elle s’en fut d’un pas hésitant derrière Oga et Vorn qui traînaient les pieds dans le sillage de leur aînée.

Arrivée aux arbres, Ayla regarda les deux jeunes ramasser des branches mortes, tandis qu’Ovra élaguait de grosses bûches à l’aide de son coup-de-poing de pierre. Oga faisait la navette entre le tas de bois et les rondins que taillait Ovra. Elle s’efforçait de traîner une lourde bûche quand Ayla se porta à son aide en prenant l’autre extrémité. Les deux petites filles se dévisagèrent un long moment.

Quoique fondamentalement différentes, elles possédaient de nombreux points communs. Issues d’une même origine, leurs ancêtres avaient suivi une évolution différente qui conférait aux deux enfants une intelligence vive, mais totalement dissemblable. Toutes deux homo sapiens, toutes deux dominantes pendant une époque, le fossé les séparant n’était pas considérable, mais de subtiles particularités engendreraient des destins opposés.

Comme elles s’en retournaient après avoir déposé leur charge sur le tas de bois, les femmes suspendirent un instant leurs gestes pour les observer. Elles étaient à peu près de la même taille, bien que l’une fût deux fois plus âgée que sa compagne. L’une était élancée et blonde, l’autre courtaude et brune. Les femmes les comparèrent, mais les deux fillettes, comme tous les enfants, oublièrent vite leurs différences. Avant la fin de la journée, elles avaient trouvé, à partager les tâches, le moyen de communiquer et même de s’amuser.

Ce soir-là, elles dînèrent côte à côte, découvrant les premières joies de l’amitié. Heureuse qu’Oga ait accepté Ayla comme compagne de jeu, Iza attendit que la nuit tombât pour l’emmener se coucher. Les deux fillettes se séparèrent après avoir échangé un long regard puis Oga alla se glisser dans la fourrure d’Ebra, obligée, ainsi que le reste du clan, à dormir séparée de son compagnon jusqu’à leur emménagement dans la nouvelle caverne. Ainsi en avait décidé Mog-ur.

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