200 drôles d'expressions
- Автор: Rey Alain, Groodt Stéphane de
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Robert
- ISBN: 978-2321008217
- Жанр: Прочее научное
Электронная книга - «200 drôles d'expressions». Краткое содержание книги:
drôles d’expressions que l’on utilise tous les jours sans vraiment les connaître
Jouer avec les mots pour qu’ils ne se jouent pas de nous. Éclairer les obscurités, lever les couvercles qui font de nos expressions favorites des trésors cachés.
Voilà ce qu’une équipe d’amoureux du langage, animée par Alain Rey, a imaginé pour nous permettre d’« en connaître un rayon » et faire que nous cessions de « ne pas être dans notre assiette ». Quand on se lève « dès potron-minet », on peut reconnaître le minet, mais certes pas le potron. Si les choses se produisent « au fur et à mesure », qu’es aco, ce « fur » ?
La langue française est une richesse, mais c’est aussi une boîte à malice. Déjouer cette malice, ce n’est pas trahir notre langage, c’est l’enrichir, et c’est nous faire plaisir. 200 fois plaisir, par les temps qui courent, ce n’est déjà pas si mal. Et quand quelques-unes de ces expressions sont pimentées par Stéphane De Groodt, virtuose du jeu de mots, c’est encore plus savoureux !
Un sabre émoulu est redoutable car sa lame vient d’être aiguisée sur une meule. L’emploi figuré est ancien : Rabelais employait déjà fraîchement émoulu et on parla plus tard d’un gentilhomme frais émoulu, c’est-à-dire récemment anobli. L’adjectif émoulu a laissé place à aiguisé et affûté, et il perdure dans la langue courante uniquement grâce à l’expression imagée.
Les étudiants fraîchement émoulus des grandes écoles ou de l’université n’ont donc pas été formés pour devenir de bonnes pâtes, mais pour avoir l’esprit affûté, ce qui leur permet de trancher quand il faut prendre une décision et faire les coupes qui s’imposent.
Rien de tel dans la cuisine que de préparer un plat à base de poivre frais et moulu.
Être gêné aux entournures
Gênés aux entournures, nous voilà mal à l’aise, gauches, embarrassés. Que sont donc ces entournures qui incommodent au point d’engendrer une gêne ?
Aucun manuel d’anatomie n’indique une partie du corps ainsi nommée, pas plus qu’il n’existe de posture portant ce nom. La gêne occasionnée aux entournures est plutôt due aux vêtements que l’on porte. C’est donc chez un tailleur ou une couturière qu’il faut chercher la clé de cette expression familière. Eux savent que l’entournure est l’échancrure du vêtement dans la partie qui touche à l’épaule. Entournure, « ce qui entoure », est dérivé de l’ancien verbe entourner « mettre autour ». C’est la partie qui fait le tour du bras, l’espace où la manche est ajustée ou qui est laissée libre pour permettre le passage du bras. C’est la même chose qu’emmanchure.
L’entournure est l’endroit exact où, quand les hommes portaient un gilet, il était possible de glisser ses pouces pour montrer combien on était à l’aise. Trop étroites, les entournures risquent d’entraver les mouvements, de réduire la liberté d’action. Trop grandes, elles flottent ou permettent aux avocats, dont les robes ont de grandes entournures, de faire des effets de manches spectaculaires. Partie délicate du costume, qu’un tailleur malhabile peut ruiner ainsi que le remarque Furetière : « Cet habit serait bien, sans l’entournure des manches qui va mal ».
Au XIXe siècle, être à l’aise aux entournures signifiait l’aisance matérielle. À l’inverse, celui qui est gêné aux entournures est un peu juste financièrement. Que la métaphore porte sur la difficulté à mouvoir ses bras ou à finir le mois, la situation est tout aussi embarrassante.
entournure
[ ɑ̃tuʀnyʀ ] nom féminin
ÉTYM. 1538 ♦ de l’ancien français entourner, de en- et torn → 2. tour
COUT. Partie du vêtement qui fait le tour du bras, là où s’ajuste la manche. […]
À l’envi
On pourrait croire que cet envi est une faute d’orthographe. On interprète souvent à l’envi comme synonyme de « autant qu’on a en envie ». Et beaucoup écrivent à l’envi avec un e final fautif. Car si ces deux mots sont homonymes, ils n’ont aucun lien de parenté.
Le nom envie, de sens proche de désir, vient du latin invidia. C’est un mot de la famille du verbe voir (qui envie veut aller y voir). Envi, en revanche, appartient à la famille de vouloir. Il est dérivé d’un autre envier, verbe d’ancien français « convier, inviter à ». Cet envier était issu du latin invitare. On s’en débarrassa en reprenant la forme latine, pour en faire inviter.
Avec cette idée d’invitation, envier a signifié « inciter », « pousser », « provoquer (au jeu) » : on invite quelqu’un à relever un défi. Au XVIIe siècle encore, c’est un terme de jeu : « enchérir sur quelqu’un, mettre sur une carte une plus grosse somme qu’on n’y avait mise d’abord » écrit le Dictionnaire de Furetière.
Au Moyen Âge, l’envi sans e est donc un défi, une provocation au jeu, et jouer à l’envi de voulait dire « jouer sur le défi de l’adversaire ». C’est pourquoi à l’envi a d’abord signifié « en enchérissant » avant de prendre le sens de « sans retenue » puis de « à qui mieux mieux ».
Aujourd’hui, envi ne s’emploie plus que dans cette expression trompeuse, car son homonymie avec envie en fait l’un de ces nombreux pièges du français que les auteurs de dictées exploitent à l’envi.
« Les femmes, coiffées de plumes et les cheveux lustrés comme des ailes d’oiseau, imitant toutes, à l’envi, l’impératrice Eugénie dans leur allure et leur toilette. »