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Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:

La maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de «service militaire». Il faut noter l'actualité des réflexions sur le pouvoir et la violence dont Dostoïevski a parsemé ces Souvenirs. Comment ne pas penser également aux bagnes qui ont marqué ensuite la Russie, à Staline, au Goulag.
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C’est un poisson jeté sur le sable. Le châtiment qu’il subit, égal pour tous les criminels, suivant l’esprit de la loi, est souvent dix fois plus douloureux et plus poignant pour lui que pour l’homme du peuple. C’est une vérité incontestable, alors même qu’on ne parlerait que des habitudes matérielles qu’il lui faut sacrifier.

Mais ces Polonais formaient une bande à part. Ils vivaient ensemble; de tous les forçats de notre caserne, ils n’aimaient qu’un Juif, et encore, parce qu’il les amusait. Notre Juif était du reste généralement aimé, bien que tous se moquassent de lui. Nous n’en avions qu’un seul, et maintenant encore je ne puis me souvenir de lui sans rire. Chaque fois que je le regardais, je me rappelais le Juif Iankel que Gogol a dépeint dans Tarass Boulba, et qui, une fois déshabillé et prêt à se coucher avec sa Juive, dans une sorte d’armoire, ressemblait fort à un poulet. Içaï Fomitch et un poulet déplumé se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Il était déjà d’un certain âge, – cinquante ans environ, – petit et faible, rusé et en même temps fort bête, hardi, outrecuidant, quoique horriblement couard. Sa figure était criblée de rides; il avait sur le front et les joues les stigmates de la brûlure qu’il avait subie au pilori. Je n’ai jamais pu m’expliquer comment il avait pu supporter soixante coups de fouet, car il était condamné pour meurtre. Il portait sur lui une ordonnance médicale, qui lui avait été remise par d’autres Juifs, aussitôt après son exécution au pilori. Grâce à l’onguent prescrit par cette ordonnance, les stigmates devaient disparaître en moins de deux semaines, mais il n’osait pas l’employer; il attendait l’expiration de ses vingt ans de réclusion après lesquels il devait devenir colon, pour utiliser son bienheureux onguent. – «Sans cela, ze ne pourrais pas me marier, et il faut absolument que ze me marie.» Nous étions de grands amis. Sa bonne humeur était intarissable, la vie de la maison de force ne lui semblait pas trop pénible. Orfèvre de son métier, il était assailli de commandes, car il n’y avait pas de bijoutier dans notre ville; il échappait ainsi aux gros travaux. Comme de juste, il prêtait sur gages, à la petite semaine, aux forçats, qui lui payaient de gros intérêts. Il était arrivé en prison avant moi; un des Polonais me raconta son entrée triomphale. C’est toute une histoire que je rapporterai plus loin, car je reviendrai sur le compte d’Içaï Fomitch.

Quant aux autres prisonniers, c’étaient d’abord quatre Vieux-croyants, parmi lesquels se trouvait le vieillard de Starodoub, deux ou trois Petits-Russiens, gens fort moroses, puis un jeune forçat au visage délicat et au nez fin, âgé de vingt-trois ans, et qui avait déjà commis huit assassinats; ensuite une bande de faux monnayeurs, dont l’un était le bouffon de notre caserne, et enfin quelques condamnés sombres et chagrins, rasés et défigurés, toujours silencieux et pleins d’envie: ils regardaient de travers tout ce qui les entourait et devaient encore regarder et envier, avec le même froncement de sourcils, pendant de longues années. Je ne fis qu’entrevoir tout cela, le soir désolé de mon arrivée à la maison de force, au milieu d’une fumée épaisse, d’un air méphitique, de jurements obscènes accompagnés de bruits de chaînes, d’insultes et de rires cyniques. Je m’étendis sur les planches nues, la tête appuyée sur mon habit roulé (je n’avais pas alors d’oreiller), et je me couvris de ma touloupe; mais par suite des pénibles impressions de cette première journée, je ne pus m’endormir tout de suite. Ma vie nouvelle ne faisait que commencer. L’avenir me réservait beaucoup de choses que je n’avais pas prévues, et auxquelles je n’avais jamais pensé.

V – LE PREMIER MOIS.

Trois jours après mon arrivée, je reçus l’ordre d’aller au travail. L’impression qui m’est restée de ce jour est encore très-nette, bien qu’elle n’ait rien présenté de particulier, si l’on ne prend pas en considération ce que ma position avait en elle-même d’extraordinaire. Mais c’étaient les premières sensations: à ce moment encore, je regardais tout avec curiosité. Ces trois premières journées furent certainement les plus pénibles de ma réclusion. – «Mes pérégrinations sont finies, me disais-je à chaque instant; me voici arrivé au bagne, mon port pour de longues années. C’est ici le coin où je dois vivre; j’y entre le cœur navré et plein de défiance… Qui sait? quand il me faudra le quitter, peut-être le regretterai-je sincèrement», ajoutais-je, poussé par cette maligne jouissance qui vous excite à fouiller votre plaie, comme pour en savourer les souffrances; on trouve quelquefois une jouissance aiguë dans la conscience de l’immensité de son propre malheur. La pensée que je pourrais regretter ce séjour m’effrayait moi-même. Déjà alors je pressentais à quel degré incroyable l’homme est un animal d’accoutumance. Mais ce n’était que l’avenir, tandis que le présent qui m’entourait était hostile et terrible. Il me semblait du moins qu’il en était ainsi.

La curiosité sauvage avec laquelle m’examinaient mes camarades les forçats, leur dureté envers un ex-gentilhomme qui entrait dans leur corporation, dureté qui était parfois de la haine, – tout cela me tourmentait tellement que je désirais moi-même aller au travail, afin de mesurer d’un seul coup l’étendue de mon malheur, de vivre comme les autres et de tomber avec eux dans la même ornière. Beaucoup de faits m’échappaient, et je ne savais pas encore démêler de l’hostilité générale la sympathie que l’on me manifestait. Du reste, l’affabilité et la bienveillance que m’avaient témoignées certains forçats, me rendirent un peu de courage et me ranimèrent. Le plus aimable à mon égard fut Akim Akimytch. Je remarquai bientôt aussi quelques bonnes et douces figures dans la foule sombre et haineuse des autres. – «On trouve partout des méchants, mais, même parmi les méchants, il y a du bon, me hâtai-je de penser en guise de consolation. Qui sait? ces gens ne sont peut-être pas pires que les autres qui sont libres.» Tout en pensant ainsi, je hochais la tête, et pourtant, mon Dieu! je ne savais pas combien j’avais raison.

Le forçat Souchiloff par exemple: un homme que je n’appris à connaître que beaucoup plus tard, quoiqu’il fût presque toujours dans mon voisinage pendant tout mon temps. Dès que je parle des forçats qui ne sont pas pires que les autres, involontairement je pense à lui. Il me servait, ainsi qu’un autre détenu nommé Osip, qu’Akim Akimytch m’avait recommandé dès mon entrée en prison: pour trente kopeks par mois, cet homme s’engageait à me cuisiner un dîner à part, au cas où l’ordinaire de la prison me dégoûterait et où je pourrais me nourrir à mon compte. Osip était un des quatre cuisiniers désignés par les détenus dans nos deux cuisines: entre parenthèses, ils pouvaient accepter ou refuser ces fonctions et les quitter quand bon leur semblait. Les cuisiniers n’allaient pas aux travaux de fatigue; leur emploi consistait à faire le pain et la soupe aux choux aigres. On les appelait cuisinières, non par mépris, car c’étaient toujours les hommes les plus intelligents et les plus honnêtes que l’on choisissait, mais par plaisanterie. Ce surnom ne les fâchait nullement. Depuis plusieurs années, Osip avait été constamment choisi comme cuisinière; il ne déclinait ses fonctions que quand il s’ennuyait trop ou lorsqu’il voyait une occasion d’apporter de l’eau-de-vie à la caserne. Bien qu’il eût été envoyé à la maison de force pour contrebande, il était d’une honnêteté et d’une débonnaireté rares (j’ai parlé de lui plus haut); horriblement poltron par exemple et craignant les verges sur toutes choses. D’un caractère paisible, patient, affable avec tout le monde, il ne se querellait jamais; mais, pour rien au monde, il n’aurait pu résister à la tentation d’apporter de l’eau-de-vie, malgré toute sa poltronnerie, par amour pour la contrebande. Comme tous les autres cuisiniers, il faisait le commerce d’eau-de-vie, mais dans une mesure infiniment plus modeste que Gazine, parce qu’il n’osait pas risquer souvent et beaucoup à la fois. Je vécus toujours en bons termes avec Osip.

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