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Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:

La maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de «service militaire». Il faut noter l'actualité des réflexions sur le pouvoir et la violence dont Dostoïevski a parsemé ces Souvenirs. Comment ne pas penser également aux bagnes qui ont marqué ensuite la Russie, à Staline, au Goulag.
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Mais il me faut décrire le personnel de notre caserne. J’étais appelé à y vivre nombre d’années; ceux qui m’entouraient devaient être mes camarades de toutes les minutes. On conçoit que je les regardais avec une curiosité avide! À ma gauche, dormait une bande de montagnards du Caucase, presque tous exilés pour leurs brigandages, et condamnés à des peines différentes: il y avait là deux Lezghines, un Tcherkesse et trois Tartares du Daghestan. Le Tcherkesse était un être morose et sombre, qui ne parlait presque jamais et vous regardait en dessous, de son mauvais sourire de bête venimeuse. Un des Lezghines, un vieillard au nez aquilin, long et mince, paraissait un franc bandit. En revanche, l’autre Lezghine, Nourra, fit sur moi l’impression la plus favorable et la plus consolante. De taille moyenne, encore jeune, bâti en Hercule, avec des cheveux blonds et des yeux de pervenche, il avait le nez légèrement retroussé, les traits quelque peu finnois: comme tous les cavaliers, il marchait la pointe des pieds en dedans. Son corps était zébré de cicatrices, labouré de coups de baïonnette et de balles; quoique montagnard soumis du Caucase, il s’était joint aux rebelles, avec lesquels il opérait de continuelles incursions sur notre territoire.

Tout le monde l’aimait dans le bagne à cause, de sa gaieté et de son affabilité. Il travaillait sans murmurer, toujours paisible et serein; les vols, les friponneries et l’ivrognerie le dégoûtaient ou le mettaient en fureur; en un mot, il ne pouvait souffrir ce qui était malhonnête; il ne cherchait querelle à personne, il se détournait seulement avec indignation. Pendant sa réclusion, il ne vola ni ne commit aucune mauvaise action. D’une piété fervente, il récitait religieusement ses prières chaque soir, observait tous les jeûnes mahométans, en vrai fanatique, et passait des nuits entières à prier. Tout le monde l’aimait et le tenait pour sincèrement honnête. «Nourra est un lion!» disaient les forçats. Ce nom de Lion lui resta. Il était parfaitement convaincu qu’une fois sa condamnation purgée, on le renverrait au Caucase: à vrai dire, il ne vivait que de cette espérance: je crois qu’il serait mort, si on l’en avait privé. Je le remarquai le jour même de mon arrivée à la maison de force. Comment n’aurait-on pas distingué cette douce et honnête figure au milieu des visages sombres, rébarbatifs ou sardoniques? Pendant la première demi-heure, il passa à côté de moi et me frappa doucement l’épaule en me souriant d’un air débonnaire. Je ne compris pas tout d’abord ce qu’il voulait me dire, car il parlait fort mal le russe; mais bientôt après, il repassa de nouveau et me tapa encore sur l’épaule avec son sourire amical. Pendant trois jours, il répéta cette manœuvre singulière; comme je le devinai par la suite, il m’indiquait par là qu’il avait pitié de moi et qu’il sentait combien devaient m’être pénibles ces premiers instants: il voulait me témoigner sa sympathie, me remonter le moral et m’assurer de sa protection. Bon et naïf Nourra!

Des trois Tartares du Daghestan, tous frères, les deux aînés étaient des hommes faits, tandis que le cadet, Aléi, n’avait pas plus de vingt-deux ans; à le voir, on l’aurait cru plus jeune. Il dormait à côté de moi. Son visage intelligent et franc, naïvement débonnaire, m’attira tout d’abord; je remerciai la destinée de me l’avoir donné pour voisin au lieu de quelque autre détenu. Son âme tout entière se lisait sur sa belle figure ouverte. Son sourire si confiant avait tant de simplicité enfantine, ses grands yeux noirs étaient si caressants, si tendres, que j’éprouvais toujours un plaisir particulier à le regarder, et cela me soulageait dans les instants de tristesse et d’angoisse. Dans son pays, son frère aîné (il en avait cinq, dont deux se trouvaient aux mines en Sibérie) lui avait ordonné un jour de prendre son yatagan, de monter à cheval et de le suivre. Le respect des montagnards pour leurs aînés est si grand que le jeune Aléi n’osa pas demander le but de l’expédition; il n’en eut peut-être même pas l’idée. Ses frères ne jugèrent pas non plus nécessaire de le lui dire. Ils allaient piller la caravane d’un riche marchand arménien, qu’ils réussirent en effet à mettre en déroute; ils assassinèrent le marchand et dérobèrent ses marchandises. Malheureusement pour eux, leur acte de brigandage fut découvert: on les jugea, on les fouetta, puis on les envoya en Sibérie, aux travaux forcés. Le tribunal n’admit de circonstances atténuantes qu’en faveur d’Aléi, qui fut condamné au minimum de la peine: quatre ans de réclusion. Ses frères l’aimaient beaucoup: leur affection était plutôt paternelle que fraternelle. Il était l’unique consolation de leur exil; mornes et tristes d’ordinaire, ils lui souriaient toujours; quand ils lui parlaient, – ce qui était fort rare, car ils le tenaient pour un enfant auquel on ne peut rien dire de sérieux, – leur visage rébarbatif s’éclaircissait; je devinais qu’ils lui parlaient toujours d’un ton badin, comme à un bébé; lorsqu’il leur répondait, les frères échangeaient un coup d’œil et souriaient d’un air bonhomme. Il n’aurait pas osé leur adresser la parole, à cause de son respect pour eux. Comment ce jeune homme put conserver son cœur tendre, son honnêteté native, sa franche cordialité sans se pervertir et se corrompre, pendant tout le temps de ses travaux forcés, cela est presque inexplicable. Malgré toute sa douceur, il avait une nature forte et stoïque, comme je pus m’en assurer plus tard. Chaste comme une jeune fille, toute action vile, cynique, honteuse ou injuste, enflammait d’indignation ses beaux yeux noirs, qui en devenaient plus beaux encore. Sans être de ceux qui se seraient laissés impunément offenser, il évitait les querelles, les injures, et conservait toute sa dignité. Avec qui se serait-il querellé du reste? Tout le monde l’aimait et le caressait. Il ne fut tout d’abord que poli avec moi, mais peu à peu nous en vînmes à causer le soir; quelques mois lui avaient suffi pour apprendre parfaitement le russe, tandis que ses frères ne parvinrent jamais à parler correctement cette langue. Je vis en lui un jeune homme extraordinairement intelligent, en même temps que modeste et délicat, et fort raisonnable. Aléi était un être d’exception, et je me souviens toujours de ma rencontra avec lui comme d’une des meilleures fortunes de ma vie. Il y a de ces natures si spontanément belles, et douées par Dieu de si grandes qualités, que l’idée de les voir se pervertir semble absurde. On est toujours tranquille sur leur compte, aussi n’ai-je jamais rien craint pour Aléi. Où est-il maintenant?

Un jour, assez longtemps après mon arrivée à la maison de force, j’étais étendu sur mon lit de camp; de pénibles pensées m’agitaient. Aléi, toujours laborieux, ne travaillait pas en ce moment. L’heure du sommeil n’était pas encore arrivée. Les frères célébraient une fête musulmane, aussi restaient-ils inactifs. Aléi était couché, la tête entre ses deux mains, en train de rêver. Tout à coup il me demande:

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