Le grand livre [Doomsday Book - fr]
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 1994
- Язык: французский
- Год: J’ai lu
- ISBN: 2-277-23761-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
Ils chevauchèrent longtemps. Ils ne devaient plus être très loin du chariot.
— Arriverons-nous bientôt ? M. Dunworthy va s’inquiéter.
Ils descendaient une colline. La lune brillait faiblement derrière les branches dénudées des arbres et éclairait une église au pied de l’éminence.
— Ce n’est pas la clairière, protesta-t-elle.
Elle eût voulu serrer la bride au cheval mais n’osait pas lâcher le cou de l’homme. Ils s’arrêtèrent devant une porte. Elle s’ouvrit, et il y avait un feu et les tintements des cloches.
— Shay boyen syke nighonn tdeeth, dit la femme.
Ses mains ridées et rêches remontèrent les couvertures. Des poils chatouillèrent son visage. De la fourrure, ou ses cheveux.
— Où m’a-t-on amenée ? demanda-t-elle.
L’inconnue se pencha. Elle n’avait pas compris sa question. Kivrin prit conscience de s’être exprimée en anglais moderne. L’interprète ne fonctionnait pas. Il était censé traduire ses pensées en moyen anglais.
Elle décida de se passer de ses services. « Coment a nom cist pais ? » Cette phrase ne laissait-elle pas à désirer ? Ne commettait-elle pas une erreur ?
La femme empilait des couvertures sur elle. Plus il y en avait, plus elle grelottait. Sans doute étouffaient-elles son feu intérieur.
Elle fit un essai, mais la femme était repartie. Dunworthy l’avait avertie qu’elle ne pourrait peut-être pas compter sur l’interprète, qu’il lui faudrait maîtriser le moyen anglais, le normand et l’allemand. Elle avait appris par cœur des pages et des pages de Chaucer. Mais c’était sans aucune utilité pratique.
L’homme avait frappé à une porte. Un individu corpulent était venu ouvrir. Il tenait une hache. Sans doute préparait-il du bois de feu. Une femme l’avait rejoint pour leur tenir des propos incompréhensibles. Le battant avait claqué. Ils étaient restés à l’extérieur, dans les ténèbres.
— Monsieur Dunworthy, ne laissez pas la porte du temps se refermer elle aussi ! avait-elle crié au rouquin.
Qui était entre-temps redevenu un bandit.
— Non, ce sont des blessures, avait-il dit.
Et l’huis s’était rouvert, sur ce bûcher.
— Thawmot goonawt plersoun roshundt prayenum comth ithre.
Kivrin tenta de redresser la tête pour boire. Cependant, la femme ne tenait plus une tasse mais une bougie. Elle l’approcha de son visage. Sa chevelure allait s’embraser.
— Der maydemot nedes dya.
La flamme dansait au ras de sa joue. Ses cheveux grésillaient. Des langues de feu suivaient leurs contours et calcinaient les épis rebelles.
— Chut, dit la femme qui saisit ses mains.
Elle les libéra et les abattit sur son crâne pour étouffer les flammèches. Elles se communiquèrent à ses doigts.
— Chut, répéta la femme en immobilisant ses poignets.
Non, ce n’était pas une femme. Sa force était trop grande. Kivrin secouait la tête pour esquiver les dards ignés, mais on immobilisa également son crâne et sa chevelure devint une torche.
À son réveil, la pièce était enfumée. Le feu avait dû s’éteindre. Elle se souvint que les amis d’un supplicié avaient entassé des fagots de bois vert au pied du bûcher pour qu’il mourût asphyxié, et il s’était consumé pendant des heures.
La femme se pencha vers elle. La fumée l’empêchait de voir si elle était jeune ou âgée. Après avoir placé sur elle son manteau, l’homme roux avait dû piétiner les braises.
On l’aspergea de gouttes d’eau qui s’évaporèrent en crépitant au contact de sa peau.
— Hauccaym anchi towoem denswile ?
— Si mi je Isabel de Beauvrier. Mon frere est deshaitiés. Si m’atent à Evesham.
Elle ne trouvait pas ses mots. Ce fut en anglais moderne qu’elle demanda :
— Où suis-je ?
Un visage se pencha vers le sien.
— Hau hightes towe ?
Elle reconnut les traits du coupe-jarret de la forêt enchantée et eut un mouvement de recul.
— Allez-vous-en ! Que me voulez-vous ?
— In nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti.
Du latin, pensa-t-elle avec soulagement. Il devait y avoir un prêtre, ici. Elle voulut lever la tête pour le voir derrière le bandit de grand chemin mais la fumée le dissimulait. Je connais le latin, se souvint-elle. M. Dunworthy a insisté pour que je l’apprenne.
— Il faut chasser cet homme, dit-elle dans ce langage. C’est un bandit.
Sa gorge était à vif et elle manquait de souffle, mais l’assassin sursauta et elle sut qu’il l’avait comprise.
— N’ayez crainte, vous allez retourner d’où vous venez.
— Au point de transfert ?
— Asperges me, Domine, hyssope et mundabor.
Asperge-moi d’hysope, ô Seigneur, et je serai purifié.
— Aidez-moi. Je dois retourner là d’où je viens.
— … nominus… disait le prêtre.
Si doucement qu’elle ne put entendre la suite. Quelque chose au sujet de son nom. Elle redressa la tête. Son crâne était étonnamment léger, débarrassé du poids de sa chevelure consumée par les flammes.
— Mon nom ?
— Pouvez-vous me le dire ?
Elle était censée répondre qu’elle s’appelait Isabel de Beauvrier, fille de Messire de Beauvrier qui vivait dans l’East Riding, mais elle avait trop mal à la gorge.
— Je dois retourner là-bas. Ils ignorent où je suis.
— Confiteor deo omnipotenti. Beatae Mariae semper Virgini…
Il récitait le Confiteor. Pourquoi ne renvoyait-il pas le bandit ? Nul n’aurait dû être autorisé à assister à sa confession.
C’était à elle de prier. Elle voulut joindre les mains et en fut incapable, mais le prêtre l’aida et lorsqu’elle se souvint des mots il les dit avec elle.
— Pardonnez-moi, mon père, parce que j’ai péché. Je confesse à Dieu Tout-Puissant que j’ai péché en pensée, par action et par omission.
— Mea culpa, murmura-t-elle. Mea culpa, mea maxima culpa.
C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute… Non, ce n’était pas ce qu’elle voulait dire.
— Comment avez-vous péché ? demanda le prêtre.
— Péché ?
— Oui. Vous devez avouer toutes vos fautes pour obtenir le pardon divin et être admise dans Son royaume éternel.
Je désirais simplement aller au Moyen Âge, pensa-t-elle. Pour cela, j’ai appris les langages et les usages de l’époque. Je voulais devenir une historienne.
Elle ravala sa salive, comparable à du feu liquide.
— Je n’ai pas péché.
Le prêtre recula et elle craignit de l’avoir irrité.
— J’aurais dû écouter M. Dunworthy, reconnut-elle. J’ai eu tort de m’éloigner du point de transfert.
— In nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. Amen, dit le prêtre.
Sa voix était douce, réconfortante. Sa main fraîche se posa sur son front.
— Quid quid deliquisti. Par cette sainte onction…
Il effleura ses yeux, ses oreilles et ses narines.
Ce n’est pas un rituel du sacrement de pénitence, comprit-elle.
— Ne…
— N’ayez pas peur, mon enfant. Puisse le Seigneur vous pardonner vos offenses, dit-il avant d’éteindre le feu qui consumait la plante de ses pieds.
— Pourquoi m’administrez-vous l’extrême-onction ?