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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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Dunworthy n’avait plus entendu avancer de tels arguments depuis la mise au point des transmetteurs, à une époque où la théorie était imparfaitement comprise.

— Je vous assure que nous avons…

— La machine rejette tout ce qui pourrait modifier le cours de l’Histoire, gronda Dunworthy en foudroyant Gilchrist du regard. Radiations, toxines, microbes… En leur présence, la porte refuse de s’ouvrir.

La paramed ne semblait pas convaincue pour autant.

Mary arriva à cet instant avec des liasses de papiers multicolores.

— Docteur Ahrens, lui demanda Gilchrist, est-il possible que ce virus soit arrivé par le transmetteur ?

— Bien sûr que non, fit-elle en grimaçant pour indiquer qu’elle trouvait cette idée ridicule. Premièrement, les maladies ne peuvent voyager dans le temps. Deuxièmement, les symptômes sont apparus moins d’une heure après le transfert alors qu’aucun virus n’a une période d’incubation aussi brève. Troisièmement, nous serions tous malades…

Elle regarda sa montre.

— … vu le nombre d’heures qui se sont écoulées depuis.

Elle entreprit de récupérer les listes.

— En tant que remplaçant du recteur j’ai de nombreuses obligations, grommela Gilchrist. Comptez-vous nous garder ici encore longtemps ?

— Le temps de récupérer ces documents et de vous donner des instructions. Cinq minutes, au plus.

— Cinq minutes ? répéta la paramed. Vous nous autorisez à rentrer chez nous ?

— Sous surveillance médicale, précisa Mary.

Elle leur tendit des feuilles roses. Des décharges dégageant l’hôpital de toute responsabilité.

— Les analyses n’ont rien révélé d’anormal.

Puis elle remit à Dunworthy un papier bleu. Sa signature l’engagerait à régler sous trente jours les dépassements d’honoraires non pris en charge par la S.S.

— Le C.M.G. conseille un contrôle régulier de la température et des prises de sang deux fois par jour.

Elle distribuait à présent des feuilles vertes intitulées « Précautions élémentaires ». On pouvait lire sur la première ligne : « Éviter tout contact. »

Dunworthy pensa à Finch et aux carillonneuses qui devaient l’attendre aux portes de Balliol.

— Notez votre température toutes les demi-heures, ajouta-t-elle en distribuant des formulaires jaunes. Revenez immédiatement en cas d’augmentation importante. Des fluctuations sont normales. Présentez-vous ici si vous avez plus de 37, 4° ou moins de 36°, en cas de variations brutales ou de maux de tête, de douleurs dans la poitrine ou d’étourdissements.

Tous lorgnèrent le moniteur collé à leur poignet.

— Isolez-vous dans la mesure du possible, ajoutait Mary. Notez les noms des gens que vous ne pouvez éviter. Nous ne connaissons pas le mode de propagation de ce myxovirus, mais la plupart sont transmis par les postillons et les contacts. Lavez-vous fréquemment les mains, à l’eau et au savon.

Elle tendit à Dunworthy une autre feuille rose. Ils avaient dû épuiser la palette des coloris disponibles. Un tableau intitulé « Contacts », avec au-dessous « Nom, adresse, nature, heure ».

Et Dunworthy pensa que si ce virus avait eu affaire à l’Administration, il se serait avoué vaincu depuis longtemps.

— Revenez ici demain, à sept heures. Entretemps, dînez et couchez-vous. Le repos est la meilleure des défenses. Vous êtes en congé jusqu’à la fin de la quarantaine, ajouta-t-elle en s’adressant aux parameds. Des questions ?

Elle avait distribué toutes ses feuilles multicolores.

Dunworthy regarda la paramed. Il s’attendait à l’entendre demander à Mary si la variole avait pu revenir du passé mais elle feuilletait sa liasse de papiers.

— Je peux retourner à mes fouilles ? demanda Montoya.

— Seulement si elles sont à l’intérieur du secteur en quarantaine.

— Super, marmonna Montoya en fourrant les formulaires dans ses poches. Tout va être emporté par les flots.

Elle sortit, d’un pas lourd.

— D’autres questions ? Non ? Alors, à demain sept heures.

Les parameds s’en allèrent. Latimer restait assis, les yeux rivés sur le moniteur de sa thermosonde. Gilchrist s’adressa sèchement à lui et il se leva, enfila sa veste, récupéra son parapluie et sa pile de documents divers.

— J’exige d’être tenu au courant de l’évolution de la situation, dit Gilchrist. Je compte contacter Basingame pour lui dire de revenir prendre les choses en main.

Il se détourna puis attendit que Latimer eût ramassé deux feuilles qui s’étaient envolées.

— Passez le prendre, d’accord ? lui demanda Mary. Il risque d’oublier que nous l’attendons à sept heures.

— Je dois voir Badri, déclara Dunworthy.

Elle lisait les listes qu’ils lui avaient rendues.

— Laboratoire, Brasenose. Bureau du doyen, Brasenose. Laboratoire, Brasenose. Personne n’a vu Badri ailleurs ?

— Il a parlé d’un problème, pendant son transport en ambulance, lui rappela Dunworthy. Si Kivrin est arrivée à destination avec plus d’une semaine de retard, elle ne pourra pas être au rendez-vous.

Mary triait les feuilles, sans répondre.

— Je dois m’assurer qu’il ne lui est rien arrivé.

Elle releva finalement la tête.

— Tout ceci ne servira à rien. Il y a trop de trous dans l’emploi du temps de ce tech. Lui seul pourra nous dire où il est allé, qui il a rencontré.

Elle le précéda dans le couloir.

— J’ai laissé à son chevet une infirmière chargée de l’interroger, mais il est désorienté. Votre présence le rassurera peut-être.

Ils prirent l’ascenseur, auquel elle dit :

— Rez-de-chaussée. Il n’est conscient que par instants. Ça risque de vous prendre jusqu’au matin.

— Je ne pourrai quoi qu’il en soit pas m’endormir avant de savoir ce qui s’est passé.

Ils suivirent un corridor et franchirent une porte où était écrit « ENTRÉE INTERDITE — SECTEUR D’ISOLEMENT ». De l’autre côté une religieuse à l’air revêche montait la garde devant un moniteur.

— Je conduis M. Dunworthy auprès de M. Chaudhuri, l’informa Mary. Il nous faut des T.P. Comment va votre patient ?

— La fièvre est remontée à 39,8°.

La sœur remit à chacun d’eux un sachet en plastène contenant une tenue protectrice : blouse et calotte en papier, masque qu’on ne pouvait mettre sans retirer la calotte, couvre-chaussures et gants stériles. Dunworthy commit l’erreur d’enfiler les gants avant le reste et eut de sérieuses difficultés à déplier la blouse et à positionner correctement le masque sur son visage.

— Posez des questions précises, conseilla Mary. Demandez-lui ce qu’il a fait après s’être levé, s’il a passé la nuit avec quelqu’un, où il a pris son breakfast, qui était présent, ce genre de choses. La fièvre empêche de se concentrer et vous devrez vous répéter.

Elle ouvrit la porte d’une pièce trop exiguë pour qu’il fût possible de la considérer comme une chambre. Une paroi disparaissait derrière des batteries d’écrans et d’appareils. Mary jeta un coup d’œil au tech puis regarda les moniteurs.

Dunworthy l’imita. Il lut sur la ligne du bas du plus proche : « ICU 14320691 22-12-54 1803 200/RPT 21800CRS IMJPCLN 200 MG/q6h NHS20-211-7 M. AHRENS. » Le suivant était occupé par des lignes zigzagantes et des colonnes de nombres. Rien n’avait un sens, sauf un chiffre au centre de l’avant-dernière fenêtre sur la droite : « Temp. 39,9°. » Seigneur !

Badri gisait avec les bras sur la couverture, relié par des tubes aux poches de sérum pendues à des potences. Un de ces tuyaux était alimenté par cinq perfusions différentes. Il avait les yeux clos et un visage émacié. Il semblait avoir perdu du poids depuis son admission et sa peau sombre avait d’étranges reflets rougeâtres.

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