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Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]

Электронная книга - «Le Monde du Fleuve [To Your Scattered Bodies Go - fr]». Краткое содержание книги:

Ce jour-là, tous les humains qui avaient jamais vécu se réveillèrent, nus, sur les rives du fleuve de l’éternité. Ils étaient trente ou quarante milliards, de toutes les époques et de toutes les cultures, parlant chacun sa langue et éprouvant quelques difficultés à se faire comprendre.
Long de trente-deux millions de kilomètres, le fleuve de l’éternité ne coule pas à la surface de la Terre, mais serpente sur un monde spécialement remanié pour accueillir les ressuscites.
Par qui ? Dans quel but ?
Ce sont les questions que se posent, entre autres ressuscités célèbres, l’explorateur Richard Burton, Sam Clemens, alias Mark Twain, en compagnie de Hermann Goering, Jean sans Terre, Cyrano de Bergerac, Mozart, Ulysse et d’autres figures célèbres ou inconnues.
Seul le talent de Philip José Farmer pouvait évoquer un univers picaresque à la dimension du passé et de l’avenir de l’humanité.
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— Me voilà percé à nu, dit-il avec un sourire sardonique. C’est bien. Il en sera fait selon ta volonté. Je me montrerai chevaleresque. Je ne tenterai de te séduire ni de te forcer d’aucune manière. Seulement, la prochaine fois que tu me verras mâcher de la gomme, tu feras bien de courir te cacher. Mais je te donne ma parole : tu n’as rien à craindre de moi tant que je ne suis pas sous l’empire de la drogue.

Les yeux d’Alice s’agrandirent et elle s’arrêta de marcher :

— Parce que tu as l’intention de t’en servir encore ?

— Pourquoi pas ? Il semble qu’elle ait transformé certains individus en bêtes malfaisantes, mais elle n’a pas eu un tel effet sur moi. Je ne ressens aucun besoin d’en prendre, par conséquent je doute qu’elle crée une accoutumance quelconque. Il m’arrivait de temps à autre de fumer une pipe d’opium, tu sais ? Je n’ai pourtant jamais été un drogué. Je ne crois pas avoir de prédisposition pour ça.

— Par contre, j’ai cru comprendre, Mr Burton, que vous aviez souvent le nez plongé dans votre coupe, vous et cet être répugnant, ce Mr Swinburne…

Elle s’interrompit. Un homme venait de l’interpeller en italien. Bien qu’elle ne connût pas cette langue, elle n’avait pas eu de mal à comprendre le geste obscène qui accompagnait les paroles. Elle rougit de tout son corps et accéléra le pas. Burton jeta à l’homme un regard furieux. Il avait les épaules carrées, le teint foncé, le nez épais et le menton fuyant. Ses yeux étaient petits et rapprochés. Son accent était celui des bas-fonds de Bologne, où Burton avait passé pas mal de temps à étudier les reliques et les tombeaux étrusques. Dix hommes, à la mine aussi patibulaire que leur chef, et cinq femmes marchaient derrière lui. Il était évident que les hommes voulaient ajouter quelques femmes à leur groupe. Il était évident aussi qu’ils convoitaient les haches et les couteaux de pierre que possédait le groupe de Burton. Ils n’étaient armés que de leurs graals et de rudimentaires épieux de bambou.

11.

Burton donna des ordres brefs et la colonne se resserra. Kazz avait compris d’instinct ce qui se passait. Il ralentit pour former l’arrière-garde avec Burton. Son aspect inquiétant ainsi que la hache que balançait sa main puissante parurent faire hésiter les Bolonais. Ils suivirent le groupe de loin en lançant des insultes et des menaces. Ce n’est que lorsqu’ils atteignirent les collines que leur chef hurla un ordre. Ils attaquèrent.

Le chef courut droit sur Burton en poussant de grands cris et en faisant tournoyer le graal au bout de sa courroie. Burton, évaluant le mouvement du cylindre, lança son javelot de bambou au moment précis où le graal commençait à partir en arrière. La pointe de silex se planta dans le plexus solaire du Bolonais. Il s’écroula sur le côté, le javelot fiché dans la poitrine. Kazz para un coup de graal avec un épieu, qui lui fut arraché des mains. Il bondit alors à pieds joints et abattit sa hache sur le crâne de son assaillant, qui tomba la tête en sang.

Lev Ruach projeta son graal dans la poitrine d’un attaquant qui tomba en arrière. Profitant de son avantage, Lev se jeta sur lui et lui décocha un coup de talon dans la tête pour l’empêcher de se relever. Puis il lui planta son couteau de silex dans l’épaule. L’homme se dégagea en hurlant et s’enfuit de toute la vitesse de ses jambes.

Frigate se comporta mieux que ne l’avait redouté Burton en le voyant pâlir et se mettre à trembler quand les autres les avaient insultés. Il avait attaché son graal à son poignet gauche et tenait sa hache de pierre à la main droite. Il chargea vaillamment, reçut à l’épaule un coup de graal qu’il réussit à amortir en partie avec le sien et tomba sur le côté. Son adversaire leva à deux mains son épieu de bambou pour l’achever, mais Frigate fit un tour sur lui-même, leva son graal et dévia le coup. Puis il se releva et chargea tête baissée son adversaire, qu’il déséquilibra. Il se retrouva à califourchon sur lui et abattit deux fois sa hache sur sa tempe.

Alice avait jeté son graal au visage d’un homme et s’était ensuite acharnée sur lui avec la pointe durcie au feu d’une lance en bambou. Loghu était survenue par-derrière et lui avait assené sur la tête un tel coup de bâton qu’il en était tombé à genoux.

Le combat fut terminé en moins de soixante secondes. Les Bolonais survivants prirent la fuite en entraînant leurs femmes. Burton retourna du pied leur chef encore vivant, qui se mit à hurler, et arracha d’un coup sec le javelot planté dans sa poitrine. La pointe ne s’était enfoncée que de deux centimètres.

L’homme se remit debout, tenant à deux mains sa blessure sanglante, et s’éloigna en titubant vers la plaine. Deux membres de sa bande, assommés, avaient des chances de survivre. Celui qui avait attaqué Frigate était mort.

L’Américain, de pâle, était devenu cramoisi, puis de nouveau blême. Il ne paraissait cependant ni écœuré ni contrit. Si son visage exprimait quelque chose, c’était plutôt de la jubilation. Et aussi un grand soulagement.

— C’est le premier homme que j’aie jamais tué, le premier ! s’exclama-t-il.

— Je doute que ce soit le dernier, lui dit Burton. A moins que tu ne sois tué toi-même.

— Les morts ont exactement le même aspect ici que sur la Terre, commenta Ruach. Je serais curieux de savoir ce qu’il advient d’eux après ce second trépas.

— Si nous vivons assez longtemps, nous le découvrirons peut-être, dit Burton. En tout cas, Alice et Loghu ont été formidables.

— Je n’avais pas le choix, dit Alice.

Elle s’éloigna aussi dignement que possible. Mais elle était pâle et tremblante. Loghu, par contre, paraissait tout excitée.

Ils arrivèrent à la pierre à graal un peu avant midi. Mais les choses avaient changé. Leur petit coin tranquille était occupé par une soixantaine de personnes, dont plusieurs travaillaient des rognons de silex. Un homme avait eu l’œil ensanglanté par un éclat de pierre qui lui avait perforé la cornée. Beaucoup d’autres s’étaient blessés aux mains ou au visage.

Burton était très ennuyé, mais il ne pouvait rien y faire. Son seul espoir de récupérer le campement était que le manque d’eau finirait par dissuader les intrus de rester. Mais cet espoir fut vite déçu. Une femme leur expliqua qu’il y avait une chute d’eau à deux kilomètres cinq cents environ à l’ouest du campement. Elle se jetait du haut de la montagne vers l’extrémité en V d’un défilé pour aboutir ensuite dans un grand trou qui n’était pour l’instant qu’à moitié rempli. Mais il finirait bien par déborder pour former un cours d’eau qui trouverait son chemin dans les collines jusqu’à la plaine. A moins, bien sûr, que quelqu’un n’utilise les pierres de la montagne pour le détourner.

— Ou que nous ne fabriquions des canalisations en bambou, ajouta Frigate.

Ils placèrent leurs graals dans les trous du rocher et s’assirent pour les surveiller. Burton avait l’intention de partir dès qu’ils seraient remplis. Un emplacement à mi-chemin de la pierre à graal et de la chute d’eau serait avantageux, et sans doute moins encombré.

La flamme bleue surgit juste au moment où le soleil entrait au zénith. Cette fois-ci, les graals leur fournirent un antipasto de salade et de charcuterie, des tartines de pain italien avec du beurre à l’ail, des spaghetti avec des boulettes de viande, un verre de vin rouge, du raisin, des paillettes de café soluble, des cigarettes, un joint de marijuana, un cigare, du papier hygiénique, une savonnette et quatre chocolats fourrés. Certains se plaignirent de ne pas aimer la nourriture italienne, mais personne ne refusa de manger.

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