Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]
- Автор: Херберт Фрэнк
- Серия: Dune (fr) #3
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00045-5
- Переводчик: Мишель Демют
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.
Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
Ghanima détourna les yeux sur les tentures noires des sceaux d’humidité qui isolaient le boyau de l’extérieur. Leto continuait de contempler le désert.
Depuis quelque temps, ils parlaient en un langage tellement ancien que son nom s’était perdu dans les âges. Ainsi, leurs pensées demeuraient-elles secrètes, empruntant une forme qu’aucun autre humain ne pouvait déchiffrer. Alia, elle-même, qui se tenait à l’écart du dédale de son monde intérieur, ne pouvait disposer des liaisons mentales qui lui auraient permis de comprendre plus que quelques mots isolés.
Leto inspira profondément. Il perçut le relent caractéristique du sietch dans l’air stagnant de leur refuge. Mais, ici, ils échappaient au brouhaha sourd et à la chaleur moite de la caverne, ce qui était un soulagement.
« J’admets que nous avons besoin d’être guidés, dit Ghanima. Mais si nous…»
« Ghani ! Nous ne devons pas être guidés. Mais protégés ! »
« Peut-être n’y a-t-il pas de protection. »
Elle plongea le regard dans les yeux de son frère, les yeux vigilants d’un prédateur qui surprenaient dans ce visage placide.
« Nous devons échapper à la possession », dit-il. Il employait l’infinitif spécial du langage ancien, une forme absolument neutre quant à la voix et au temps, mais dont les implications étaient profondément actives.
Ghanima interpréta correctement la réflexion de son frère.
« Mohw’pwium d’mi hish pash moh’m ka ! » psalmodia-t-elle. La capture de mon âme est la capture de mille âmes.
« Bien plus que cela », fit Leto.
« Connaissant les dangers, tu persistes », répondit Ghanima. C’était une constatation, non une question.
« Wabum’k wabunat ! » Dresse-toi, toi, le plus haut !
Le choix qu’il faisait, il le sentait, était une nécessité évidente. Une telle chose serait mieux accomplie activement. Il leur fallait ramener le passé dans le présent pour lui permettre de se déployer dans leur avenir.
« Muriyat », admit Ghanima, à voix basse. Cela doit être fait avec amour.
« Bien sûr. (Il agita la main pour signifier une totale acceptation.) Nous consulterons donc ainsi que l’ont fait nos parents. »
Ghanima demeura silencieuse, luttant contre la boule qui s’était formée dans sa gorge. Instinctivement, elle porta les yeux vers le sud, vers le grand erg. Des lignes grises de dunes, estompées, apparaissaient encore dans les dernières lueurs du jour. Son père était parti là-bas, pour son dernier voyage dans le désert.
Leto, lui, regardait vers le bas, l’oasis du sietch au pied de la falaise. Le crépuscule était venu, mais il en connaissait les moindres formes, les plus subtiles couleurs : des bourgeons de cuivre, d’or, de jaune, de roux et de rouille se levaient entre les rocs qui balisaient les plantations du qanat. Au-delà, une étroite bande de végétation arrakeen achevait de pourrir, tuée par les herbes et les plantes étrangères, noyée par l’eau et formait à présent une barrière contre le désert.
« Je suis prête, dit Ghanima. Commençons. »
« Oui, au diable ! (Il tendit la main, lui prit le bras comme pour atténuer la violence de son exclamation.) S’il te plaît, Ghani… Chante-moi cette chanson. Ce sera plus facile comme ça. »
Elle se rapprocha alors de lui et son bras gauche vint enserrer sa taille. Elle prit deux profondes inspirations, s’éclaircit la gorge et commença de chanter d’une voix limpide les paroles que sa mère, si souvent autrefois, avait chantées à son père :
Le son de la voix de Ghanima glissa au désert, plongea vers ce silence total que le moindre murmure pouvait fracasser. Et Leto s’enfonça dans le tapis épais et mouvant des souvenirs de son père, déployé sur le proche passé comme une neige génétique.
Pour ce bref instant, se dit-il, il me faut être Paul. Ce n’est plus Ghani qui se trouve là, à mes côtés, mais Chani, ma bien-aimée, dont les conseils éclairés nous ont bien des fois sauvés.
Ghani, quant à elle, s’était infiltrée dans la mémoire de sa mère avec une aisance terrifiante, ainsi qu’elle l’avait prévu et craint. Pour la femelle, l’opération était plus facile, et bien plus dangereuse.
D’une voix devenue rauque, soudain, elle appela : « Regarde, mon bien-aimé ! » La Première Lune s’était levée et, sous sa froide lueur, ils pouvaient voir un arc de feu orange qui montait de l’ombre des sables à l’espace. Le transport qui avait amené Dame Jessica, ayant fait le plein d’épice, allait rejoindre la flotte en orbite.
Au tréfonds des souvenirs, des fragments précis de mémoire s’éveillèrent dans l’esprit de Leto, et leurs images étaient comme autant de carillons aux échos vifs et pressants. Dans un vacillement d’identité, il fut un autre Leto, le Duc de Jessica. L’urgence de l’instant eut raison de ces souvenirs, non sans qu’il ait eu le temps d’éprouver l’aiguillon de la souffrance et de l’amour.
Je dois être Paul, se rappela-t-il.
La transformation s’accomplit et le partagea de façon effrayante, comme s’il constituait un écran sombre sur lequel, soudain, était projetée l’image de son père. Il conservait sa chair propre mais il était aussi celle de son père, et la palpitation de leurs différences menaçait en permanence de le surprendre.
« Aide-moi, père », souffla-t-il.
Le schéma de leurs identités changea et la projection devint différente. Cette fois, il se trouvait en position d’observateur, il était Leto, il se tenait d’un côté de la vision.
« Ma dernière vision ne s’est pas encore réalisée », dit-il. Sa voix était celle de Paul. Il se tourna vers Ghanima. « Tu sais ce que j’ai vu. »
Elle porta la main droite à la joue de son frère.
« Es-tu allé au désert pour y mourir, mon bien-aimé ? Est-ce bien là ce que tu as fait ? »
« Cela se pourrait… Mais cette vision… Ne serait-ce point là une raison de survivre ? »
« Aveugle ? »
« Même aveugle. »
« Mais où pourrais-tu aller ? »
Il eut une inspiration vibrante, douloureuse.
« A Jacurutu. »
« Mon aimé ! » Les larmes ruisselèrent sur les joues de Ghanima.
« Muad’Dib, le héros, doit être totalement effacé. Sinon, cet enfant ne pourra nous extraire du chaos. »
« Le Sentier d’Or. Ce n’est pas une bonne vision…»
« C’est la seule vision possible. »
« Alia a donc échoué…»
« Totalement. Tu sais ce qui a été écrit. »
« Ta mère est revenue trop tard. »
Elle acquiesça, et ce fut la sagesse de Chani qui s’imprima sur ses traits d’enfant. « Ne pourrait-il y avoir une autre vision ? Peut-être que si…»
« Non, mon aimée. Pas encore. Cet enfant ne peut encore discerner le futur et en revenir sauf. »
Une fois encore, le corps de Leto fut agité d’un souffle vibrant et l’enfant-Leto perçut l’aspiration violente de son père à retrouver une chair pour vivre, à prendre des décisions humaines… Et son désir désespéré de défaire les erreurs passées !
« Père ! » appela Leto, et ce fut comme s’il hurlait à tous les échos dans son crâne vide.