Tire-m'en deux, c'est pour offrir
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #101
- Год: 1979
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01045-6
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Tire-m'en deux, c'est pour offrir». Краткое содержание книги:
C'est le cas du présent chef-d'œuvre.
En l'écrivant, je me suis mis à l'aimer, à bien l'aimer.
J'aurais voulu y passer mes vacances ; peut-être même le restant de mes jours.
Un pareil engouement doit bien cacher quelque chose, non ?
Ou si je deviens gâtoche ?
A toi de juger !
Il se penche sur le trou :
— Hé, la Crottignard, s’riez capab’ d’me dire s’y faut du fromage râpé dans le gratin dauphinois ?
— Allez vous faire foutre ! répond la malgracieuse.
— Gardez l’conseil pour vous qu’êtes orfraie dans la manière, d’après s’lon c’qu’on a pu voir, riposte le Colossal. Ah, c’est ben les enc… les plus mal chaussés, quoi ! Ça s’fait miser et ça vient dire. Et par quoi qu’ça se fait fourrer ? Par un crevard de base étagée. Une sous-merde que vous avez vu son bigoudi farceur, messieurs-dames ? J’en voudrais même pas pour pisser de la camomille, d’son bigorneau, à vot’assureur d’mes deux chéries. Y confond chibre et compte-gouttes, ce minus à pinces. Y brosse just’ pou’ la r’productivité, pointe à la ligne. Mais faut voir la résultance, un crevard et une conseillère communiss, qu’est-ce que ça peut produire d’aut’ ? V’s’avez vu leurs bouilles, aux chiares de ces deux enfoirés ? Y z’étaient en nourrice au Biafra, vos lardons, ou quoi t’est-ce que ? Vous les alimentez av’c une boîte de Ronron par jour, j’parie. Et puis d’abord, v’s’allez m’r’monter ces artères tout d’sute qu’é sont pas à vous, pas même t’à moi. Compris ?
Je biche Béru par le cou et le refoule jusqu’à sa chambre à coucher pleine d’odeurs légères et d’un lit profond comme un tombereau.
— Hé, Zavatta, l’exhorté-je, je te demande trente secondes d’arrêt-buffet. As-tu vu Léon de Hurlevon, oui ou merde ?
Il a une fois encore son étrange regard de génie d’Aladin dont on a frotté la lampe pendant qu’il se trouvait aux cagoinsses.
— T’sais qu’tu m’courres sérieusement, mec ? Choisir c’t’instant patéticien pour me briser les noix av’c des bureaucraties, faut oser. Y a qu’ta pomme. Le sans-gêne, t’es champion, médaille d’or ! Non j’l’ai pas vu ton photogresse de paphe, pour l’excellente et primordiale raison qu’il s’est buté à moto su’ la route d’Orléans, le quatre avril soixante-seize.
M’MAN, MOI, ET LES AUTRES
Eh bien, mon vieux pays, nous voici donc une fois de plus face à face, emportés par une haulte aventure de cornecul, du genre inextricable. Mais j’extriquerai, j’en fais le serment. Il le faut, je me le suis promis à moi-même après avoir pris connaissance des documents remis par Mayençon Clovis ; or San-Antonio ne s’est jamais trompé, s’il lui est arrivé quelquefois de tromper les autres. Il s’est resté fidèle, enfer et contre toux.
Cette affaire d’apparence si simple, si vite solutionnable, est riche en rebondissements.
Je me les récite en pénétrant dans la maison de Saint-Cloud où il fait si bon rentrer.
Il y a de la lumière dans la chambre de Félicie. Elle ouvre sa lourde au moment où je monte l’escalier.
— Tout va bien, mon grand ?
— Au poil, m’man.
Bisouilles sur ses chères vieilles joues qui sentent Félicie-la-nuit. Avant de se mettre aux plumes, m’man fait un brin de toilette et s’asperge le visage d’une eau de Cologne comme il n’en existe pas dans le commerce et qu’une vieille amie de pension à elle lui envoie rituellement, à chaque nouvel an. Ça sent un peu la glycine, un peu la violette, et d’autres trucs encore qui poussent de moins en moins sur notre globe saccagé. Cette odeur… J’imagine le vieux Nice, du temps que les Rosbifs prenaient d’assaut la promenade qui allaient porter leur nom. Il suffit d’un parfum, parfois. D’un bruit, d’un rien, et t’as la moulinette farceuse qui se met à totonner, bien rond, bien droite, en décrivant des arabesques imperceptibles.
— Ton directeur a téléphoné à deux reprises, Antoine, il a besoin de toi d’urgence. Il m’a dit que tu pouvais lui téléphoner à n’importe quelle heure sur sa ligne personnelle.
Elle transmet en soupirant, Félicie. A contrecœur, pas chaude pour que son grand garçon reparte dans les froidures nocturnes vers de nouvelles péripéties. Ça l’a toujours démangée que je moule la Rousse pour me consacrer à l’épicerie fine ou à l’import-export. Elle me verrait bien dans des tâches douillettes, maman ; à me faire du lard et un peu de blé pour les vieux jours. Dans le secret de son cœur, elle redoute que ma retraite me passe sous le nez pour cause d’absence prématurée du retraité. Et voilà qu’elle me communique le message du vieux fâcheux qui régit mon existence.
Je lui souris large.
— S’il rappelle, tu lui répondras que je ne suis pas rentré, j’ai besoin de vivre un peu ma vie.
Des gargouillis stomacaux m’avertissent que les desserts de Berthe n’ont pas suffi à combler mes dents creuses.
— Demain matin, tu me feras un déjeuner à l’anglaise, si ça ne t’ennuie pas.
— Veux-tu que je te prépare un petit encas tout de suite ? J’ai un poulet froid entier dans le frigo et de la mayonnaise.
Elle espère. J’hésite.
— D’accord, mais juste un pilon, ne te mets pas en cuistance à pareille heure.
Radieuse, elle saute sur sa robe de chambre de pilou bordeaux, chausse les pantoufles de soie brodée que je lui ai offertes pour sa fête.
Moi, je vais me mettre en tenue d’intérieur.
Dans le jardin, y a une chouette qui ulule, à moins que ce ne soit un hibou, je ne sais pas faire la différence. En tout cas, il a de la persévérance, le zoizeau, avec tous ces immeubles qu’on a construits dans le coin. Moi, je serais chouette, comment que j’aurais mis les bouts vers des contrées plus salubres. Note que je suis bel et bien resté en tant qu’humain. Peut-être que l’hibou tient à son petit territoire, lui aussi, quand même il se rétrécit. On est entortillés d’habitudes, des vraies momies, les hommes et les oiseaux. A se laisser étouffer sur place.
A peine suis-je redescendu que le biniou carillonne. M’man va décrocher, et moi j’empare l’écouteur annexe. Je reconnais illico la voix dolente de Lapinuche. Cézigue, quand il jacte au turlu, tu croirais toujours qu’il est à bout de course et qu’il clamsera avant la fin de la communication.
Je prends le combiné à Félicie.
— Que t’arrive-t-il, vieux fossile, pour oser perturber la quiétude bourgeoise de tes supérieurs ?
Il gémit :
— Tu es parti sans crier gare de chez Béru.
— Et pourquoi aurais-je crié gare avant de m’en aller de ce Barnum Circus à la con, Monseigneur ?
— J’avais des choses à te dire.
— Tu me les diras demain, vieux parchemin, je suis chez moi, en compagnie de ma maman ; j’ai une veste d’intérieur col châle, un pyjama bleu nuit, des mules neuves et envie de voir avec mes dents à quoi ressemble le squelette d’un poulet, d’un vrai. Salut.
Le cri m’atteint avant que j’aie raccroché. Un cri-plainte, parti des cavernes pinuciennes :
— Atten en en ends…
Je remonte l’écouteur contre ma baffle.
— Quoi, encore ?
— Dis-moi au moins ce que je dois en faire !
— De quoi, de qui ?
— D’Henri Tournelle.
Quelque chose grésille dans une poêle et une odeur de beurre déjà chargée de calories. Malgré ma recommandation, m’man est en train de me mijoter un petit bigntz à elle ; c’est plein de ressources dans son réfrigérateur, Félicie. Elle m’a ferré au poulet froid, mais je vais clapper de la haute cuistance bonne femme, c’est parti.