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Tire-m'en deux, c'est pour offrir

Электронная книга - «Tire-m'en deux, c'est pour offrir». Краткое содержание книги:

Nous autres, les grands romanciers du siècle, avons une préférence marquée pour certains de nos enfants, parce que nous les jugeons plus beaux que les autres, voire même plus proches de nous.
C'est le cas du présent chef-d'œuvre.
En l'écrivant, je me suis mis à l'aimer, à bien l'aimer.
J'aurais voulu y passer mes vacances ; peut-être même le restant de mes jours.
Un pareil engouement doit bien cacher quelque chose, non ?
Ou si je deviens gâtoche ?
A toi de juger !
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Bon, très bien. Moi, j’aimerais bien avoir un entretien avec Bérurier-le-Grand, à propos de ma petite histoire. Si je te disais qu’elle me passionne, cette affaire. C’est la mienne, à moi. Le sort me l’a proposée et j’en fais mon affaire, de l’affaire Bruyère.

La mère Lacryma-cristi, j’en ai rien à branlocher, cette vieille seringue, avec ses napperons de boudoir, fignolés au crochet et ses Hercule Poirot de mes deux ; que moi aussi j’en ai un, de Poirot, et même qu’il est Delpech, en suce, alors tu vois ! La mère Mouillechagatte qui me rebattait les claouis avec son Agatha ! Dans les écoles de police, qu’elle préconise ? J’imagine à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or l’enseignement de Dix Petits Nègres. Entre le cours de tir et le cours de droit, mes bons petits potes, frais rémoulus, leur tronche en voyant le portrait de la grande vioque assassine. La Marie Bizarre ! Ses bouquins pleins de larbins gourmés, avec l’énigme qui se pointe à la page 100, qu’avant tu te respires la vie au château, les lucubrations de Lord Durin et les non moins du révérend Branlbitt, plus les vapeurs de miss Dorothée (à la menthe) et les bougonnades de mistress Deslauriers, tout ça, fumeux, britiche, d’avant les guerres : celle de Quatorze-dix-huit et celle des Deux-Roses. Merci bien.

Mais Béru ne songe pas à venir au rapport. Il est tout flambard de recevoir Adrien Ganachet, l’homme le plus costaud de la périphérie. Qui soulève des quintaux de ferraille sans s’éclater le gésier ni les couilles, salut, chapeau ! Gloire aux forts.

— Tu ne sais pas, Adrien, dit brusquement le Mammouth, si tu serais un homme, tu nous ferais un’p’tite démontrance de tes talents, avant que Berthe mette en route la gratinée, ça ferait intermerde, en somme.

Adrien interjette, comme quoi il n’a pas son matériel.

— Va le chercher, conseille le Gros, y a qu’trois étages dont av’c l’ascenseur.

Pas chaud chaud, Adrien fait valoir qu’il n’est pas accordéoniste. Ses accessoires, à lui, ne tiennent pas dans une musette.

— J’vais z’av’c toi t’aider, tranche le Gravos qui a de la suite dans les idées.

Adrien crache seize noyaux de pruneaux qu’il polissait dans sa bouche et obtempère. Un invité se doit de souscrire aux vœux de son hôte, surtout lorsqu’ils sont pressants.

A peine qu’ils ont enjambé le paillasson, voilà que le téléphone sonne. Je devine que c’est pour moi, et c’est bien pour moi : Mathias.

Berthy me passe le combiné, et profite du geste pour me caresser le dessus des doigts en faisant gracieusement virevolter les petites danseuses agrippées à ses lobes.

— J’ai une partie de vos renseignements, monsieur le commissaire, annonce Mathias d’une voix jubilatrice.

— Intéressants ?

— Je pense.

— Alors vas-y, je t’écoute.

Mais avant qu’il ne parle, laissons passer une nouvelle page de publicité.

Que vous soyez fins gourmets ou bouffe-merde.

Et même si votre palais n’est qu’une chaumière…

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les Toulouse et Lautrec de la gastronomie.

Vous y trouverez, répertoriées, toutes les tables de France, de l’Armée du Salut à l’Élysée-Paul Bocuse.

« Mangez ! Mangez, chers Gault et Millau. Mangez ! Nous ferons le reste ! »

— Alors vas-y, je t’écoute !

Mathias se fourbit l’œil. Nous ne sommes pas encore dotés du téléphone télévisé, mais je détecte la chose au bruit. Quand il se frotte les lampions, cézigman, on dirait qu’il agite un sac de billes.

— Amélia Black est décédée, monsieur le commissaire.

— Pas possible !

— Elle est morte au cours de l’été 76 lors de vacances en Grèce.

— Dans des circonstances suspectes ?

— Extrêmement suspectes ; elle aurait succombé à une trop forte dose de barbiturique (ave Caesar, barbiturique te salutant[7]) alors qu’elle se trouvait dans un petit hôtel de l’île de Dékonos.

— Elle y séjournait seule ?

— Non, elle était en compagnie d’une bande d’amis internationaux, de ces désœuvrés qui préfèrent une tarte au haschisch à une tarte à la rhubarbe. Comme elle donnait depuis un certain temps des signes de neurasthénie, la police grecque a conclu au « suicide accidentel » et l’affaire n’a pas eu de suite.

— Tu as appris quelque chose quant à son emploi du temps du 4 avril ?

— Tout ce que je suis en mesure de vous dire, c’est qu’elle se trouvait à Paris à cette date. Elle était descendue au Plazo le 2 et elle en est repartie le 10. Il sera long, voire peut-être impossible, de déterminer son emploi du temps pour la journée du 4. Je vais néanmoins faire l’impossible.

— Bravo, et tâche de me donner la réponse avant demain soir…

— Demain soir ! Mais, monsieur le co…

— Quoi, tu ne vas pas me dire que tu baises encore Sonia demain ! Ta pauvre femme va se trouver en manque.

Il rengracie vite fait, glapatouille des trucs aussi inaudibles qu’embarrassés et me promet de se défoncer le prose.

Là-dessus, Alain Ganachet et Alexandre-Benoît Bérurier reviennent, lestés (c’est le coup d’y dire) d’un matériel de choix. Un haltère, mes z’amis, comme le moyeu du Trans Europe Express, avec autant de roues que pour un wagon dudit. Adaptables, tu connais le topo, afin de corser la charge.

Bon, le gars Ganachet se met en tenue, à savoir qu’il pose sa liquette, son bénouze, ne gardant que son père Joseph (j’appelle ainsi son slip car il s’agit d’une Eminence grise), ses chaussettes à injection et ses mocassins pur porc.

Il commence par une babiole de quatre cents kilogrammes, histoire de se faire un poignet. Un rien. T’arrache cette bricole comme tu ramasseras un clop quand tu seras clodo.

La brandit haut, au-dessus de sa tronche. Ça miroite à la lumière du bioutifoule lustre représentant un rouet. Te nous repose l’haltère avec une souplesse telle qu’on ne perçoit pas un bruit. Il laisserait tomber une pantoufle que ça résonnerait bien davantage. Le public applaudit. La mère Béru est fascinée par le gabarit de leur nouveau pote. Faut dire qu’il ressemble à un baobab géant, Ganachet. Velu, musclu, tranquille.

Il rajoute des rondelles. Arrache toujours avec aisance. Bérurier en bave de convoitise.

— Tu t’rends compte, me dit-il, un gamin né avant terme, paraît-il. Un môme trouvé sous la porcherie d’une église. Et d’une église de grande banlieue, pas la Madeleine ! Et v’là ce qu’il peuve faire juste av’c deux bras.

Imperturbable, Adrien, tonifié par le copieux repas de la Bérurière, ranquille d’autres plaques qu’il faudrait que tu te mettes à six pour que tu puisses en soulever une, minable !

Et alors attends, c’est là qu’on confine. Là qu’on va accéder le sublime ; à la pothéose !

Le Gravos, ulcéré de ces peinardes prouesses, vide un verre à vin de marc de Savoie (en provenance directe d’une droguerie de Chambéry). Il clappe de la menteuse.

— Tu permettrais, Adrien, que j’essayasse ? demande-t-il.

Son front est bas, tout soudain, son œil farouche, ses bajoues frémissantes.

Le Ganachet, gentil mais supérieur, murmure :

— Volontiers, mais t’as six cent quarante-huit kilos deux cent vingt-cinq en piste, présentement. Attends que je déleste.

Béru se verse une nouvelle rasade de marc (qui s’appelait encore « grappa » en 1859).

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7

Totalement con, mais ça me délasse.

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