Les jeudis de Julie
- Автор: Arnaud Georges-Jean
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 978-2265005877
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les jeudis de Julie». Краткое содержание книги:
On la croyait et on essayait de lui venir en aide. On ouvrait devant elle des registres, on faisait des efforts de mémoires. Le patron allait demander à ses employés, à sa femme, mais personne ne se souvenait d’un motard qui ait fait réparer sa roue un jeudi d’avril alors que la nuit était tombée.
Découragée, elle faillit abandonner ses recherches. La nuit, elle rêvait de motos et de blousons noirs menaçants. Pas une seule fois elle ne songea qu’elle pourrait interroger Julie. Sa fille devait oublier l’existence de ce garçon. Désormais, c’était à elle, sa mère, de le retrouver.
Chapitre XI
Et puis le doute revenait, brutal, démobilisateur. Une grosse vague inattendue qui laissait Marie sur la grève du désespoir. Elle se demandait si Pascal avait bien dit qu’il se faisait appeler Willy. Avait-elle bien entendu ? N’avait-il pas bredouillé n’importe quoi et ce n’importe quoi, dans l’état de tension où elle se trouvait, lui avait suffi. Peut-être s’agissait-il d’une simple coïncidence.
Une autre vague de scepticisme la mouilla d’une sueur d’angoisse. Un soir, sa belle-sœur Germaine l’avait attendue dans sa voiture pour la mettre en garde contre les errements mentaux de Julie. Ne l’avait-elle pas surprise dans la cuisine de la maison de l’étang, installée comme pour déjeuner, avec deux couverts sur la table ? Comme si elle recevait un hôte invisible ? C’était l’époque de Boris. Ce Boris qui, d’ailleurs, devait disparaître de la vie de Julie le même jour.
Depuis la veille soufflait un Cers violent et froid et elle songeait qu’un tel vent pourrait purifier la maison. Il suffisait d’avoir le simple courage d’aller là-bas, d’ouvrir toutes les fenêtres. Ce souffle glacé tourbillonnerait entre les vieux murs humides, drainerait les mauvaises odeurs, assainirait les pièces, emporterait à jamais les miasmes réels et imaginaires.
Un soir, après le travail, elle y alla avec sa voiture, approcha de la porte d’entrée, glissa la clef dans la serrure. Le vent étreignait la maison avec une force presque diabolique, paraissait la secouer. Il sifflait de rage dans les tuiles du toit, dans les fentes de la remise sur la droite. Elle abandonna son projet, courut vers sa voiture et revint en hâte vers le village.
Le Cers se calma et ce fut le vent de la mer qui reprit sa doucereuse besogne. Avec lui, l’humidité sourdait de nouveau des plâtres et les odeurs triomphaient. Marie n’osait même plus pénétrer dans la maison. Elle allait là-bas mais préférait se promener au bord de l’étang, chaudement vêtue. Peu à peu, elle s’habituait à l’idée de quitter le pays. Lentement, un plan de fuite s’organisait en elle. D’abord, elle trouverait du travail, un logement. Elle en parlerait au délégué de l’éducation surveillée, peut-être même à Mme Cauteret. De temps en temps, elle apercevait l’assistante sociale. À priori elle ne lui paraissait pas hostile.
Gilberte Marty, sa nièce, ne revenait plus dans le pays. Son père, bien que vivant avec une autre femme, s’occupait d’elle, la recevait chez lui. Malgré la mort dramatique de sa mère, elle avait réussi à obtenir son bac et suivait les cours d’une école d’assistantes sociales. Elle n’avait pas renoncé à ses projets et Marie y trouvait de quoi s’inquiéter. N’essayerait-elle pas de se venger ? Ne poursuivrait-elle pas Julie par personnes interposées lorsqu’elle connaîtrait mieux les rouages de son administration ? Gilberte Marty était capable d’une longue patience pour parvenir à ses buts. Elle avait toujours détesté sa cousine, son prénom inattendu, sa façon de vivre, son indépendance vis-à-vis des adultes.
Marie commença d’écrire un peu partout pour répondre à des offres d’emploi, décidée à réussir. Mais au mois d’octobre, le tribunal pour enfants se réunit à Carcassonne et Julie dut comparaître. La reconstitution du drame avait été faite huit jours après ce terrible jeudi. Elle confirmait les aveux de la petite fille. La décision du tribunal fut rapide. Julie resterait un an encore dans son institution et au bout de ce délai le juge pour enfants déciderait s’il convenait de la remettre à sa mère. Pour ce faire, Marie devrait prouver qu’elle travaillait régulièrement, que son salaire était suffisant pour subvenir à l’éducation de son enfant, qu’elle occupait un logement convenable dans un environnement ne mettant pas la fillette en danger moral. Mais il fut précisé que Marie devrait également accepter de se soumettre à un examen psychologique approfondi.
Bien avant ce jugement, elle avait espéré fournir la preuve formelle de l’innocence de Julie. À cette époque, elle était pleine d’espoir puisque Willy existait.
Un mercredi elle travaillait dans son bureau lorsque la jeune fille qui faisait aussi fonction de standardiste lui passa une communication extérieure.
— Madame Lacaze ? Ici la gendarmerie, l’adjudant Dobart.
Elle se retrouva dans l’état de crainte qu’elle avait connu six mois auparavant.
— Pouvez-vous passer à la gendarmerie ?
— Qu’y a-t-il encore ? murmura-t-elle.
— Rien d’inquiétant en ce qui vous concerne… Nous vous demandons de venir authentifier un objet trouvé.
L’adjudant ne voulut pas fournir d’autres précisions. Elle dit qu’elle venait tout de suite. De quel objet trouvé pouvait-il bien s’agir ? Quelque chose appartenant à Julie ?
Dans le hall de réception de la gendarmerie, il y avait plusieurs personnes auxquelles elle ne prêta aucune attention. L’adjudant l’introduisit dans son bureau, la fit asseoir. Il lui jeta un regard scrutateur avant de prendre une enveloppe.
— Reconnaissez-vous ceci ?
De l’enveloppe, il sortait une gourmette en or que Marie avait portée autrefois. Noël la lui avait offerte du temps de leurs fiançailles et, d’ailleurs, son prénom y était gravé. Ce qu’elle expliqua au gendarme.
— On a limé la gravure, dit-il, mais il suffit de passer de l’encre sur la plaque pour voir réapparaître votre prénom, en effet… Vous l’aviez perdue ?
— Je ne sais pas… Depuis la mort de mon mari je ne la portais plus… Elle devait se trouver dans un petit coffret recouvert de soie rouge et noire dans ma chambre, sur une commode.
— Nous l’avons retrouvée au cours d’une perquisition au domicile d’un mineur.
— Je ne comprends pas, dit Marie.
— Depuis quelque temps, nous avions des plaintes à son sujet. Il pénétrait chez certaines personnes pour y prendre tout ce qu’il trouvait. Sans grand discernement d’ailleurs. Il volait tout ce qui brillait et qu’il prenait pour de l’or. Mais ne cherchiez-vous pas cette gourmette ?
— Non… Depuis que j’ai déménagé, le coffret doit se trouver dans un carton que je n’ai pas encore défait.
— Vous avez l’intention de vous en aller, n’est-ce pas ?
Elle n’était pas surprise qu’il soit au courant. Depuis que sa belle-sœur avait commencé à s’immiscer dans sa vie, puis cette assistante sociale, elle avait toujours su qu’elle était piégée dans une immense toile d’araignée. La mort violente de Germaine n’avait fait que renforcer cette surveillance.
— On nous demande des renseignements, dit l’adjudant. Vos futurs employeurs.
Marie le regarda fixement.
— Quels renseignements ?
— C’est tout à fait normal… Les gens veulent savoir pourquoi vous voulez quitter le pays.
Il agita la gourmette pour ramener la conversation sur le sujet, peu enclin à se justifier davantage.