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La nurse anglaise

Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:

Sir David Bentham, lord et pair d'Angleterre, compte parmi les individus les plus petits du Royaume-Uni puisque, à vingt-huit ans, il ne mesure que 104 centimètres. En revanche, la nature a doté ce gentleman d'un attribut viril d'une taille et d'une puissance phénoménales dont il use sans répit. Le nanisme de sir David, joint à la richesse familiale, le dispense d'exercer une profession. Alors, comme il déteste l'oisiveté, pour passer le temps, il tue les gens…
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Elles restèrent indécises, se détendant après cet affrontement fulgurant. Une sorte de trêve s’imposa à elles.

Puis la duchesse murmura :

— Ne nous déchirons pas, miss Hunt. Je ne cherche que le bonheur de mon malheureux fils.

— Sir David n’est pas malheureux, déclara hardiment Victoria ; et ce ne sont pas les mères qui ont en charge le bonheur de leurs enfants quand ils sont adultes. Puis-je me retirer ?

Lady Muguette fit un geste signifiant « allez ! ». Malgré cette ultime impertinence de la nurse, sa colère l’avait quittée.

Elle s’assit dans un vieux canapé maculé de peinture séchée.

Au bout d’un moment, elle sonna Lino, le maître d’hôtel, et réclama une bouteille de Château Pétrus. Elle aimait les grands vins, sans toutefois en abuser ; parfois, ils s’imposaient à elle comme une thérapie.

Lorsqu’elle en eut dégusté trois verres, à petites gorgées précieuses, elle se trouva ragaillardie sans être le moins du monde éméchée car elle tenait l’alcool mieux qu’un vigneron.

Muguette Bentham s’apprêtait à quitter son atelier quand le téléphone retentit.

La voix de sir David lui parut empreinte d’une certaine solennité.

— Mère, lui dit-il, miss Victoria vient de me mettre au courant des projets que vous formez pour moi. Ils me semblent plutôt cocasses et je suis tout à fait d’accord pour assister à ce dîner.

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Quand il fut habillé, sir David s’aperçut qu’il disposait d’une demi-heure avant de devoir gagner la résidence de ses parents. Il mit ce temps à profit pour rappeler le Norvégien. Olav Hamsun tarda à répondre.

— Est-elle toujours là ? chuchota le nain, quand il décrocha.

— Non.

— Vous êtes seul ?

— Tout à fait.

— Je vous trouve une voix étrange…

— Vraiment ?

— Vous paraissez déprimé.

— Déprimé ? murmura le Scandinave comme s’il comprenait mal le sens de ce mot.

— Triste, ajouta David. Ce rendez-vous se serait-il mal passé ?

— Au contraire…

— Dois-je entendre que vous êtes comblé ?

— En quelque sorte. Le petit homme exulta.

— Compliments ! Vous allez vite en besogne. Il y eut un silence tendu.

— Elle fait bien l’amour ? reprit David.

— Je préférerais n’en pas parler, répondit Olav.

— C’est si grave ?

— Je le crains.

Sir David ricana :

— Nous tombons dans le répertoire, mon ami. Vous n’allez pas me sortir les vieilles ficelles du théâtre romantique et des filins d’espionnage d’avant la dernière guerre.

— Les vieilles ficelles que vous évoquez sont solides parce qu’elles sont éprouvées, La réalité est que je suis ébloui par la marquise. Je ne vous avouerais pas cela si vous ne m’aviez confié cette singulière et odieuse mission.

Depuis un instant, David avait branché le diffuseur pour que Victoria puisse suivre la communication. La dernière partie de la réplique les fit sursauter.

— Raccrochez ! ordonna la nurse à son oreille.

Il obtempéra.

Le couple se dévisagea intensément.

L’outrage creusait le visage du nain.

— Je le tuerai ! déclara-t-il d’une voix morte.

— Naturellement, renchérit-elle.

— Vous avez entendu ce mangeur de haddock ? Mais pour qui me prend-il ? Pour qui SE prend-il ?

— Il est amoureux, sir.

— Vous pensez que Mary l’aurait séduit en un tournemain ?

— Il semblerait. Le coup de foudre existe. Cette fille rigoriste, refoulée, a dû avoir la révélation de l’amour et exploser.

— Soyez gentille, Victoria, n’appelez pas la marquise Bentham « cette fille », grommela le nain.

La nurse rougit et baissa la tête.

— Qu’allons-nous décider à présent ? poursuivit-il, à court d’idées.

— Attendons, la situation nous dictera notre conduite.

— Vous pensez qu’il va tout révéler à ma belle-sœur ?

— Il hésitera à le faire car il sait qu’il la perdrait en agissant ainsi. Sa position est précaire : sans vous, il redevient un étudiant-trimardeur et la perd également. Il doit déjà regretter son mot malheureux.

Comme elle achevait sa phrase, la sonnerie du téléphone se mit à vibrer.

Victoria eut un sourire de triomphe :

— Que vous disais-je ? Il est affolé par son audace, ce qui prouve que son raisonnement se calque sur le nôtre.

Sir David avançait la main vers le combiné, mais elle intervint :

— Surtout pas, sir ! Laissez cette petite frappe Scandinave macérer dans l’angoisse : rien de tel pour la mettre au pas.

David s’approcha d’elle et la prit par les jambes ; on aurait dit un enfant cherchant refuge dans les jupes maternelles.

— Un jour, décida-t-il, j’enfoncerai mon pénis dans la bouche de cette garce et je l’étoufferai de ma semence ; vous le savez, ma chérie ?

— Oui, sir, je le sais.

— Et pendant ce temps-là, vous arracherez avec vos dents les lèvres de son sexe ; vous me le promettez, Victoria ?

— Je vous le promets, sir.

— Et quand son infâme con sera déchiqueté, nous lui enfoncerons dans le ventre le contenu de notre poubelle ; vous êtes bien d’accord, ma belle âme ?

— Pleinement, sir, pleinement.

Il desserra son étreinte et s’allongea en chien de fusil sur la moquette ; il haletait.

— Sir David ! Sir David ! s’écria la nurse, affolée.

De la main, il la rassura. Il posa la joue sur son coude replié et, progressivement, se détendit.

Un léger sourire finit par plisser ses lèvres.

L’on dirait un ange, songea Victoria.

25

Lorsqu’il gagna le grand salon des Bentham, après s’être bassiné le front et avoir bu un vulnéraire au goût atroce, les invitées étaient déjà arrivées.

Il pensait tomber sur un couple venant présenter sa grande fille à marier, aussi fut-il surpris de se trouver en présence de deux femmes. Il devait apprendre un peu plus tard que le père de la « postulante », le baron Albert Lambeth, frappé d’hémiplégie, vivait depuis plusieurs années dans un fauteuil d’infirme où ses muscles et sa raison s’affaiblissaient de concert. La baronne Caria, son épouse d’origine italienne, la quarantaine dépassée, avait du chien et de la personnalité. C’était une grande femme mince, aux cheveux plats, au teint mat, au regard sombre, dont la bouche pulpeuse se marquait d’un étrange grain de beauté noir à la commissure gauche. Vingt-cinq ans de vie londonienne ne l’avaient pas guérie de son accent vénitien. On lisait chez cette superbe femelle une surprenante énergie.

Elle continuait de s’habiller chez les couturiers de son pays natal et portait volontiers des couleurs hardies. Les mots qu’elle lançait sonnaient comme des défis, non qu’elle parlât fort, mais elle avait un débit rapide et dense qui obligeait ses interlocuteurs à lui prêter attention.

Sa fille lui ressemblait. Toutefois, ce n’était « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Plus petite que la baronne, elle ne possédait ni sa minceur, ni son éclat. Son visage, plus coloré, se marquait de taches rousses typiquement britanniques. Ses yeux également sombres contenaient des reflets d’or qui les rendaient singuliers. Un perpétuel sourire errait sur ses lèvres, au rythme de ses sentiments, et l’on était frappé par son expression attentive. Elle scrutait les êtres avec passion, comme si elle cherchait leurs failles, certaine qu’il en existait. Le terme tant galvaudé de « beauté » ne venait pas à l’esprit, cependant elle plaisait car elle avait du charme.

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