La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
Une partie de jambes en l’air
Dans l’état actuel des connaissances il est bien difficile de savoir avec précision à quel moment de l’Histoire sont apparues les « parties de jambes en l’air » !… Le plus probable c’est que la position joyeuse qu’évoque cette expression-là n’a pas d’âge. En tout cas la voici passablement décrite en 1618, dans le Cabinet Satyrique, où la « belle Margot » se donne du bon temps avec le Sieur de Sigogne :
L’expression faire une partie, sans précision, existait déjà dès le XVIIIe : « Veux-tu faire une partie, Margoton ? Tiens, pose là ton inventaire. — Ah ben oui ! eune partie avec un croc de billard ! » (Rétif de la Bretonne.) La jambe en l’air n’a eu qu’à s’ajouter comme d’elle-même, probablement dans le dernier tiers du siècle passé. E. Chautard (L’Étrange vie de l’argot) relève l’expression complète en 1883 : « faire une partie de jambes en l’air (1883), l’acte charnel. »
Ces habitudes lestes se sont heureusement transmises jusqu’aux temps présents. « C’était contre la cloison du 17 qu’il avait collé son oreille. De l’autre côté, ils avaient vraiment trop bu. Les filles gloussaient à tous propos, fin saoules. On entendait des bruits de baisers sonores. Puis les rires avaient été plus étouffés, plus plaintifs, les silences plus longs. Le lit grinçait (…) Après, ç’avait été une fameuse partie de jambes en l’air. M. Hermès n’en avait pas dormi de la nuit. » (R. Guérin, L’Apprenti, 1946.)
Les expressions s’allègent parfois avec le temps, la « jambe en l’air » tend maintenant à faire cavalier seul : « Paraît qu’elle en a dépanné plus d’un pour la bricole, la Rolande. Paraît que beaucoup lui doivent leurs débuts dans la jambe en l’air. Et même pas mal de ceux qui la chambrent au passage. Des ingrats, en fait. » (Berroyer, J’ai beaucoup souffert, 1981.)
Tirer un coup
On entre là dans les rudesses des métaphores balistiques. Il faut savoir qu’avant la propagation des armes à feu on rompait des lances, expression de joute et de tournois qui fut courante pendant tout le XVe siècle pour les ébats du lit ; Montaigne disait encore en 1580 : « Le marié ayant envie de rompre un bois en faveur de sa nouvelle épouse… »
La notion de coup, sexuellement parlant, remonte au moins au XVe siècle ; témoin ce passage des œuvres de Coquillart, avec la vieille expression « coup à demi pécune », qui signifiait : « faveur d’amour à moitié donnée, à moitié vendue. »