Les fantômes de Belfast
- Автор: Невилл Стюарт
- Серия: Jack Lennon #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Payot & Rivages
- ISBN: 978-2743622510
- Переводчик: Fabienne Duvigneau
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Les fantômes de Belfast». Краткое содержание книги:
Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver.
Mais l’autre Irlande ne voulait plus d’eux.
C’est pourquoi le désir de liberté, si l’on pouvait appeler ça ainsi, avait fait place à la cupidité et à la recherche du pouvoir. Formations paramilitaires, républicains et loyalistes maintenaient en façade leurs idéaux politiques, mais Fegan n’était pas dupe. Peut-être même avait-il toujours soupçonné dans le secret de sa conscience les véritables motifs qui animaient des hommes comme Michael McKenna et Paul McGinty.
Fegan considéra les neufs Suiveurs qui erraient autour de lui. Les trois Anglais, les deux loyalistes, le flic, le boucher, la femme avec son bébé. À quoi cela servirait-il ? À remplir les poches de McGinty ?
La femme et le boucher, qui avaient trouvé la mort en même temps, ne détachaient pas leurs yeux du politicien. Lentement, ils levèrent une main comme pour braquer un pistolet. La femme se tourna vers Fegan. Le doux sourire qui lui étirait les lèvres ressemblait à une blessure, l’entaille d’un couteau.
Elle fit un signe affirmatif.
Fegan secoua la tête, haletant, la bouche ouverte.
La femme insista. Fegan avait envie de s’enfuir. Il ferma très fort les yeux et tenta de repousser les Suiveurs aux limites de sa conscience. Un éblouissement le saisit entre les tempes. Résistant encore, il serra les dents, mais les ombres ne reculaient pas. Il exhala l’air qu’il retenait dans ses poumons et ouvrit les yeux, résigné à accepter leur présence.
Mais ils avaient encore autre chose à lui dire.
Le père Coulter s’approcha.
Les trois Anglais le regardèrent serrer des mains et se frayer un chemin à travers la foule. C’était un petit homme corpulent, avec d’épais cheveux grisonnants. Fegan le savait originaire de Sligo. Les Anglais le mirent en joue. Mais pourquoi donc voulaient-ils sa peau ?
Fegan plongea dans ses souvenirs. Le soleil lui brûlait la nuque. Il ferma les yeux et comprit soudain, en revoyant les images.
Les trois filles et leurs parents poussèrent un cri unanime quand l’explosion fit vibrer les fenêtres de la maison. Ils étaient tous rassemblés à l’étage, à l’abri des éclats de verre. Fegan et Coyle avaient veillé à les mettre en sécurité. L’écho de la détonation s’éloigna par-dessus les toits, puis le silence retomba. On entendit alors des gémissements dans la rue. Des gémissements qui se muèrent en pleurs, suivis de hurlements.
Fegan entrouvrit la porte pour regarder au-dehors. Il se tourna vers Coyle. « Tu ne les as pas tous eus.
— Merde, dit Coyle. Qu’est-ce qu’on fait ?
— Je te pose la question. C’est toi qui as placé la charge et qui l’as allumée.
— On doit les achever ? » demanda Coyle, pris de panique.
Fegan sortit un pistolet de sa poche et le lui tendit en présentant l’arme par la crosse.
« Putain, non ! dit Coyle. Je ne peux pas. Vas-y, toi.
— C’est ça. À vingt mètres, tu crânes, mais il n’y a plus personne quand il faut s’approcher.
— J’ai assuré mon boulot.
— Pas vraiment. » Du menton, Fegan indiqua la porte. « Écoute-les.
— Ils ne se sont pas pointés tous ensemble. Comment je pouvais le savoir ?
— Ils vont toujours par trois. Tu aurais dû attendre que les trois premiers passent. Vu que les autres arrivent juste derrière, tu les aurais eus en même temps.
— Qu’est-ce qu’on fait ? » répéta Coyle, une supplique dans la voix.
Fegan soupira, rabattit sur son visage la cagoule qui ne laissait entrevoir que ses yeux et sa bouche. Coyle l’imita et lui emboîta le pas. Ils s’approchèrent furtivement du coin de la rue encore envahie par la fumée. Les débris d’une poubelle gisaient sur la chaussée, la vitrine du magasin avait explosé. À la lumière des lampadaires, on distinguait à l’intérieur des éclats de verre et des papiers de bonbons.
Indifférent aux dégâts matériels, Fegan considéra les six cadavres couchés par terre. Trois des soldats anglais étaient morts, mais les trois autres s’agitaient encore. Deux des survivants s’en tiraient même avec les membres indemnes. Ils auraient eu de la chance, sans Fegan… Le troisième avait perdu son bras droit — c’est lui qui hurlait — mais il se taisait maintenant, en état de choc. La bombe, de faible puissance, était conçue pour faire le maximum de victimes dans un périmètre restreint tout en épargnant les maisons tout autour.
Pourtant, une voisine accourut en désignant les fenêtres soufflées de son salon. « Regardez-moi ça ! J’en ai pour combien de temps à passer l’aspirateur, hein ? » À ce moment-là, elle remarqua les hommes étendus à terre et se signa. « Pauvres garçons… Que Dieu les garde. »
Fegan la visa au front. « Rentrez chez vous », ordonna-t-il.
La femme obéit sans demander son reste. Alors qu’il se préparait à accomplir le plus dur, Fegan entendit des pas précipités qui passaient la porte. Il fit volte-face en même temps que Coyle.
« Oh mon Dieu », murmura le père Coulter. Il s’immobilisa. « Oh non, non… Mon Dieu.
— On n’a pas terminé, mon père, dit Fegan en repoussant du pied les armes des soldats.
— Laissez-moi leur administrer les derniers sacrements, pour l’amour du Ciel.
— Vous ferez ça après. »
Le père Coulter s’avança. Ses yeux s’emplirent de terreur. « Ces hommes sont vivants, dit-il.
— Partez, mon père. Revenez dans quelques minutes.
— Non. Ils ont encore une chance de s’en sortir. Quelle que soit leur identité, je ne peux pas les laisser mourir.
— Allons donc, dit Coyle. Vous aussi, mon père, vous détestez les Anglais. Vous avez caché des gars et vous leur fournissiez des alibis… »
Le père Coulter ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit.
« Non, parvint-il à articuler enfin. Ce n’est pas vrai. »
Fegan fit taire Coyle d’un coup d’œil. Puis il se tourna vers le prêtre. « Nous pouvons leur laisser la vie sauve, mon père, si c’est ce que vous voulez. Ils n’ont pas vu nos visages… Mais vous serez obligé de donner vos raisons, quand on vous interrogera. »
Il s’approcha pour ajouter à voix basse. « Vous devrez vous expliquer avec McGinty quand il vous posera la question. Et croyez-moi, il vous la posera. Vous êtes un homme courageux, père Coulter. Mais êtes-vous courageux à ce point-là ?
— Je… je… » bredouilla le père Coulter. Il se tut, le regard rivé au sol. « Oh, mon Dieu.
— S’il vous plaît », gémit l’un des Anglais en tirant le prêtre par la jambe de son pantalon. Il avait perdu son casque, du sang lui coulait des oreilles. Un mumure s’échappa de ses lèvres exsangues : « Aidez-moi. »
Le père Coulter recula vivement. Fegan arma le pistolet et appuya le canon contre la tête du soldat. « À vous de décider, mon père.
— Gerry…, souffla Coyle. Arrête.
— Tais-toi ! Quand on juge les autres, il faut être prêt à assumer les conséquences. »
Fegan se tourna de nouveau vers le prêtre. « Pas vrai, mon père ? Tous les samedis soir, tous les dimanches matin, à l’église, vous nous recommandez de ne pas tomber dans le péché. Entre-temps, vous êtes payé par McGinty pour ne rien voir, ne rien entendre et la boucler. Et le samedi suivant, le dimanche suivant, vous nous conseillez de choisir une autre voie. Parce qu’il y a toujours une autre voie, c’est ça ? Alors, maintenant, vous allez me le prouver. Montrez-moi le chemin, je vous suivrai. Mais c’est à vous d’en prendre la responsabilité. Et vous devrez rendre des comptes aux gars qui tiennent les rênes par ici. »
Le père Coulter le regardait d’un air affolé, les yeux papillotants. « Je vous en prie, ce n’est pas… il ne s’agit pas de… »