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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Malgré les appréhensions de l’ancienne Sage-Dame, les deux Seanchaniennes n’accordèrent aucune attention au trio qu’elles croisèrent. Une sul’dam, une damane et une servante chargée de porter les affaires de la femme au bracelet. Bref, absolument rien d’extraordinaire.

Nynaeve poussa la porte et entra, ses compagnes sur les talons.

Quoi qu’il se passât en face, la confusion n’avait pas encore atteint cette paisible demeure. Dans le hall d’entrée, il n’y avait que des femmes, faciles à identifier au vu de leur tenue. Trois damane en gris, les trois sul’dam qui portaient leur bracelet, deux autres qui conversaient dans un coin, et trois qui marchaient seules dans un sens ou dans l’autre. Enfin, quatre servantes, habillées comme Min, se pressaient vers une direction inconnue, un plateau sur les bras.

Dès qu’elle aperçut ses amies, Min, qui attendait tout au fond du hall, se mit en mouvement et s’enfonça dans la maison. Nynaeve la suivit, tirant Seta sans ménagement, et Elayne leur emboîta le pas. L’ancienne Sage-Dame aurait juré que personne ne s’intéressait à elles. Pourtant, la sueur qui ruisselait entre ses omoplates menaçait de devenir un torrent. À toutes fins utiles, elle imposa un pas très rapide à Seta, histoire que personne ne puisse la regarder d’un peu trop près – ou, pire encore, l’interroger. La tête toujours baissée, la sul’dam prisonnière n’avait pas besoin d’encouragements. Si la laisse ne l’en avait pas empêchée, nul doute qu’elle aurait couru.

Au fond de la maison, Min s’engagea dans un étroit escalier en colimaçon. Tout au long des quatre étages, Nynaeve fit passer Seta devant. Puis les quatre femmes remontèrent un couloir bas de plafond où régnait un silence de mort parfois troublé par les échos étouffés de sanglots. Dans un décor pareil, pleurer ne semblait pas une mauvaise idée, mais quand même…

— Cet endroit…, commença Elayne. (Elle secoua la tête.) On a l’impression de…

— Oui, je sais, souffla Nynaeve.

Elle regarda Seta, qui en menait de moins en moins large. La peur lui donnait un teint plus pâle que nature, la faisant ressembler à un cadavre.

Sans un mot, Min ouvrit une porte et la franchit. Les autres la suivirent, entrant dans une grande salle divisée en minuscules pièces par des cloisons de bois. Un étroit couloir passait au milieu, permettant d’accéder à une fenêtre. Min alla jusqu’à la dernière porte sur la droite, l’ouvrit et entra. Nynaeve la suivit et découvrit dans la cellule une jeune fille aux cheveux noirs assise à une table, la tête posée sur ses bras croisés. Avant même qu’elle lève les yeux, l’ancienne Sage-Dame sut qu’il s’agissait d’Egwene. Un collier brillait autour de son cou, relié à une laisse terminée par un bracelet pour l’heure accroché à un portemanteau.

Egwene se redressa, écarquilla les yeux et articula quelques mots inaudibles à cause de l’émotion. Quand Elayne entra puis ferma la porte, la jeune prisonnière dut se plaquer une main sur la bouche pour étouffer un petit cri de joie.

— Je sais que je ne rêve pas, dit enfin Egwene, parce que, dans un rêve, ce seraient Rand et Galad montés chacun sur un étalon blanc… Mais tout à l’heure j’ai cru que Rand était là pour de bon. Sans le voir, et pourtant…

— Si tu préfères attendre tes chevaliers servants…, maugréa Min.

— Oh ! non ! Vous êtes merveilleuses ! Les plus beaux visages que j’aie jamais vus. Mais d’où sortez-vous ? Et comment avez-vous réussi votre coup ? Où as-tu pris cette robe, Nynaeve ? Et qui est cette damane  ? (Egwene plissa soudain les yeux.) Seta ? Comment ? (La voix d’Egwene changea, prenant des intonations dures que Nynaeve ne lui avait jamais entendues.) Qu’est-ce que j’aimerais te jeter dans un chaudron rempli d’eau bouillante !

Les yeux fermés, la sul’dam déchue tremblait de peur.

— Que t’ont fait ces femmes, s’écria Elayne, pour que tu dises une chose pareille ?

Egwene ne détourna pas le regard de la Seanchanienne.

— Un échange de mauvais procédés… Elle m’a fait sentir ce qu’on éprouve quand on est plongée jusqu’au cou dans… Elayne, tu ne sais pas quel calvaire on vit quand on porte un de ces colliers ! Les sul’dam ont tous les pouvoirs. J’ai du mal à dire si Seta est pire que Renna, mais ce sont toutes des monstres !

— Je vois ce que tu veux dire, fit Nynaeve, très calme.

Elle sentait la terreur de Seta. Tremblant comme une feuille, la Seanchanienne blonde crevait d’angoisse. Et elle avait raison, parce que Egwene aurait bien été capable de mettre sa menace à exécution.

— Tu peux m’enlever ça ? demanda la jeune fille en tapotant le collier. Sûrement, puisque tu as pu en mettre un à Seta…

Nynaeve canalisa le filet de Pouvoir indispensable. Voir un a’dam sur Egwene la mettait assez en colère pour qu’elle réussisse sans peine. Sinon, la présence de Seta et la rapide description de ses exactions auraient suffi à la stimuler. La sul’dam avait vraiment beaucoup de chance que ses ravisseuses n’aient pas le temps de s’occuper d’elle…

— Tu vas mettre ma robe et ma cape, dit Nynaeve à Egwene.

Elayne était déjà en train d’ouvrir le baluchon sur le lit.

— Nous allons sortir d’ici, et personne ne te remarquera…

Nynaeve envisagea de ne pas rompre son contact avec le saidar. Furieuse comme elle l’était, ça ne poserait aucun problème, et la sensation restait merveilleuse. Mais c’était trop dangereux. Certes, c’était le seul endroit, à Falme, où aucun binôme ne risquait de s’alarmer parce que quelqu’un canalisait le Pouvoir dans les environs. Mais, si une vraie damane voyait autour d’une sul’dam l’aura typique de la Source Authentique, les choses risquaient de très mal tourner.

— D’ailleurs, je ne comprends pas que tu sois encore ici…, reprit Nynaeve. Même si tu ne sais pas enlever cette abomination de ton cou, tu aurais pu essayer de filer.

Pendant que Min et Elayne l’aidaient à se changer, Egwene expliqua que déplacer le bracelet était impossible, sauf à accepter de mourir de douleur. Elle précisa que canaliser le Pouvoir en l’absence d’une sul’dam tournait rapidement au calvaire. Le matin même, elle avait découvert comment ouvrir le collier sans recourir au Pouvoir. Un simple fermoir, très bien dissimulé… Mais, si elle le touchait avec l’intention de l’ouvrir, sa main s’ankylosait. Tant qu’elle ne songeait pas à actionner le fermoir, aucun problème. Mais dès qu’elle y pensait seulement…

Nynaeve ne se sentait pas très bien. Le bracelet la rendait malade, elle le savait. Tout ça était horrible, et elle aurait donné cher pour se débarrasser de l’artefact avant d’avoir appris à son sujet des horreurs qui lui laisseraient le sentiment d’être à jamais souillée.

Elle ouvrit le bracelet, le retira de son poignet, le referma et l’accrocha à un portemanteau.

— Ne va pas croire que ça t’autorise à crier au secours, dit-elle en montrant le poing à Seta. Si tu ouvres la bouche, je peux toujours te faire regretter d’être née, même sans ce fichu… machin.

— Vous… Vous n’allez pas me laisser ici avec cet a’dam autour du cou. C’est impossible ! Bâillonnez-moi, afin que je ne puisse pas donner l’alerte. Mais…

— Ne lui enlève pas le collier, intervint Egwene avec un rire sans joie. Même sans bâillon, elle n’appellera pas à l’aide. Seta, il te reste à espérer d’être retrouvée par quelqu’un qui te retirera le collier et gardera ton sale petit secret. Ton minable secret, devrais-je dire.

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