La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Il est ensuite descendu de chaire, et il a achevé le service: après lequel on a porté les corps à la sépulture. La fosse était ouverte aux pieds de nos respectables père et mère, avec l’attention de ne point découvrir en aucune manière leurs restes vénérables. On a d’abord descendu le cercueil d’Ursule, qui est fort pesant, étant de plomb, et il a été placé aux pieds de sa bonne et tendre mère: mais la pesanteur avait donné un si grand ébranlement à la terre, qu’elle s’est éboulée, pendant qu’on arrangeait le cercueil, et on a vu à découvert les os des pieds dégarnis de chairs, de celle qui fut mère de douleur: ce qui a fait pousser à tout le monde un cri d’angoisse et de compassion. Et mon pauvre mari, criant: Ma mère! ma mère! s’est jeté dans la fosse, et a recouvert les pieds de sa mère, amoncelant la terre sur la tête d’Ursule, pour qu’ils y reposassent à jamais: et après s’être prosterné, en baisant cette terre et ces os, il est remonté, pâle et défait. Et un chacun disait, par un murmure de louange: «On voit le bon fils, jusqu’au dernier moment! il a recouvert les pieds de sa bonne mère morte, comme il la soulageait vivante!…» Il a fallu ensuite descendre le double cercueil, et mon mari a encore été dans la fosse, pour le soutenir, l’empêchant de vaciller, et qu’il ne tombât sur le cercueil d’Ursule. Et il a dit tout haut: «Voilà donc le dernier service que je te rends, ô mon pauvre frère Edmond! l’ami de mon enfance, le cher compagnon de ma jeunesse, le confident de toutes mes pensées. Adieu, Edmond! Adieu! adieu! cher ami, moitié de ma vie, porte-nom de mon respectable père, aux pieds de qui je te dépose, suivant ton vœu, afin qu’il te reçoive dans son sein au séjour des justes, où tu m’attendras, pour nous réunir tous un jour… Ô jour de réunion! je te salue!…» Et tandis qu’il parlait, un de ceux qui tenaient la corde du cercueil (car la fosse était profonde, à cause que notre sœur, la pauvre défunte Ursule, avait demandé d’être mise bien au-dessous de sa mère) a glissé du pied, et se serait tué en tombant, si mon mari ne l’avait retenu dans ses bras; car Pierre est le plus fort des hommes du pays et après l’avoir retenu, sans qu’il se soit fait le moindre mal, il l’a enlevé comme un oiseau, pour le mettre hors de la fosse. Mais cet homme tombant, le cercueil a vacillé, et la terre s’est éboulée, de façon que mon pauvre mari en était couvert. Et voilà qu’aussitôt, on a vu le cercueil de notre vénérable père; non du côté des pieds, mais du côté de la tête; et la planche déjà pourrie étant tombée, on a vu à découvert son chef vénérable, encore en son entier, ayant ses cheveux gris, tels qu’au jour de son décès; et il avait encore, quoique cave et décharné, cet air vénérable et doux, qui le rendait le plus gracieux des vieillards. Et mon mari voyant à nu la tête de son honoré père, est demeuré immobile, comme un homme éperdu, ou frappé de la foudre: puis tombant à deux genoux, il a prié, ses larmes coulant, comme jamais on n’en a vu. Puis se levant, il a dit: «Mon père! je vous revois!… mais mort! je vous revois le jour qu’on enterre à vos pieds, votre fils, qui portait votre nom, et votre fille chérie, qui tous deux vous auraient donné consolation, si vous aviez vécu! 0 mon père! ils sont morts! et votre fils aîné, ainsi que tous vos autres enfants, leur rendent les derniers devoirs!» Moi, l’entendant ainsi parler, je lui ai tendu la main tout éperdue: et il l’a serrée, en me demandant le fin bavolet de ma coiffure – et je lui ai donné le même que je portais à ma noce. Et il en a couvert le visage vénérable de son père, et puis s’est là tenu pendant qu’on jetait la terre dans la fosse, de peur que le voile ne se dérangeât. Et il a fait mettre la tête d’Edmond sous la tête de son père, comme la tête d’Ursule était sous les pieds de sa mère. Et quand la terre a été à la hauteur de ses père et mère, il l’a lui-même arrangée sur eux avec la main, fondant en larmes, prenant garde de rien déranger ni heurter; et il poussait des sanglots d’homme, si forts et si puissants, qu’un chacun en était effrayé. Et quand il a eu pieusement et finalement couvert la tête de son père, et les pieds de sa mère, mis ainsi en terre par mégarde, lors de leurs funérailles, il est remonté, et a fait signe à ceux qui couvraient, de cesser; et il a lui-même achevé de remplir la fosse de terre. Et quand elle a été toute comble, il a reposé lui seul les tombes de pierre de ses père et mère qui avaient été déplacées, prenant garde d’endommager les sculptures, qui y ont été posées et scellées de la main d’Edmond repentant. Et on a mis dessus un grillage tenu tout prêt, pour les préserver. Ensuite, Pierre et ses frères ont posé sur la fosse des trois corps, la tombe nouvelle, où il y a une inscription, qui porte ce qui suit: