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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Notre sœur Ursule…

Notre sœur Ursule était, ainsi qu’Edmond, ce qu’on peut voir de meilleur et de plus aimable; et ce fut à cause de leur excellence que notre digne père et notre digne mère les envoyèrent à la ville. Sans plus parler d’Edmond, dont les malheurs ont fait tant de bruit dans le monde, je dirai ici d’Ursule, que c’était la grâce du visage et du corps, la douceur, la naïveté, la candeur du caractère, la bonté du cœur; la générosité de l’âme, comme elle m’en a donné des preuves dans le cours de sa vie, surtout avant ses chutes si lourdes et si épouvantables, et après, pendant la rude pénitence qu’elle en a faite, comme on le verra par ces lettres. Mais il convient, qu’avant de découvrir cette pauvre sœur, tant regrettée! je montre quelle elle fut, lorsque la corruption des villes, qu’habitent ceux qui doivent lire cet ouvrage, comme ils ont lu l’autre, concernant mon pauvre frère, n’avait pas corrompu et fangé en elle l’image de Dieu, gâté les beautés de la belle nature, et qu’elle était encore telle que le Tout-Puissant l’avait créée; et que je leur fasse voir, que tout ce qui a perverti et vicié ma pauvre sœur, était non dans son cœur droit et simple, mais dans vos villes, ô lecteurs, dans ce séjour de perdition, où l’on n’a pu souffrir que cette belle créature conservât sa noblesse native et son excellence de cœur et d’esprit; parce qu’elle aurait sans doute trop humilié les difformes d’âme et de corps, dont les villes sont pleines!… Mais pardonnez ce langage à ma douleur! Et qu’il me soit seulement permis de dire que si ma pauvre sœur eût été moins belle, elle aurait été moins attaquée, moins tentée, moins violentée par les méchants, et que peut-être aurait-elle, avec la grâce du Seigneur, échappé à la perversion.

Dès son enfance, Ursule était déjà aimable, tant par sa douceur que par sa jolie figure; ce qui la rendait l’admiration de tout le monde. Et tous ceux qui venaient à la maison, chez nos chers père et mère, demandaient à la voir. Et on disait à notre mère: «C’est tout votre portrait; mais elle a en outre quelque chose d’angélique, qu’elle ne tient que de Dieu.» C’est ce qui fit qu’une Dame, qui vint à passer par le pays, et qui logea chez nous, la demanda pour l’emmener avec elle, promettant d’en avoir grand soin, et de la traiter comme sa fille. Notre bonne mère, tant qu’elle crut que la dame ne parlait pas sérieusement, y accordait de bonne grâce, en riant, et notre respectable père, lui, y allait tout de bon: mais quand elle vit que la dame faisait déjà les arrangements, et qu’elle ne badinait pas, elle se prit à pleurer, si bien qu’il fallut laisser Ursule, ce que notre père ne trouva pas bon; et pourtant il ne voulut pas lui donner le chagrin de lui ôter de force une de ses enfants, et depuis souvent il en parlait, et c’est ce qui a fait sans doute que jamais notre mère ne s’est depuis opposée au départ d’Edmond et d’Ursule, quand il a été question de les envoyer à la ville: car cette excellente femme se souvenait de ce que lui avait dit notre père; et elle regardait comme une chose très vilaine et vicieuse, qu’étant femme, elle allât contre les volontés de son mari, qu’elle regardait comme son seigneur et maître, et auquel elle faisait profession d’être soumise, non de parole seulement, mais d’effet, comme elle en a donné l’exemple toute sa vie à ses filles, mes très chères sœurs.

Et à mesure qu’Ursule grandissait, elle devenait de plus en plus aimable et gentille, même de caractère; si bien qu’elle faisait nos délices à tous: car elle était bonne, obligeante, prévenante, et elle se fût privée de son nécessaire pour nous le donner. Aussi un chacun de nous l’aimait-il, au point qu’elle était au milieu de nous tous, frères et sœurs, comme une petite reine, que chacun craignait de mécontenter. Et pareillement en était-il d’Edmond: c’étaient les deux bien-aimés, non seulement de père et mère, mais de frères et sœurs. Et encore que nous vissions bien tous qu’ils étaient plus aimés que les autres, à cause de leurs gentilles faces et minois agréables qui ne permettaient de leur parler comme aux autres enfants, si pourtant est-il sûr, qu’aucun de nous n’en fût jaloux; mais nous sentions en nous-mêmes que c’était une justice qu’on leur rendait, et nous cherchions à gagner leurs bonnes grâces; et ce qu’il y avait de merveilleux, c’est qu’ils ne s’en prévalaient pas: au contraire, ils étaient d’autant plus accorts envers nous tous, que nous les recherchions davantage; et quant à ce qui me regarde en particulier, tout fêtés qu’ils étaient, ils ne me parlaient qu’avec respect, comme à, leur aîné, craignant de me déplaire, et recherchant en tout mon approbation, car ils me disaient souvent, surtout Edmond: «Tu es à mes yeux l’image de notre respectable, père; notre père est l’image de Dieu; et par ainsi, Pierre, je vois aussi Dieu en toi, et je t’honore et honorerai jusqu’au tombeau.» Et il m’a honoré, même dans ses égarements. Et Ursule m’a honoré, même dans le temps qu’elle avait oublié Dieu, notre divin Père; et jamais ni elle ni Edmond, n’ont dit une parole peu respectueuse à mon égard, non pas même une pensée n’est jamais née dans leurs cœurs qui ait fait brèche à leur amitié pour moi. Aussi les ai-je toujours tendrement portés dans le mien, et les y porterai-je jusqu’au tombeau…

Et quand il fut question de les envoyer à la ville, quoiqu’un chacun de nous (hors moi) en eût envie, si est-ce pourtant qu’en nous-mêmes nous pensions tous: «C’est à Ursule, c’est à Edmond qu’il y convient d’aller.» Car effectivement, il n’y avait aucun de nous qui eût autant de gentillesse de figure, pour s’y faire honneur, et se faire aimer et rechercher; ni de noblesse d’âme, pour s’y montrer digne de notre sang; ni de tendresse filiale et fraternelle, pour s’y souvenir de nous et nous y servir. Ainsi, au discours que tint notre respectable père, un soir à table: «J’ai de nombreux enfants, et il faut que quelqu’un se pousse, pour aider et soutenir les autres qui, à faute de bien, tomberont et déchéeront après moi: par ainsi, j’en mettrai un ou deux à la ville…» À ce discours, disais-je, ainsi tenu à table en conversant avec ma mère, un chacun de nous porta les yeux sur Edmond et sur Ursule. Et Edmond le vit bien, ainsi qu’Ursule; et leurs beaux yeux pétillèrent du feu de la joie: car ils nous aimaient tendrement, et ils ne voyaient pas les dangers qui les attendaient, mais seulement le service qu’ils pouvaient nous rendre. Et notre bon père vit aussi tout ce qui se passait dans les cœurs de ses enfants et sa digne âme en fut émue, car nous vîmes des larmes rouler dans ses yeux. Il se retourna du côté de la cheminée, au-dessus de laquelle était le portrait de son père, et il le regarda comme s’il l’eût consulté; et certainement le digne homme lui rendait hommage au fond de son cœur filial, d’avoir de si agréables et honnêtes enfants qu’Ursule et Edmond; et où est-ce qu’on en pourrait trouver qui fussent mieux nés, mieux disposés, plus spirituels, plus portés au bien!… Mais le Seigneur les a pris pour victimes des fautes de la famille; il les a choisis comme deux victimes sans macule ni tache, et il a dit au malheur: frappe et le malheur a frappé. Que le saint nom de Dieu soit béni! Notre vie lui appartient, ainsi que nos personnes, et il n’y a point à lui demander: pourquoi m’as-tu traité ainsi?

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