Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
Jau Xin avait supervisé les préparatifs à bord de la Main invisible. La Main était depuis toujours le fief portable de Ritser Brughel, mais Jau savait que c’était aussi le seul vaisseau qui n’ait pas été totalement cannibalisé au fil des années.
Les jours précédant l’embarquement des « passagers », Jau avait siphonné tout l’hydrogène produit par la distillerie en L1. Quelques petits milliers de tonnes, une goutte d’eau comparée aux mégatonnes que pouvaient contenir les réservoirs d’amorçage du ramscoop, mais assez pour franchir la distance entre L1 et la planète des Araignées.
Jau et Pham Trinli procédèrent à une ultime inspection de la gorge d’admission du réacteur, ce bizarre étranglement de deux mètres de diamètre. Ici, les forces de l’enfer avaient brûlé pendant des décennies, propulsant le vaisseau Qeng Ho jusqu’à trente pour cent de la vitesse de la lumière. Sa surface interne était lisse au micromètre près. Le seul témoignage de son flamboyant passé était le motif fractal or et argent qui scintillait à la lumière des torches incorporées aux combinaisons. C’était en réalité le microréseau de processeurs derrière ces parois qui guidait les champs, mais si la paroi de l’avaloir s’effondrait par cavitation pendant le trajet, les processeurs les plus rapides de l’univers ne les sauveraient pas. Trinli procéda au contrôle laser des surfaces avec une minutie exagérée, puis en commenta dédaigneusement les résultats :
— Il y a un retrait de quatre-vingt-dix microns à bâbord… mais on fera avec. Tu pourrais graver ton nom dans les parois, et ça ne changerait rien sur un trajet aussi court. Qu’est-ce que t’as prévu, deux cents Ksec à une fraction de g ?
— Euh… Nous allons commencer par une longue poussée en douceur, mais le freinage durera mille secondes à un peu plus d’un g.
Ils ne freineraient pas avant de survoler l’océan à basse altitude. Sinon, ils embraseraient le ciel à en effacer la lueur du soleil et seraient vus par toutes les Araignées sur la face concernée de la planète.
Trinli agita la main dans un geste désinvolte.
— T’inquiète pas. J’ai souvent pris plus de risques que ça en traversant des systèmes.
Ils sortirent en rampant par l’ouverture antérieure ; la surface lisse s’évasait pour former les projecteurs de champs avant. Trinli n’avait pas cessé de raconter ses bobards. Erreur ! La plupart de ces histoires étaient vraisemblables, mais elles avaient été soutirées à tous les authentiques aventuriers que le vieil homme avait pu connaître. Trinli s’y connaissait un peu en systèmes de propulsion. Hélas, trois fois hélas, ils n’avaient personne sous la main qui en sache beaucoup plus. Tous les ingénieurs de vol Qeng Ho avaient été tués dans le combat initial… et le dernier zombie ingénieur de la base avait succombé à la forme galopante du sida mental.
Ils émergèrent de la partie antérieure de la Main et regagnèrent leur navette en grimpant le long d’un filin d’amarrage. Trinli s’arrêta et se retourna.
— Je t’envie, Jau, mon pote. Regarde ton vaisseau ! Presque un million de tonnes à vide ! Tu n’iras pas très loin, mais tu vas amener la Main jusqu’au trésor et aux Clients pour lesquels elle a parcouru cinquante années-lumière.
Jau accompagna du regard le geste ample de son interlocuteur. Au fil des années, il avait fini par comprendre que la grandiloquence de Trinli n’était qu’une façade… mais, parfois, elle vous touchait jusqu’au tréfonds de votre âme. La Main invisible semblait effectivement parée à affronter l’espace interstellaire, avec sa coque incurvée qui s’étirait sur des centaines de mètres, profilée pour des vitesses et des environnements aux limites de toutes les possibilités humaines. Et, au-delà des anneaux de la poupe – un million et demi de kilomètres plus loin –, flottait le disque pâle et terne d’Arachnia. Un Premier Contact, et je serai le gestionnaire des pilotes. Jau aurait dû se sentir fier…
Sa dernière journée avant le départ avait été chargée, pleine de vérifications ultimes et de procédures d’avitaillement. Avec les zombies et le personnel, il y aurait plus d’une centaine de personnes à bord. Jau ne savait pas exactement quelles spécialités étaient représentées, mais il était évident que les Subrécargues voulaient manipuler les réseaux des Araignées de manière intensive, sans le délai de dix secondes affectant les opérations depuis L1. C’était raisonnable. Éviter aux Araignées de s’entretuer nécessiterait deux ou trois supercheries incroyables, voire la prise en main de l’intégralité des systèmes d’armement stratégiques.
Jau allait terminer son service lorsque Kal Omo se présenta devant le petit bureau de Xin jouxtant la passerelle de la Main.
— Encore un boulot, gestionnaire. Disons que c’est des heures sup.
Le visage longiligne d’Omo se fendit d’un sourire dénué d’humour.
Ils regagnèrent l’agglomérat en navette, mais n’allèrent pas sur Hammerfest. Derrière l’arc de Diamant Un, incrustée dans la glace et le diamant, s’ouvrait l’entrée de L1-A. Deux autres navettes étaient déjà amarrées près du sas de l’arsenal.
— Vous avez étudié l’armement de la Main invisible, gestionnaire ?
— Oui.
Xin avait étudié la Main de fond en comble, à l’exception des appartements de Brughel.
— Mais un Qeng Ho connaîtrait sûrement mieux que moi les…
Omo secoua la tête.
— Ce n’est pas un travail approprié pour un Fourgueur, même pas M. Trinli.
Il leur fallut quelques secondes pour négocier le dispositif de sécurité du sas principal, mais, une fois à l’intérieur, ils purent gagner sans encombre le compartiment des armements. Ils y furent accueillis par le vacarme des rectifieuses et des scies circulaires. Les ovoïdes trapus entassés dans leurs casiers le long des cloisons étaient frappés du glyphe des armes – l’antique signe Qeng Ho symbolisant les nucléaires et les engins à énergie dirigée. Depuis des années, la rumeur publique n’avait cessé d’émettre des hypothèses sur ce qui avait survécu au juste à L1-A. Jau pouvait maintenant le constater de visu.
Il suivit Omo sur une passerelle qui longeait des armoires anonymes. Il n’y avait pas d’imagerie consensuelle à L1-A. Et c’était l’un des rares endroits sur L1 où l’on n’employait pas de localiseurs Qeng Ho. Ici, l’automatisation était simple et fiable. Ils croisèrent Rei Ciret, qui supervisait une équipe de zombies dans la construction d’une sorte de berceau de lancement.
— Nous allons transférer la plupart de ces armes sur la Main invisible, monsieur Xin. Au fil des années, nous avons rassemblé des pièces détachées pour essayer de fabriquer autant d’engins fonctionnels que possible. Nous avons fait de notre mieux, mais, sans ateliers d’entretien, ce n’est pas grand-chose.
Il désigna d’un geste ce qui ressemblait à des propulseurs Qeng Ho appariés à des ogives tactiques émergentes.
— Comptez-les. Dix-huit têtes nucléaires à courte portée. Dans les armoires, nous avons les entrailles d’une douzaine d’armes laser.
— Je… je ne comprends pas, sergent. Vous êtes un soldat. Vous avez vos propres spécialistes. Pourquoi faudrait-il que…
— Qu’un gestionnaire des pilotes s’occupe de ces problèmes ? compléta Omo avec son sourire glacial habituel. Pour sauver la civilisation araignée, il est très possible que nous soyons obligés d’utiliser ces engins depuis la Main invisible en orbite basse. Les séquences d’insertion et d’engagement seront très importantes pour vos pilotes.