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Le Roman De La Momie

Электронная книга - «Le Roman De La Momie». Краткое содержание книги:

A la fin du XIXème siècle, deux égyptologues découvrent la momie miraculeusement conservée d'une jeune femme. Tandis que Lord Evandale tombe amoureux de la belle morte, Rumphius, plus ambitieux, va s'évertuer à déchiffrer le papyrus qui raconte la vie de la mystérieuse égyptienne. Evocation troublante de l'Égypte ancienne, amour et antiquité sont au rendez-vous.
Commentaire d'une lectrice: Une très belle histoire d'amour se déroulant dans la fascinante Egypte ancienne.
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Des esclaves portaient le butin annoncé par le héraut sur leurs épaules ou sur des brancards, et des belluaires traînaient en laisse des panthères, des guépards s’écrasant contre terre comme pour se cacher, des autruches battant des ailes, des girafes dépassant la foule de toute la longueur de leur col, et jusqu’à des ours bruns pris, disait-on, dans les montagnes de la Lune.

Depuis longtemps déjà le roi était rentré dans son palais que le défilé continuait encore.

En passant devant le talus où se tenaient Tahoser et Nofré, le Pharaon, que sa litière posée sur les épaules des oëris mettait par-dessus la foule au niveau de la jeune fille, avait lentement fixé sur elle son regard noir; il n’avait pas tourné la tête, pas un muscle de sa face n’avait bougé, et son masque était resté immobile comme le masque d’or d’une momie; pourtant ses prunelles avaient glissé entre ses paupières peintes du côté de Tahoser, et une étincelle de désir avait animé leurs disques sombres: effet aussi effrayant que si les yeux de granit d’un simulacre divin, s’illuminant tout à coup, exprimaient une idée humaine. Une de ses mains avait quitté le bras de son trône et s’était levée à demi; geste imperceptible pour tout le monde, mais que remarqua un des serviteurs marchant près du brancard, et dont les yeux se dirigèrent vers la fille de Pétamounoph.

Cependant la nuit était tombée subitement, car il n’y a pas de crépuscule en Égypte; la nuit, ou plutôt un jour bleu succédant à un jour jaune. Sur l’azur d’une transparence infinie s’allumaient d’innombrables étoiles, dont les scintillations tremblaient confusément dans l’eau du Nil, agitée par les barques qui ramenaient à l’autre rive la population de Thèbes; et les dernières cohortes de l’armée se déroulaient encore sur la plaine comme les anneaux d’un serpent gigantesque lorsque la cange déposa Tahoser à la porte d’eau de son palais.

IV

Le Pharaon arriva devant son palais, situé à peu de distance du champ de manœuvre, sur la rive gauche du Nil.

Dans la transparence bleuâtre de la nuit, l’immense édifice prenait des proportions encore plus colossales et découpait ses angles énormes sur le fond violet de la chaîne libyque avec une vigueur effrayante et sombre. L’idée d’une puissance absolue s’attachait à ces masses inébranlables, sur lesquelles l’éternité semblait devoir glisser comme une goutte d’eau sur un marbre.

Une grande cour entourée d’épaisses murailles ornées à leur sommet de profondes moulures précédait le palais; au fond de cette cour se dressaient deux hautes colonnes à chapiteaux de palmes, marquant l’entrée d’une seconde enceinte. Derrière les colonnes s’élevait un pylône gigantesque composé de deux monstrueux massifs, enserrant une porte monumentale plutôt faite pour laisser passer des colosses de granit que des hommes de chair. Au-delà de ces propylées, remplissant le fond d’une troisième cour, le palais proprement dit apparaissait avec sa majesté formidable; deux avant-corps pareils aux bastions d’une forteresse se projetaient carrément, offrant sur leurs faces des bas-reliefs méplats d’une dimension prodigieuse, qui représentaient sous la forme consacrée le Pharaon vainqueur flagellant ses ennemis et les foulant aux pieds; pages d’histoire démesurées, écrites au ciseau sur un colossal livre de pierre, et que la postérité la plus reculée devait lire.

Ces pavillons dépassaient de beaucoup la hauteur du pylône, et leur corniche évasée et crénelée de merlons s’arrondissait orgueilleusement sur la crête des montagnes libyques, dernier plan du tableau. Reliant l’un à l’autre, la façade du palais occupait tout l’espace intermédiaire. Au-dessus de sa porte géante, flanquée de sphinx, flamboyaient trois étages de fenêtres carrées trahissant au-dehors l’éclairage intérieur et découpant sur la paroi sombre une sorte de damier lumineux. Au premier étage saillaient des balcons soutenus par des statues de prisonniers accroupis sous la tablette.

Les officiers de la maison du roi, les eunuques, les serviteurs, les esclaves, prévenus de l’approche de Sa Majesté par la fanfare des clairons et le roulement des tambours, s’étaient portés à sa rencontre, et l’attendaient agenouillés ou prosternés sur le dallage des cours; des captifs de la mauvaise race de Schéto portaient des urnes remplies de sel et d’huile d’olive où trempait une mèche dont la flamme crépitait vive et claire, et se tenaient rangés en ligne, de la porte du palais à l’entrée de la première enceinte, immobiles comme des lampadaires de bronze.

Bientôt la tête du cortège pénétra dans le palais, et, répercutés par les échos, les clairons et les tambours résonnèrent avec un fracas qui fit s’envoler les ibis endormis sur les entablements.

Les oëris s’arrêtèrent à la porte de la façade, entre les deux pavillons. Des esclaves apportèrent un escabeau à plusieurs marches et le placèrent à côté du brancard; le Pharaon se leva avec une lenteur majestueuse, et se tint debout quelques secondes dans une immobilité parfaite. Ainsi monté sur ce socle d’épaules, il planait au-dessus des têtes et paraissait avoir douze coudées; éclairé bizarrement, moitié par la lune qui se levait, moitié par la lueur des lampes, sous ce costume dont les dorures et les émaux scintillaient brusquement, il ressemblait à Osiris ou plutôt à Typhon; il descendit les marches d’un pas de statue, et pénétra enfin dans le palais.

Une première cour intérieure, encadrée d’un rang d’énormes piliers bariolés d’hiéroglyphes et soutenant une frise terminée en volute, fut traversée lentement par le Pharaon au milieu d’une foule d’esclaves et de servantes prosternés.

Une autre cour se présenta ensuite, entourée d’un promenoir couvert et de colonnes trapues portant pour chapiteau un dé de grès dur sur lequel pesait une massive architrave.

Un caractère d’indestructibilité était écrit dans les lignes droites et les formes géométriques de cette architecture bâtie avec des quartiers de montagnes: les piliers et les colonnes semblaient se piéter puissamment pour soutenir le poids des immenses pierres appuyées sur les cubes de leurs chapiteaux; les murs se renverser en talus afin d’avoir plus d’assiette, et les assises se joindre de façon à ne former qu’un seul bloc; mais des décorations polychromes, des bas-reliefs en creux rehaussés de teintes plates d’un vif éclat donnaient, dans le jour, de la légèreté et de la richesse à ces énormes masses qui, la nuit, reprenaient toute leur carrure.

Sur la corniche de style égyptien, dont la ligne inflexible tranchait dans le ciel un vaste parallélogramme d’azur foncé, tremblotaient au souffle intermittent de la brise des lampes allumées de distance en distance; le vivier, placé au milieu de la cour, mêlait, en les reflétant, leurs étincelles rouges aux étincelles bleues de la lune; des rangées d’arbustes plantés autour du bassin dégageaient leurs parfums faibles et doux.

Au fond s’ouvrait la porte du gynécée et des appartements secrets, décorés avec une magnificence toute particulière.

Au-dessous du plafond régnait une frise d’uraeus dressés sur la queue et gonflant la gorge. Sur l’entablement de la porte, dans la courbure de la corniche, le globe mystique déployait ses immenses ailes imbriquées; des colonnes disposées en lignes symétriques supportaient d’épaisses membrures de grès formant des soffites, dont le fond bleu était constellé d’étoiles d’or. Sur les murailles, de grands tableaux découpés en bas-reliefs méplats et coloriés des teintes les plus brillantes représentaient les occupations familières du gynécée et les scènes de la vie intime. On y voyait le Pharaon sur son trône et jouant gravement aux échecs avec une de ses femmes se tenant nue et debout devant lui, la tête ceinte d’un large bandeau d’où s’épanouissaient en gerbe des fleurs de lotus. Dans un autre tableau, le Pharaon, sans rien perdre de son impassibilité souveraine et sacerdotale, allongeait la main et touchait le menton d’une jeune fille, vêtue d’un collier et d’un bracelet, qui lui présentait un bouquet à respirer.

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