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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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— Je ne veux pas l’accuser si elle est innocente, dit Josiane, les bras croisés sur la poitrine. Ce serait terrible. Et j’ai du mal à imaginer Denise Trompet tramant une escroquerie. C’est une femme fidèle, scrupuleuse et d’une conscience professionnelle irréprochable. Elle travaille depuis vingt ans dans l’entreprise et n’a pas commis une seule faute. Sa comptabilité est un modèle de clarté. Marcel se repose entièrement sur elle… Or, dans la tête de Chaval, il y a bien une trompette… Junior l’a vue. Et ce ne peut être qu’elle…

— C’est étonnant, ce don, dit Hortense en dévisageant Junior. Tu m’épates vraiment, tu es un génie, un virtuose… Je m’incline, cher maître !

Junior rougit et son visage se couvrit de plaques. Il résista à l’envie de se gratter. Il venait de passer de la Miette à Maître.

— Qu’attendez-vous de moi ? demanda Hortense.

— Que tu ailles prendre un verre avec Chaval et que tu lui tires les vers du nez…

— Que je… quoi ? s’exclama Hortense.

— Que tu le fasses parler…

— Comme ça ! Je l’appelle, je lui dis que je veux le voir et il arrive au grand galop ? Je vous trouve bien optimistes…

— Non ! Il a gardé un souvenir impérissable de toi… Et c’est normal. N’importe quel homme qui t’approche, Hortense chérie, est calciné de désir ou d’amour, appelle cela comme tu veux. Chaval, le premier… Depuis que tu l’as quitté, il dépérit, j’ai vu ça dans le troisième pli frontal de son lobe gauche…

— Avec la djellaba…

— Non, un peu au-dessus…

— Si tu le dis…

— Devant toi, l’homme se liquéfie, il perd le contrôle de son cerveau… Ce sera un jeu d’enfant de le confesser !

— Parce que tu crois qu’il va tout me raconter ?

— Je pense qu’il voudra se faire mousser, qu’il te dira qu’il a des espérances, de l’argent qui va tomber et, à ce moment-là, tu mentionnes négligemment le nom de la Trompette et tu vois comment il réagit…

— Et comment suis-je censée être au courant de la Trompette ?

— Tu fais comme les flics… Tu lui dis que la Trompette a tout raconté à Marcel et que Marcel se demande comment le châtier… Que tu ne veux pas le croire et veux l’entendre de sa bouche car, malgré tout, tu lui gardes une certaine estime, et même une certaine affection… Et là, il se déballonne, se traîne à tes pieds et on a la preuve qui nous manque…

— Mmmoui…, dit Hortense. Vous croyez que ça va être si facile ?

— Je pense que rien ne t’est impossible, dit Junior. Il te suffira d’aller à ce rendez-vous en te disant, en te répétant Chaval va me parler, il va se confesser et tu verras, il avouera tout…

Hortense réfléchit rapidement. Cela ne lui coûtait rien de prendre un café avec la larve qui avait été autrefois son amant… Et si cela pouvait aider Marcel, Josiane et Junior… La vie était généreuse avec elle, elle avait envie de partager.

Et elle fut étonnée de sa réaction. Serais-je en train de changer ? se demanda-t-elle, inquiète.

— Si je fais ça… Si je démasque Chaval… Je peux te demander un service en échange ?

— Pas de problème…, dit Junior, enchanté que l’affaire soit réglée. Mère ! Sers-nous donc un rafraîchissement… Il fait une chaleur aujourd’hui ! J’ai les bonbons qui collent au papier…

— Arrête de parler comme ton père ! le gronda Josiane qui, depuis qu’elle était mère, tentait de surveiller son langage et veillait à ce que son fils en fasse autant.

Junior l’ignora et se penchant vers la belle Hortense, il demanda :

— Que puis-je faire pour toi ?

— Je veux que tu pénètres dans le cerveau de Gary et que tu me dises ce que tu y vois…

Junior se regimba.

— Ça t’intéresse tant ce qu’il y a dans le cerveau de Gary ?

Hortense lui adressa un petit sourire enjôleur.

— Là, c’est toi qui me déçois, Junior… Je te croyais plus fine mouche…

— Je sais que tu veux le retrouver à New York et tu te demandes dans quel état d’esprit il est vis-à-vis de toi, afin de ne pas te prendre un vent…

— C’est exactement ça…

— Avant, il faut que je te dise une chose, Hortense…

Josiane sentit que sa présence embarrassait son fils et prétexta un coup de téléphone pour sortir de la pièce.

Junior se redressa, planta son regard dans celui d’Hortense et déclara :

— Dans dix-sept ans, toi et moi, on se marie…

Hortense gloussa de rire.

— On se marie ?

— Oui, tu es la femme de ma vie… Avec toi à mes côtés, je ferai de grandes choses. Toi seule as la liberté intérieure nécessaire pour suivre les voltiges de ma pensée…

— Je suis très flattée…

— Pour le moment, je suis trop petit…

Il laissa tomber sa tête entre ses mains. Resta un moment silencieux, prostré sur la table de la cuisine…

— Oh ! que ce corps d’enfant me pèse ! Que j’ai hâte d’avoir de longs bras et de longues jambes pleins de poils ! Je ne peux rien faire, enfermé dans cette carapace de bébé… Mais dans dix-sept ans, je serai devenu un homme et je demanderai ta main… Je veux bien patienter et j’admets qu’en attendant, tu voyages, tu te divertisses, et même que tu éprouves de tendres sentiments envers d’autres garçons…

— Tu es trop généreux, la Miette ! ironisa Hortense.

— Mais dans dix-sept ans, je te demande de me donner une chance… Je ne veux pas que tu me fasses une faveur, je veux juste que tu acceptes de dîner avec moi, d’aller au concert, au cinéma, sur la muraille de Chine, dans les jardins de l’Alhambra et si, d’aventure, un sentiment naît entre nous, que tu ne le refuses pas… C’est tout.

— Écoute, Junior, on verra où on en sera dans dix-sept ans… Tout ce que tu me racontes me paraît un peu bizarre, mais bon… Pour le moment, je voudrais juste que tu ailles te promener dans le cerveau de Gary…

— Il me faudra une photo…

— Nous avons des photos prises lors du dernier Noël, dit Josiane qui avait écouté derrière la porte de la cuisine et était revenue à pas de loup.

— Parfait, dit Junior. Je m’enfermerai dans ma chambre, je me concentrerai et je te dirai ce que je vois… Mais sache, Hortense, que c’est un acte généreux et magnanime de ma part… Je ne renonce pas à toi pour autant !

— Enfin, Junior ! T’es pas sérieux ! Dans dix-sept ans, je serai une vieille croûte !

— Tu ne seras jamais une vieille croûte ! Et je serai ton mari…

— Tu l’as lu dans mon cerveau ? demanda-t-elle, inquiète.

— Je ne te dirai rien car si on enlève la surprise, le mystère, on tue le désir et je veux que tu brûles pour moi… Que tu braves les interdits, les idées toutes faites et que nous formions un couple étourdissant… Nous le pouvons, Hortense ! Fais-moi confiance, fais-toi confiance…

— Oh pour ça ! s’exclama Hortense. Je suis imbattable !

— C’est ce que j’aime en toi… Entre autres choses !

— Dis donc, demanda Hortense en se tournant vers Josiane, il devient pas un peu mégalo, ton gamin ?

Josiane haussa les épaules. Les délires sentimentaux de Junior ne l’inquiétaient pas. Elle s’était habituée aux fantaisies de son fils. L’important était de sauver Marcel. Elle observait Hortense, son sourire angélique et cruel, ses épaules rondes, ses hanches fines, la masse de cheveux relevés en une épingle, elle écoutait le dialogue entre Hortense et Junior, se disait que la vie se débrouillait toujours pour vous surprendre, qu’elle s’embusquait pour mieux vous sauter à la gorge, qu’il fallait simplement l’accepter et lui emboîter le pas…

L’histoire de Petit Jeune Homme et de Cary Grant enflait dans la tête de Joséphine…

Parfois, elle enflait tant qu’il fallait qu’elle sorte, qu’elle respire l’air de la rue afin d’aérer sa pauvre tête, encombrée de mots, de sentiments, de décors, de situations, de bruits, d’odeurs… C’était un bric-à-brac pas possible !

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