Chroniques
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #38
- Язык: французский
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:
Bientôt un parlementaire entre à son tour parlant au nom de Charles X. On lui répond qu’il n’est plus temps.
Et le lendemain, dans le même salon, M. Thiers écrivait une proclamation orléaniste.
Voici le pavillon de Hanovre. D’où vient ce nom ? D’une ironie populaire. Le duc de Richelieu le fit construire avec l’argent des rapines qu’il exerça pendant la guerre de Hanovre, et le peuple cloua ce nom sur la porte du somptueux hôtel.
Voici la maison de Mlle Le Normand.
Au détour de la rue des Tournelles, voici encore la maison de Ninon de Lenclos.
Elles flottent sur l’histoire comme des images charmantes, ces figures de femmes qui conquirent l’humanité par leur grâce et leur beauté. Il semble même que nous ayons pour elles encore un peu d’amour. Qui donc ne lit point avec un certain attendrissement naïf et sincère les noms de Phryné, de Cléopâtre, de Marion, de Ninon. Les poètes les chantent comme des vivantes.
Elles sont des symboles pour notre cœur. Elles sont les Conquérantes, parmi les femmes, les Victorieuses. L’immortelle Ninon n’inspira-t-elle pas à son propre fils une passion horrible dont il mourut !
Elle était, celle-là, de la race des grandes courtisanes de l’Antiquité chez qui allaient causer et penser les artistes. Sa mort révèle son âme.
Cette fille, cette prostituée, devinant le génie d’un jeune homme inconnu, lui laissa sa bibliothèque.
Ce jeune homme s’appelait Arouet de Voltaire.
Qui donc, parmi les honnêtes femmes, a fait quelque chose de semblable ?
Rue Saint-Martin ! Nous entrons maintenant dans l’histoire héroïque. Ici fut consommée une erreur judiciaire semblable à celles que font chaque jour nos tribunaux !
C’est en 1386. Deux gentilshommes normands, couverts de fer, sont face à face en un champ clos, car pour terminer leur querelle le roi Charles VI a décidé de s’en rapporter au jugement de Dieu.
Jacques Legris est accusé d’avoir pris par violence la femme de Jean de Carouge, et il nie. Ils se battent longtemps, longtemps. Enfin Jacques Legris est vaincu, il nie encore. Son rival le tient sous son genou. Il nie toujours.
Le roi alors le fait pendre. A l’heure de la mort il n’avoue pas.
Et quelques mois plus tard son innocence est reconnue.
Justice de Dieu et justice des hommes se valent donc !
Boulevard du Temple, il y avait là une petite maison qui n’existe plus. Elle appartint à l’ouvrier Boule.
Encore une histoire d’amour. Le grand roi, voulant offrir à sa bien-aimée Mlle de Fontange un mobilier vraiment royal, tous les artisans de France furent conviés à un concours dont André Boule sortit vainqueur. La chronique scandaleuse ajoute qu’après avoir meublé l’hôtel de la favorite avec ces merveilleux objets que créa son génie inspiré par son amour, il pendit la crémaillère à la barbe du roi Soleil.
Voici encore la maison de Beaumarchais. Et combien d’autres !
Mais la colonne de Juillet se dresse sur la place de la Bastille. C’est ici qu’est enterrée la vieille France. C’est ici qu’est née la France nouvelle !
Chronique
(Le Gaulois, 14 avril 1884)
Enfin ! Enfin ! Saluons la justice de notre pays ; elle devient presque étonnante. En quinze jours, elle a rendu deux arrêts surprenants.
Elle a condamné à un an de prison une jeune furie qui avait ravagé avec du vitriol le visage de sa rivale.
Puis, huit jours plus tard, elle a frappé de la même peine un mari, complaisant d’abord, jaloux ensuite, qui avait logé une balle de revolver dans le ventre de son concurrent heureux. Cette nouvelle manière d’apprécier ce genre de délits est assurément préférable à l’ancienne. Elle laisse cependant encore à désirer.
Dans le premier cas, un médecin, passant de la brune à la blonde, est la cause de cette affreuse vengeance, pire que la mort. Une pauvre fille, défigurée, devenue hideuse, portera jusqu’à ses derniers jours les marques horribles de l’infidélité bien excusable d’un homme.
Quel est donc le coupable, s’il y en a un ? L’homme assurément !
Il vient, comme témoin, déposer sur les faits.
Or, la seule, la vraie condamnée, la grande punie, c’est l’innocente.
Un an de prison, fort bien. Cela n’est rien. Pour un an de prison, on peut donc enlever le nez et les oreilles et brûler les yeux d’une rivale dont la beauté vous gêne. La seule manière de punir cette confusion dans le choix de la victime et cette erreur sur le coupable ne serait-elle pas de condamner à des réparations pécuniaires, les seules qui touchent profondément l’humanité ? Ne devrait-on pas ordonner que, pendant dix ans, vingt ans, jusqu’à la mort puisque les atroces blessures demeureront jusqu’à la décomposition finale, – que, jusqu’à la mort, celle qui a mutilé ainsi sa rivale, au lieu de frapper l’amant, lui paye une pension, lui fasse une rente, lui donne, si elle est ouvrière, la moitié de ce qu’elle gagne et, si elle est riche, une somme considérable.
L’autre pourra offrir cela aux pauvres, si elle veut.
Dans le second cas, le mari, un ouvrier, avait toléré toutes les escapades de sa femme. Il l’a reprise dix fois, dix fois elle est repartie. Il a même poussé la complaisance jusqu’à ouvrir la porte en disant : « Je te donne huit jours, mais pas plus. En huit jours, tu as bien le temps de te passer ton caprice. Puis tu reviendras et tu seras bien sage. »
Elle a répondu : « Oui, mon gros loup. » Elle a fait son petit paquet pour une semaine, puis elle s’est mise en route, le cœur joyeux, sur la foi de la parole jurée.
En entrant chez son ami, elle lui a dit sans doute : « Tu sais, j’ai huit jours. »
Il a dû répondre : « Allons, tant mieux ! Ton mari est bien gentil. Je lui offrirai un verre à la prochaine rencontre. »
Lui aussi, il dormait tranquille, cet homme. Or, un matin, il se trouve en face de l’époux. Il va vers lui, la main tendue, pour lui proposer d’entrer chez le mastroquet d’en face. Que pouvait-il craindre ? Il avait encore trois jours devant lui !
Mais le mari, violant sa parole, violant le traité passé avec sa femme, traître comme un général, qui, pendant l’armistice, pendant que le pavillon blanc flotte sur les murs, ferait feu sur l’ennemi confiant et sans défense, le mari la présenta, la main, armée d’un revolver et tira.
Voyons, est-ce honnête et loyal, cela ?
Et la coupable, la seule, la vraie coupable, l’épouse infidèle, rentre tranquillement au domicile conjugal. Elle va avoir, en plus, un an de liberté ! MM. les jurés la récompensent, pour finir ! Le mari donnait huit jours ; eux ils donnent un an ! Mais tout est bénéfice à tromper son mari, dans ces conditions-là ! Comme j’en connais, des femmes, qui vont réfléchir... et peut-être...
Cependant, retenons ceci que, depuis six mois, la morale a changé en France. Les filles qui usent du vitriol et les maris qui usent du pistolet sont exposés maintenant à aller dormir pendant quelque temps sur la paille humide des cachots. Allons, tant mieux !
Qui sait ? Dans un an, on les condamnera peut-être aux travaux forcés, et, dans cinq ans, M. Grévy n’étant plus là, on les guillotinera.
Donc, ce qui était parfaitement excusable naguère ne l’est plus. Ne tombons jamais sous la main de la justice, mes frères.