La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Lettre de Gaudet, à Edmond.
Je viens d’apprendre, cher ami, que je suis quitté. Que me fait cela? Je ne voulais diriger, que pour te rendre plus heureux; mais si c’est la belle Parangon qui dirige à ma place, elle fera cent fois mieux que moi. Je t’avouerai que je ne m’attendais pas que ta femme aurait jamais ce directeur-là! C’est pourquoi, je désirais de l’être: mais elle, elle, mon ami! C’est une divinité que cette femme; c’est la vertu, telle qu’elle doit être pour avoir des autels, même chez les vicieux: abandonne-toi donc à sa conduite; et si elle te disait: hais Gaudet, il faudrait, je crois, me haïr, car elle ne peut dire que ce qui est le mieux; sa bouche est trop belle, pour qu’il en sorte jamais rien de mal. Quant à ta charmante sœur, elle a encore plus raison (cet elle, c’est Mme Parangon); un jeune guide ne convient pas aux jeunes filles: cependant, si j’avais eu ta sœur, je sais ce que j’aurais dû faire, et je l’aurais fait. Je l’aurais préservée de bien des petites idées, qui sont dans le cœur d’une belle, autant de petites étincelles, qui peuvent mettre le feu à la sainte barbe, et faire sauter la nef; mon expérience ne lui aurait peut-être pas été inutile. Mon cher Edmond, connais-moi; c’est tout ce que je te demande; une fois bien connu, je te tiens, et tu es à moi pour toujours: ne t’effraie pas! Je ne te veux à moi, que pour être tout à toi: tu en auras des preuves en toute occasion, envers et contre tous. Mais (et je le répète), s’il se trouve quelqu’un plus capable, ou plus digne que moi de te rendre heureux, je te cède. Cela n’est pas, mon ami: mais cela serait dans une seule occasion; c’est si tu étais libre, et la céleste aussi (tu sais qui je veux dire): alors tous deux unis, je n’aurais plus que faire à toi, et je te dirais adieu pour une dizaine d’années au moins. Je te souhaite le bonsoir, et point de regrets: tout ce qui vient de cette main, qui t’es si chère, fût-ce du mal, je le reçois avec résignation.
GAUDET.
– Le voilà bien! a dit Mme Parangon, en achevant de lire: quel homme!… Voyez-le donc; car c’est un démon, et il vous déterrerait partout: mais de la prudence! et surtout de l’attachement aux excellents principes que vous avez reçus de vos parents!».
Voilà, ma très chère Fanchon, où nous en sommes: car ce dernier trait est d’hier, comme je te l’ai dit. Adieu, chère bonne amie, etc.
Lettre 9. Ursule, à la même.
[Elle parle de la manière dont Edmond fut terrassé de ma lettre, au sujet de sa faute avec Laurote.].
2 juin.
Oh! ma chère sœur! que ton mari a écrit durement! La faute est grande, mais le reproche est trop dur, pour un cœur comme celui d’Edmond! il est éperdu, et ne sait que devenir! Je suis la seule qui ai vu, et encore à son insu, la lettre qu’il vient de recevoir, et je ne sais si j’en dois parler; car c’est une chose qui n’est pas de nature à être communiquée, non pas même à Mme Parangon…
Ô mon Dieu! que viens-je d’entendre! L’homme chargé de la lettre sait ce qu’elle contient, et il l’a dit à la femme d’Edmond! Il faut que je demande à l’aller voir… Eh! comment donc ton mari a-t-il fait cette faute, lui… Il y a quelque chose là-dessous, et vous verrez que ça n’est pas vrai, qu’on aura mal compris; que notre cousine sa mère, aura interprété le silence de sa fille, à cause qu’Edmond l’a bien aimée dans notre jeune âge. Il faudrait que Laurote fût une grande misérable, d’avoir ainsi manqué de sagesse! elle serait la seule criminelle, et je ne la plaindrais pas: car un garçon, à ce qu’il me semble, quand il trouve une fille faible, avance toujours, pour voir où elle le réprimera: «Sachant fort bien, comme nous le disait hier Mme Parangon, que c’est à nous qu’est le rôle de résistance, et se tranquillisant à cet égard absolument sur nos bons principes: et quand il voit que nous en manquons, il en est tout étonné, mais il presse toujours la malheureuse fille, parce qu’il y a pour lui une véritable gloire à en triompher; cela marque son mérite en tout genre, sa beauté, son esprit, son adresse, et son talent de se faire aimer, qui renferme toutes les autres qualités. C’est donc à nous à toujours résister; puisque notre gloire est tout l’opposé de celle des hommes; car quand nous sommes humiliées, ils sont réellement exaltés, quoi qu’en veulent dire les femmes-hommes de notre siècle.» Ma chère sœur, écris-moi ce qui en est, d’après de bonnes informations, et que je rassure ici tout le monde. Oh! si tu savais ce que je sais, tu verrais bien qu’Edmond n’est pas capable d’une chose comme celle-là…