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Extension du domaine de la lutte

Электронная книга - «Extension du domaine de la lutte». Краткое содержание книги:

Tutoyant avec aisance, contre vents et marées des modes, une forme classique très maîtrisée, Michel Houellebecq met en scène dans ses poèmes un quotidien très contemporain et très urbain. Ses vers nous parlent de lui, nous parlent de nous et accèdent à l'universel, installant ainsi leur auteur, comme un Villon de la modernité, au rang des grands poètes populaires.
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Le soir de la mort de Gérard Leverrier, son père a téléphoné à son travail; comme il était absent de son bureau c'est Véronique qui a pris la communication. Le message consistait simplement à rappeler son père, de toute urgence; elle a oublié de le transmettre. Gérard Leverrier est donc rentré chez lui à six heures, sans avoir pris connaissance du message, et s'est tiré une balle dans la tête. Véronique m'a raconté ça, le soir du jour où ils ont appris sa mort, à l'Assemblée nationale; elle a ajouté que ça lui " foutait un peu les boules "; tels furent ses propres termes. Je me suis imaginé qu'elle allait ressentir une espèce de culpabilité, de remords; pas du tout: le lendemain, elle avait déjà oublié.

Véronique était " en analyse ", comme on dit; aujourd'hui, je regrette de l'avoir rencontrée. Plus généralement, il n'y a rien à tirer des femmes en analyse. Une femme tombée entre les mains des psychanalystes devient définitivement impropre à tout usage, je l'ai maintes fois constaté. Ce phénomène ne doit pas être considéré comme un effet secondaire de la psychanalyse, mais bel et bien comme son but principal. Sous couvert de reconstruction du moi, les psychanalystes procèdent en réalité à une scandaleuse destruction de l'être humain. Innocence, générosité, pureté… tout cela est rapidement broyé entre leurs mains grossières. Les psychanalystes, grassement rémunérés, prétentieux et stupides, anéantissent définitivement chez leurs soi-disant patientes toute aptitude à l'amour, aussi bien mental que physique; ils se comportent en fait en véritables ennemis de l'humanité. Impitoyable école d'égoïsme, la psychanalyse s'attaque avec le plus grand cynisme à de braves filles un peu paumées pour les transformer en d'ignobles pétasses, d'un égocentrisme délirant, qui ne peuvent plus susciter qu'un légitime dégoût. Il ne faut accorder aucune confiance, en aucun cas, à une femme passée entre les mains des psychanalystes. Mesquinerie, égoïsme, sottise arrogante, absence complète de sens moral, incapacité chronique d'aimer: voilà le portrait exhaustif d'une femme " analysée ".

Véronique correspondait, il faut le dire, trait pour trait à cette description. Je l'ai aimée, autant qu'il était en mon pouvoir – ce qui représente beaucoup d'amour. Cet amour fut gaspillé en pure perte, je le sais maintenant; j'aurais mieux fait de lui casser les deux bras. Elle avait sans doute depuis toujours, comme toutes les dépressives, des dispositions à l'égoïsme et à l'absence de cœur; mais sa psychanalyse l'a transformée de manière irréversible en une véritable ordure, sans tripes et sans conscience – un détritus entouré de papier glacé. Je me souviens qu'elle avait un tableau en Velléda blanc, sur lequel elle inscrivait d'ordinaire des choses du genre " petits pois " ou " pressing ". Un soir, en rentrant de sa séance, elle avait noté cette phrase de Lacan: " Plus vous serez ignoble, mieux ça ira. " J'avais souri; j'avais bien tort. Cette phrase n'était encore, à ce stade, qu'un programme; mais elle allait le mettre en application, point par point.

Un soir que Véronique était absente, j'ai avalé un flacon de Largactyl. Pris de panique, j'ai ensuite appelé les pompiers. Il a fallu m'emmener en urgence à l'hôpital, me faire un lavage d'estomac, etc. Bref, j'ai bien failli y passer. Cette salope (comment la qualifier autrement?) n'est même pas venue me voir à l'hôpital. Lors de mon retour " à la maison ", si l'on peut dire, tout ce qu'elle a trouvé comme mots de bienvenue c'est que j'étais un égoïste doublé d'un minable; son interprétation de l'événement, c'est que je m'ingéniais à lui causer des soucis supplémentaires, elle " qui avait déjà assez à faire avec ses problèmes de boulot ". L'ignoble garce a même ajouté que je tentais de me livrer à un " chantage affectif "; quand j'y pense, je regrette de ne pas lui avoir tailladé les ovaires. Enfin, c'est du passé.

Je revois aussi la soirée où elle avait appelé les flics pour me virer de chez elle. Pourquoi, " chez elle "? Parce que l'appartement était à son nom, et qu'elle payait le loyer plus souvent que moi. Voilà bien le premier effet de la psychanalyse: développer chez ses victimes une avarice et une mesquinerie ridicules, presque incroyables. Inutile d'essayer d'aller au café avec quelqu'un qui suit une analyse: inévitablement il se met à discuter les détails de l'addition, et ça finit par des problèmes avec le garçon. Bref ces trois gros cons de flics étaient là, avec leurs talkies-walkies et leurs airs de connaître la vie mieux que personne. J'étais en pyjama et je tremblais de froid; sous la nappe, mes mains serraient les pieds de la table; j'étais bien décidé à les obliger à m'emmener de force. Pendant ce temps, l'autre pétasse leur montrait des quittances de loyer afin d'établir ses droits sur les lieux; elle attendait probablement qu'ils sortent leurs matraques. Le soir même, elle avait eu une " séance "; toutes ses réserves de bassesse et d'égoïsme étaient reconstituées; mais je n'ai pas cédé, j'ai réclamé un complément d'enquête, et ces stupides policiers ont dû quitter les lieux. Du reste, je suis parti pour de bon le lendemain.

IX La Résidence des Boucaniers

" Tout d'un coup, il m'est devenu indifférent de ne pas être moderne. "

Roland BARTHES

Tôt le samedi matin je trouve un taxi place de la Gare, qui accepte de me conduire aux Sables-d'Olonne.

En sortant de la ville nous traversons des nappes de brouillard successives, puis, le dernier croisement franchi, nous plongeons dans un lac de brume opaque, absolu. La route et le paysage sont complètement noyés. On ne distingue rien, sinon de temps à autre un arbre ou une vache qui émergent de manière temporaire, indécise. C'est très beau.

En arrivant au bord de la mer le temps se dégage brusquement, d'un seul coup. Il y a du vent, beaucoup de vent, mais le ciel est presque bleu; des nuages se déplacent rapidement vers l'est. Je m'extrais de la 504 après avoir donné un pourboire au chauffeur, ce qui me vaut un " Bonne journée ", lâché un peu à regret, il me semble. Il s'imagine sans doute que je vais pêcher des crabes, quelque chose dans ce genre.

Dans un premier temps, je me promène en effet le long de la plage. La mer est grise, plutôt agitée. Je ne ressens rien de particulier. Je marche longtemps.

Vers onze heures des gens commencent à sortir, avec des enfants et des chiens. J'oblique dans la direction opposée.

À l'extrémité de la plage des Sables-d'Olonne, dans le prolongement de la jetée qui ferme le port, il y a quelques vieilles maisons et une église romane. Rien de bien spectaculaire: ce sont des constructions en pierres robustes, grossières, faites pour résister aux tempêtes, et qui résistent aux tempêtes, depuis des centaines d'années. On imagine très bien l'ancienne vie des pêcheurs sablais, avec les messes du dimanche dans la petite église, la communion des fidèles, quand le vent souffle audehors et que l'océan s'écrase contre les rochers de la côte. C'était une vie sans distractions et sans histoires, dominée par un labeur difficile et dangereux. Une vie simple et rustique, avec beaucoup de noblesse. Une vie assez stupide, également.

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Главный герой
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