En peignant la girafe [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #53
- Год: 1963
- Язык: французский
- ISBN: 2-265-04759-7
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «En peignant la girafe [fr]». Краткое содержание книги:
… une semelle de chaussure, un crapaud vivant, une selle de vélo, une corne à poudre, une autre de chef de gare, un écureuil empaillé et un cadran solaire… n'ont jamais vu Bérurier dans le plus extraordinaire numéro de boulimie de tous les temps !
Ceux-là ne peuvent pas non plus imaginer le fabuleux San-Antonio tout en haut d'une grande échelle, occupe à… peigner la girafe !
— Très bien. J'espère que votre tuyau est bon.
Il sort.
Pourquoi agis-je ainsi ? Dieu seul le sait. Toujours ce vieil instinct qui me pousse à entreprendre les choses avant de réfléchir.
Dans le cabinet de toilette, Béru chante à tue-tronche « Les Matelassiers ». C'est sa Marseillaise au Gros. Ses « Allobroges ». Son « Chant du départ ». Brave Béru, il a la force du taureau et l'haleine du pingouin.
Un cœur d'or dans une peau de vache ! Une âme d'archange dans un corps de ramoneur. Merci, Béru ! Ça, c'est l'Ignoble.
Il réapparait, beau comme un rabbit de marié (dirait un Anglais) avec une chemise jaune souci (on a tous les siens) à rayures violettes et un complet vert bouteille (pour lui c'était tout indiqué).
— Je me suis fait un velours, assure-t-il en promenant sa main valeureuse sur sa joue talquée, les gonzesses n'auront qu'à bien se tenir. D'autant plus mieux que ça fait une paye que j'ai pas sacrifié à Uranus, comme on dit dans les livres. Je m'ai laissé dire que les petites ritales avait un chalumeau à la place du truc. A ton avis, San-A ?
Mon avis, je n'ai pas le temps de le lui fournir car M. Barnaby fait une entrée en trombe dans la casbah. Il est pâle comme une aubergine et ses grosses lèvres tremblent d'émotion.
— Qu'est-ce qui ne carbure pas, patron ? je questionne, il y a du mou dans les transmissions ?
— Tu avais raison, fait-il, ces salauds de poulets veulent perquisitionner.
Il se tait car un miaulement tigron parvient du cabinet de toilette.
— Qu'est-ce que j'entends ? fait le boss.
— C'est moi que j'ai bâillé, déclare Béru en reproduisant fidèlement le miaulement ; il est doué pour les langues étranges, le Mastar. Le barrissement de l'éléphant, le rugissement du lion, le chant du cygne n'ont pas de secrets pour lui.
— Ah ! je vais me pomponner un peu ! décide-t-il en se rabattant vite fait sur le cabinet de toilette.
Il disparaît et je perçois un nouveau brouhaha. Mon cher camarade est en train de calmer son curieux pensionnaire.
Mais laissons là le tigre pour revenir à nos moutons, comme disait Jeanne d'Arc (en anglais Johan of Arc). Il paraît bougrement emmouscaillé, le montreur d'acrobates.
— La cachette que tu me causais, qu'est que c'est ? demande-t-il négligemment.
— Ça dépend, coupé-je, ce qu'on a à évacuer est gros ?
— Assez, oui.
— Gros comment ?
Il élève la main à un mètre trente-deux du plancher.
— Y en a haut comme ça, évalue-t-il sans se mouiller. Et comment se mouillerait-il d'ailleurs, puisqu'il porte un blouson ?
J'en ai les muqueuses qui se déshydratent. Un tas gros comme ça, ça ne peut pas être de la coco ! En ce cas qu'est-ce ?
Décidément, il s'en passe des choses au cirque Barnaby. Drôle de pension !
— C'est dur ou c'est mou ? continué-je.
— C'est dur.
On dirait le jeu des devinettes. Je pourrais encore lui demander si ça colle, si c'est peint en vert, si ça a des poils, si ça dit maman, si c'est chaud, si ça pique, si ça chante, si ça se mange, si ça se conjugue, si ça se nettoie à l'eau de Javel, si ça a des oreilles d'âne, si ça grimpe aux murs, si c'est lourd, si ça parle anglais, si on peut le couper avec des ciseaux, si ça sent l'œillet, si le Général de Gaulle en a un, s'il en a deux, s'il en a trois, s'il en a par-dessus la tête, si ça se voit dans le noir, si ça salit les doigts, si ça porte la barbe, si ça vole, si ça convole, si ça rampe, si ça a la forme d'un huit, si les huîtres ont le même, si on en trouve dans les jardins, si ça possède un bracelet-montre, si ça ressemble au Président Kennedy ou si ça a l'air intelligent, si Picasso pourrait le peindre, si les Veuves s'en servent, si ça se conserve sous cellophane, si ça a droit à une place assise dans le métro, si ça coûte cher, si on en fabrique en France, si bien lavé ça peut resservir, si ça craint l'humidité, si quand on en a deux on peut manger l'autre, si ça se suce et si c'est en vente libre dans toutes, les bonnes pharmacies. Oui, je pourrais lui demander tout cela et bien autre chose, mais je crois bon de m'abstenir.
— Je me fais fort de le sortir du cirque, dis-je, mettez-le dans le coffre de votre voiture, donnez-moi la clé et les papiers de celle-ci et dites-moi où je dois le livrer.
Mais, comme disait Van Gogh : il ne l'entend pas de cette oreille (Beethoven aussi se plaisait à le répéter, et il le répétait parce qu'il ne s'entendait pas le dire).
— Tu plaisantes ! Et si on t'intercepte ?
— On ne m'interceptera pas.
— Pourquoi, s'il te plaît ?
— Parce que le commissaire Fernaybranca a été l'amant de ma sœur et que je suis tabou à ses yeux. Il lui a fait six enfants en bas âge et il sait que je pourrais compromettre sa carrière par le scandale, voilà pourquoi je peux me permettre de faire le malin.
Barnaby sourit.
— Oh ! je vois. Bon, eh bien, puisque c'est ainsi, nous allons faire comme tu dis. Une fois le chargement opéré vous filerez, mais moi je vous attendrai à deux rues d'ici et je procéderai en personne à la livraison, banco ?
— Banco.
Il m'en serre cinq avec énergie.
— Rendez-vous dans trois minutes devant ma caravane. Il faut faire fissa.
Il s'en va. Je vais chercher le Valeureux.
— Béru, lui dis-je, y a école et ça urge. Tu vas foncer jusqu'à la prochaine station de taxis. Tu en fréteras un et tu iras te poser avec ton bahut à deux rues d'ici pour y attendre la Cadillac crème du patron. C'est moi qui la piloterai. Le père Barnaboche rappliquera alors et me remplacera au volant de sa brouette. C'est à partir de cet instant que tu devras fonctionner. Suis-le discrètement et repère l'endroit où il se rend. Ensuite de quoi : retour ici d'urgence pour une conférence au sommet. Vu ?
— Qu'est-ce c'est encore que ces manigances ? fulmine l'Enorme. Et ma soirée délicate, elle va passer à pertes et profit ?
— Je t'expliquerai tout après. Quant à ta tournée des grands duconnots, tu l'auras, espère un peu. C'est juré !
— Tu feras gaffe à mon minet quand je serai pas là, sollicite Sa Grosseur.
— Sois sans crainte. Et du doigté, hein, Gros ? Il ne faut pas que le Barnabinche te voie !
— Je ferai comme pour moi, tranche le Mastar.
Je file vers la roulotte du patron. Il est en train de refermer la malle sur une mystérieuse cargaison.
Déjà des cars de matuches se mettent à piluler (comme disent les pharmaciens). Il est nerveux, le roi de la chaude piste ! Tiens c'est vrai : nous sommes à deux maitres de la piste, lui et moi.
— Tu crois que tu pourras passer, fils ? s'inquiète-t-il.
— Puisque je vous le dis, boss !
— Si tu y parviens t'auras un gentil bouquet, c'est Barnaby qui te le dit.
— Allez m'attendre et ne vous occupez pas du reste, fais-je.
Il a son air matois de marchand de vieilles bagnoles, de ceux en tout cas qui mettent de la sciure dans le pont pour l'empêcher de chanter.
— Si tu vois pas d'inconvénient, la patronne ira avec toi, fils !
Gueule du fils ! Voilà qui chamboule un chouïa mes projets et risque de tout compromettre. Mais le moyen de refuser ?
— Comment donc !
Madame Barnaby fait une descente de roulotte très remarquable. Je voudrai que vous vissiez cette merveille ! Que vous la vissiez sur une planche et que vous l'exposiez au prochain Salon de l'auto ! Elle ressemble à un nouveau, moyen de locomotion. Elle porte une robe en lamé argent, style Jeanne-d'Arc-en-tenue-de-travail. Ça fait comme des écailles. Mais elle c'est la morue grand standing : elle a des escarpins argentés itou, une cape de vison frileux, gris-Missouri, et des diams de bas en haut, de gauche à droite et dans le sens giratoire.