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En peignant la girafe [fr]

Электронная книга - «En peignant la girafe [fr]». Краткое содержание книги:

Ceux qui n'ont jamais vu un individu manger tour à tour :
… une semelle de chaussure, un crapaud vivant, une selle de vélo, une corne à poudre, une autre de chef de gare, un écureuil empaillé et un cadran solaire… n'ont jamais vu Bérurier dans le plus extraordinaire numéro de boulimie de tous les temps !
Ceux-là ne peuvent pas non plus imaginer le fabuleux San-Antonio tout en haut d'une grande échelle, occupe à… peigner la girafe !
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— Ce matin j'ai reçu un coup de téléphone au bar où je prends mon petit déjeuner.

Fernaybranca s'approche, intéressé et un tantinet furax de constater que j'obtiens des tuyaux là où lui-même faisait chou-blanc.

— Quel genre de coup de fil ?

— Il me disait que si j'étais intéressé par une Lancia, il y en avait une abandonnée près du cirque.

— Qui vous disait cela ?

— L'homme.

— Mais quel homme ?

— Je ne sais pas, Madre de Dio ! Je jure que je ne sais pas. Un homme qui devait me connaître parce qu'il m'a appelé par mon prénom. Il m'a dit ceci : « Alfredo ! Si tu aimes les Lancia, il y en a une belle abandonnée près du cirque, c'est du tout cuit » et puis il a raccroché.

— Et vous n'avez pas reconnu la voix ?

— Non, signor, je le jure.

Je me tourne vers Fernaybranca.

— Bizarre, non ?

Mais dans ma salle de projection intime, mon cinoche personnel se met à usiner. Mon calcul était bon. J'avais raison de vouloir intriguer les meurtriers en évacuant le cadavre de l'auto. Seulement j'ai affaire à des champions. Ils se sont méfiés et n'ont pas voulu s'approcher de l'auto eux-mêmes, d'où cette ruse diabolique.

Je souhaite un prompt rétablissement à Rizotto et je m'emmène promener aux côtés de Fernaybranca.

— Ce qu'a dit Alfredo me trouble beaucoup, assure le commissaire transalpin (bénit).

— Ah oui ?

— Figurez-vous que la Lancia appartient à Mme Québellaburna, la femme de l'industriel chez qui travaillait le chauffeur assassiné la nuit précédente.

— Pas possible !

— Si. Et Mme Québellaburna n'est pas rentrée chez elle de la nuit. Son maître d'hôtel est très inquiet. Il paraît qu'elle a reçu hier la visite d'un homme étrange. Il avait un bouc, des lunettes à grosses montures… Et il parlait l'italien avec un terrible accent français. Ça ne vous dirait rien, des fois ?

Ses yeux de braise vont au fond de ma conscience.

— Pas du tout, assuré-je. Je n'ai pas de barbu dans mes relations.

— Oh ! soupire Fernaybranca. Une barbe et des lunettes, ça se pose et ça se retire facilement…

Il me tend la main.

— Excusez-moi, j'ai rendez-vous avec les grands patrons. Ils sont très mécontents. Ces meurtres et ce vol au musée, c'est beaucoup pour un dimanche !

Le parc Astispoumante à Torino, c'est le Bois de Boulogne en plus petit et en plus raffiné. La flore est extrêmement variée. Toutes les essences s'y trouvent réunies : de l'essence de térébenthine jusqu'aux essences de l'Orientazione en passant par l'essence Interdit. Il y a là des Nougatiers géants, des Endocrines panachées, des Fulberyoulou à barrettes conclaves, des Crocus à clochettes, des Zasperjambranches et même, oui, même des Urbi et des Orbi à calotte blanche.

De somptueuses demeures bordent le parc Astispoumante. Crèches de classe, mes fils, dans lesquelles l'esclave en tenue grouille. L'hôtel particulier du marquis di Tcharpinni est de style Médicis, d'ailleurs il s'appelle Villa Catherine, ce qui vous prouve bien que je ne mens pas. J'ai un petit instant d'hésitation avant de gravir cette majestueuse demeure qui, pour être noble, n'en comporte pas moins un perron à double révolution. Mais ni les hommes ni les principes pas plus que les éléments ne peuvent entraver la marche glorieuse de votre San-Antonio bien-aimé. Seule une souris carrossée grand luxe pourrait à la rigueur stopper le fameux commissaire, et ça vous le savez. C'est pourquoi, me voilà en train de jouer « Ah ! qu'ils sont bons quand ils sont cuits » sur la sonnette du marquis.

Le zig qui vient m'ouvrir a dû être momie dans sa jeunesse. S'il a perdu ses bandelettes, il a conservé le train cireux, l'œil vitreux et la maigreur. Il collerait là photo d'un hareng saur sur sa carte d'identité qu'aucun douanier ni aucun flic ne s'en apercevrait. En guise de lèvres, il a un coup de canif sous le nez. Son front ivoirin est en surplomb sur le reste de sa physionomie comme une visière. Dessus, quatre cheveux blancs se cramponnent comme ils peuvent.

— Je voudrais rencontrer le marquis, dis-je en mettant le dos de ma main contre ma hanche pour montrer que j'ai des manières désinvoltes.

L'ex-momie soulève ses paupières de batracien et m'enveloppe d'un regard plus glacé qu'une nuit de noces au Spitzberg.

— Qui dois-je annoncer ?

— Mon nom est Peter San-Antonio Avantibravamusica, fais-je, et je vous épargne les prénoms pour ne pas risquer de faire sauter vos plombs, mon cher. Il vous suffira de dire au marquis que je suis un ami des Grado's en précisant que j'ai une communication de la plus haute importance à lui faire.

Le signor larbin me fait entrer dans un salon meublé en Victor-Emmanuel II authentique et me prie d'attendre. Je m'installe sur une bergère (on ne se refait pas) et je commence à poireauter.

Je ne sais pas ce que fabrique le marquis, mais il n'est guère pressé d'accueillir visiteurs de marque (de marque étrangère en ce qui me concerne). Probable qu'il était à table et qu'il ne veut pas mouler ses invités avant la poire Bellissima Héléna.

Une aimable torpeur me gagne. Voilà votre San-A qui somnole comme un employé de ministère dans l'exercice de ses fonctions.

Mais je ne pars pas tout à fait dans le sirop. Ma pensée est en veilleuse, certes, pourtant elle continue de fonctionner.

Je me dis que j'ai rarement eu à démêler un tel écheveau. Tous ces meurtres et ce vol de tableau constituent le plus bath sac d'embrouilles jamais proposé à la sagacité d'un fin limier (les épithètes dithyrambiques ne sont ni reprises ni échangées).

Quel lien existait-il entre les Grado's et Mme Québellaburna ? Quel lien existait-il entre eux et son chauffeur ? Quel lien existait-il entre eux et le marquis Humberto di Tcharpinni ?

Un zig moins constipé des cellules que les autres qui répondrait à ces questions aurait droit automatiquement à ma reconnaissance, à la retraite des cadres et à une cuillerée d'huile de foie de morue tous les matins.

The lourde s'open, comme dirait M. Macmillan, et un étrange personnage fait son entrée. Bien qu'il soit jeune, il est pourtant duraille de lui voter une date de naissance. Il a des bras très longs et un début de compteur à gaz dans le dossard. Le visage est aristocratique, mais rose et poudré. Les cheveux sont platinés et indéfrisés comme les crins d'une poupée de prix. Il porte un costume de velours noir avec une chemise garnie de dentelle au col et aux manches. En guise de cravate, un ruban de velours rouge. La coupe du vêtement est surannée. On dirait qu'il va jouer « la Bohême » à la Scala d'Heldervivienne. Il a un soupçon de rouge à lèvres, une présomption de noir à z'yeux et une apparence de bleu à paupières sur les stores.

Une pédale comme lui, on n'en fabrique plus, même à Saint-Etienne.

Il me caresse (c'est le mot) d'une œillade gourmande, puis d'une démarche dandinante il vient s'asseoir à mes côtés sur la bergère.

— Vous désirez m'entretenir ? gazouille cette belle enfant.

L'entretenir ! Sûrement pas. Il n'est pas dans mes moyens. Faut avoir les bourses à ça, comme dit toujours un coulissier de mes relations.

— En effet, monsieur le Marquis, dis-je sans m'informer du protocole (à manger de la tarte).

— Je m'appelle Humberto, reprend le marquis. Et il ajoute : mais mes amis m'appellent Toto.

— C'est un rare privilège, assuré-je avec gravité, tout en reculant de six centimètres et demi car le Toto se fait frôleuse.

Je viens de m'introduire dans un drôle de mitan, mes petites biches. Heureusement qu’il est marquis, ça me permettra de sortir à reculons. Faut pas avoir peur d'être obséquieux dans ces cas-là (de Milan).

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