En peignant la girafe [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #53
- Год: 1963
- Язык: французский
- ISBN: 2-265-04759-7
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «En peignant la girafe [fr]». Краткое содержание книги:
… une semelle de chaussure, un crapaud vivant, une selle de vélo, une corne à poudre, une autre de chef de gare, un écureuil empaillé et un cadran solaire… n'ont jamais vu Bérurier dans le plus extraordinaire numéro de boulimie de tous les temps !
Ceux-là ne peuvent pas non plus imaginer le fabuleux San-Antonio tout en haut d'une grande échelle, occupe à… peigner la girafe !
Ça le douche, il repleure.
— Oh ! comme vous êtes cruelle avec moi.
— Répondez à ma question, je vous prie !
— Cette nuit, je l'ai passée ici avec des amis. Je peux donner leurs noms, ils vous le confirmeront.
— Je l'espère bien pour vous. Les Grado's étaient des passeurs de came importants ?
— Je l'ignore !
— Pas de faux-fuyants, je déteste. Quand je déteste, je me fâche ; quand je me fâche, il y a du séisme dans l'air !
— Mais je n'étais pas au courant de leurs affaires.
— Drôles d'affaires ; avaient-ils beaucoup de clients comme vous ?
— Je vous jure que je ne sais pas. C'est probable. Ils faisaient partie d'un circuit. Je ne peux absolument pas vous en dire davantage. Je ne peux pas…
— Qui voyaient-ils en dehors de vous à Turin ?
La jolie marquise hausse ses frêles épaules. Ce qu'elle doit être bath en robe du soir !
— Je ne sais.
— La signera Québellaburna ? hasardé-je.
Il fronce les sourcils.
— Possible ! J'ai entendu, effectivement, Donato téléphoner l'autre nuit à cette dame.
— D'où ?
— D'ici. Ils sont venus prendre un verre après leur spectacle au Torticolis Donato m'a demandé la permission de téléphoner. Et comme le téléphone se trouve dans la pièce voisine, je l'ai parfaitement entendu réclamer la signora Québellaburna.
— Que lui a-t-il dit ?
L'autre fronce les sourcils. Il ne sait plus très bien. N'est-ce pas, il était en train de lutiner l'autre Grado's et il n'avait plus toute sa tête à lui !
Passons.
— Il n'a rien dit en revenant du téléphone ? je demande.
Le gentil marquis branle le chef.
— Il avait l'air soucieux. Il a dit à son ami : « Giuseppe n'est pas encore rentré. »
Je prends le bras de di Tcharpinni dans un élan plein de ferveur.
— Répétez !
— Il a dit : « Giuseppe n'est pas encore rentré », affirme Toto.
Je ne sais pas si vous vous en souvenez encore, bande de cloches, mais le chauffeur assassiné s'appelait Giuseppe Farolini.
— Et qu'a répondu Paul ?
— Rien, ça n'a pas eu l'air de l'inquiéter.
— Vous avez revu les Grado's dans la journée d'hier ?
— Non. Hier j'étais à Milano. Ils devaient revenir ici ce soir.
— Vous connaissez les Québellaburna ?
— Je les ai rencontrés dans des réceptions.
— Quelle sorte de gens sont-ce ?
— Lui, c'est le brasseur d'affaires. Il est riche à mourir. Sa femme…
Sa femme aussi, probable, puisqu'elle est morte.
— Sa femme ? insisté-je.
— Elle paraissait s'ennuyer dans la vie.
— Elle se droguait aussi ?
— Je le crois, rosit Toto.
Mon petit doigt m'affirme que je n'ai rien de plus à tirer de ce chérubin. Je me lève pour prendre congé.
— Vous allez mettre la police italienne au courant ? demande-t-il.
— Non, mon chou, fais-je au marquis. Seulement, il n'est pas exclu qu'elle se mette au courant toute seule, la police italienne. Elle va vouloir interviewer les gens qui ont approché les Grado's depuis leur arrivée à Turin, et comme vous êtes parmi ceux-là…
Il soupire.
— C'est au sujet de la drogue…
— Je comprends. Mais ce sera à vous de jouer pour vous tenir le nez au propre, si je puis dire.
Je m'en vais. En sortant qui rencontré-je sur le perron ? Mon bon petit camarade Fernaybranca. A sa physionomie, je réalise que nos rapports vont devenir de moins en moins cordiaux.
— Qu'est-ce que vous faites ici ? tonne-t-il.
— Je fais la quête pour les pauvres de la paroisse, dis-je. Pas la peine de vous présenter : on m'a déjà donné.
Et je me tire en lui adressant un aimable sourire.
CHAPITRE VII
Ce qui passionne le plus les Turinois, ce n'est ni l'assassinat de Giuseppe Farolini, ni celui des Grado's, ni celui du Duc de Guise ; ce n'est pas non plus le vol du prestigieux tableau, bien qu'il se soit effectué en des circonstances mystérieuses. Non, ce qui fait couler le plus d'encre et de salive, c'est la fugue des quinze tigres. Un mort, ça ne mord pas, si je puis me permettre cette astuce phonétique, et un tableau volé moins encore, quand bien même ledit tableau représenterait le portrait de Fernandel ; mais quinze tigres du Bengale, ça ne se nourrit pas de Banania. Aussi, dans la vaillante cité piémontaise, chacun songe-t-il à ses miches et à celles de ses enfants en se disant qu'elles constitueraient un en cas valable pour un pauvre tigre en rupture de cage.
Les pompiers, le génie, les chars, les bersagliers, les policiers, les gendarmes et les hélicoptères sont entrés en campagne et draguent à fond dans la région. Lorsque le soir est venu, quatorze fauves ont regagné leur base, mais le quinzième est toujours absent. M. Barnaby qui espérait pouvoir au moins donner une soirée doit déchanter. Tant qu'un seul tigre restera en cavale, les représentations ne seront pas autorisées. Mieux : la Préfecture lui interdit de quitter la ville. Le pauvre bonhomme ne sait plus à quel sein se vouer. Enfermé dans sa roulotte-palace, il siffle des bouteilles de whisky en battant sa femme comme au bon vieux temps de leurs débuts.
Il est en pantalon de cheval et maillot de corps lorsque je toque à la porte de sa gentilhommière.
— Qu'est-ce que c'est ? rugit Barnaby.
J'entre. Il me vaporise son regard sombre comme un séminaire congolais en voyage. Sa baleine blonde se fait les tarots pour tromper l'attente. Elle m'offre son sourire en gold véritable, plus un trente-troisième tabouret mais en bois celui-là.
— Cher patron, attaqué-je, je voudrais vous parler.
— J'ai pas le cœur à parler ! avertit le boss.
— On dit ça quand on est morose, mais on s'aperçoit très vite que parler soulage, assuré-je. Voulez-vous que nous causions des Grado's ?
— Y a plus rien à en dire puisqu'ils sont morts, objecte avec pertinence M. Barnaby.
L'argument est de poids, comme la femme du bonhomme ; mais il ne me décourage cependant point.
— Deux assassinats dans l'enceinte du cirque, c'est beaucoup, vous ne trouvez pas ?
Il répond que ce qui l'intéresse c'est son quinzième tigre et que, sorti de là, ses contemporains morts ou vivants lui importent peu ; le tout dans un langage beaucoup moins châtié que le mien, cela va de soie, comme me le faisait remarquer un ver qui filait du mauvais cocon.
— Je voudrais vous confier un petit secret, monsieur Barnaby, dis-je.
Il allume un cigare long de soixante-dix centimètres, expulse une goulée de fumée que ne désapprouverait pas une locomotive électrique et grogne :
— Vous me prenez pour un curé ?
— Pas précisément. Mais vous êtes mon patron et je dois à ce titre tout vous dire pour être sûr de ne rien vous cacher, exact ?
— Bon, causez ! invite Barnaby.
— Figurez-vous que j'ai surpris une conversation entre le commissaire Fernaybranca et l'un de ses sbires.
Ça l'intéresse. Il relève un œil à la hauteur de la racine des cheveux et murmure autour de son cigare :
— Ah bon ?
— Le commissaire disait à son zigoto que les Grado's étaient impliqués dans une sale affaire de trafic de drogue et que d'ici peu, ça allait barder pour le circus. Ils préparent une perquise en règle de votre établissement. Les poulets italiens, je ne sais pas si vous le savez, sont les meilleurs du monde question de perquisition. Diaboliques, ils sont ! Ils décortiqueront même votre cigare pour voir s'il y a du louche à l'intérieur, vous pouvez me croire.