Angélique et son amour Part 2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #12
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et son amour Part 2». Краткое содержание книги:
– Ah ! Il reste bien assez de mâts et de vergues sur le Gouldsboro pour les faire périr, s'écria Mme Manigault avec fureur. Misérable, c'est vous qui nous avez entraînés, qui nous avez vendus à votre amant, votre complice pour notre perte... Je me suis d'ailleurs toujours méfiée de vous.
La main haute, les joues enflammées, elle marcha sur Angélique. Un regard impérieux de celle-ci arrêta son geste. Depuis qu'Angélique leur était revenue dans une robe nouvelle et ses cheveux sur les épaules, un certain respect se mêlait, chez elles, à leur rancune. On découvrait mieux, sous cette vêture, la noblesse de ses gestes et de son langage.
L'orgueilleuse bourgeoise s'inclina soudain malgré elle, devant la grande dame. Sa main resta en suspens. Mme Mercelot lui saisit le poignet.
– Calmez-vous, ma commère, dit-elle en la tirant en arrière. Oubliez-vous qu'elle seule peut encore quelque chose, pour nous tirer de là ? Nous avons commis assez de sottises, croyez-moi...
Les yeux d'Angélique s'étaient durcis.
– C'est vrai, dit-elle, la voix tranchante. Vous avez tort de vouloir toujours rejeter sur d'autres la responsabilité de vos erreurs. Madame Manigault, vous-même sentiez que le Rescator méritait confiance mais vous n'avez pas su retenir et convaincre les esprits égarés de vos époux, poursuivant chacun des buts et des intérêts qui ne sont peut-être pas beaucoup moins inavouables que ceux des pirates que vous méprisez tant. Oui, c'est vrai, j'étais auprès du Capitaine lorsqu'ils se sont saisis de lui.
« Ils l'ont menacé de mort, ils ont assassiné ses compagnons sous ses yeux... Quel homme pourrait oublier de telles insultes ?... Et lui, moins qu'un autre !... Et vous le savez. C'est pour cela que vous avez tous peur.
L'indignation la faisait trembler.
Elles la regardaient et prenaient conscience du désastre survenu. Et ce fut Mme Manigault elle-même qui répéta d'une voix vaincue la question taraudante.
– Et que va-t-il faire d'eux ?
Angélique baissa les yeux. Cette question, elle n'avait cessé de se la poser toute la nuit, dans la paix trompeuse de cette fin d'émeute.
Tout à coup, Mme Manigault tomba lourdement à genoux devant Angélique. Et ses compagnes mues par le même sentiment l'imitèrent.
– Dame Angélique ! Sauvez nos hommes !...
Elles tendaient leurs mains jointes vers elle.
– Vous seule le pouvez, plaida ardemment Abigaël. Vous seule connaissez les détours de son cœur et trouverez les mots qui lui permettront d'oublier l'offense.
Angélique, devant cette prière, se sentit pâlir.
– Vous vous trompez, je n'ai pas de pouvoir sur lui. Son cœur est intraitable.
Mais elles s'accrochaient à sa robe.
– Vous seule le pouvez.
– Vous pouvez tout !
– Dame Angélique, pitié pour nos enfants.
– Ne nous abandonnez pas. Allez trouver le pirate.
Elle secoua la tête avec véhémence :
– Vous ne comprenez pas. Je ne peux rien. Ah ! si vous saviez ! Rien n'entame le métal de son cœur.
– Mais pour vous ! La passion que vous lui inspirez le fera fléchir.
– Je ne lui inspire, hélas, aucune passion.
– Hé ! s'écrièrent-elles en chœur, que dites-vous ? Jamais homme ne fut plus fasciné par une femme. Quand il vous regardait, ses yeux brillaient comme du feu.
– Nous en étions toutes jalouses et irritées, avoua Mme Carrère qui s'était rapprochée.
Elles l'entouraient et se suspendaient à elle avec une foi aveugle.
– Sauvez mon père, supplia Jenny. C'est notre chef à tous. Qu'allons-nous devenir sans lui, sur ces terres inconnues ?
– Nous sommes si loin de La Rochelle...
– Nous sommes seules.
– Dame Angélique ! Dame Angélique !
Dans ce concert de voix implorantes, il semblait à Angélique qu'elle n'entendait plus que celles, grêles et tristes, de Séverine et de Laurier qui ne proféraient pourtant ni le moindre cri ni le moindre appel. Ils s'étaient glissés jusqu'à elle et l'entouraient de leurs petits bras. Elle les étreignit contre sa poitrine afin de ne plus voir leurs prunelles anxieuses.
– Pauvres enfants abandonnés au bout du monde !
– Que craignez-vous, dame Angélique ? À vous il ne peut faire de mal, fit Laurier de sa petite voix hésitante.
Elle ne pouvait leur dire que des rancunes blessantes, informulées encore, les séparaient. Leur dispute violente, l'autre jour, qui avait surgi malgré leur brève réconciliation, le prouvait. Elle ne pouvait tabler sur l'attirance physique qu'elle inspirait à son mari. Car cela était peu de chose. On n'enchaînait pas un Joffrey de Peyrac par le pouvoir des sens. Elle le savait, mieux que quiconque ici. Il y avait peu d'hommes de sa trempe, capables à la fois de les savourer avec raffinement et de s'en détacher sans effort. La vigueur de son esprit et le goût qu'il avait pour des jouissances plus hautes, lui permettaient de dominer ses désirs et de renoncer facilement, si cela s'imposait, aux plaisirs fugaces de la chair. Qu'imaginaient-elles, ces femmes vertueuses qui, à genoux devant elle, espéraient candidement en sa séduction pour détourner le courroux d'un chef de mer dont on avait entraîné l'équipage à la révolte.
Joffrey de Peyrac ne pardonnerait pas !
Chevaleresque à l'occasion, selon les traditions léguées par ses ancêtres, il n'avait jamais hésité à répandre le sang quand il le fallait et à donner la mort quand il le jugeait nécessaire. Et elle oserait, elle, se présenter devant lui pour soutenir des coupables flagrants qui lui avaient fait une mortelle offense ?...
Sa démarche achèverait de l'irriter. Il la chasserait avec des mots cinglants, lui reprochant de faire alliance avec ses ennemis.
Les femmes et les enfants suivaient anxieusement sur son visage les traces de son débat.
– Dame Angélique ! Vous seule pouvez le fléchir ! Tant qu'il n'est pas trop tard... Bientôt, il sera trop tard !...
Leur sensibilité exacerbée par les épreuves subies les avertissait de préparatifs dont les bruits ne parvenaient pas jusqu'à eux. Chaque minute qui tombait était une minute perdue. Elles tressaillaient, redoutant de voir la porte s'ouvrir. Alors, on les ferait sortir, on les ferait monter sur le pont et... elles verraient ! Il serait trop tard pour crier, supplier. Il faudrait accepter l'inéluctable, devenir une femme morne, aux yeux vides, comme Elvire, la jeune veuve du boulanger qui avait été tué au cours de la mutinerie. Depuis, elle demeurait assise sans réaction, ses deux enfants blottis contre elle.
Angélique se secoua.
– Oui. J'irai, dit-elle à mi-voix. Il le faut mais... oh ! mon Dieu ! que c'est dur.
Elle se sentait sans pouvoir, les mains vides, ayant brisé d'elle-même le lien fragile renoué entre eux, lorsqu'elle avait refusé de demeurer près de lui. « Reste près de moi », avait-il murmuré. Elle avait crié « non » et s'était enfuie. Il n'était pas homme à pardonner. Pourtant, elle répéta : « J'irai ! » et les écarta.
– Laissez-moi passer.
Vite relevées, ses compagnes s'empressèrent autour d'elle en silence. Abigaël lui jeta son manteau sur les épaules. Mme Mercelot lui serra les mains. Elles l'accompagnèrent jusqu'à la porte.
Deux sentinelles, des matelots du Gouldsboro, veillaient sur le seuil. Ils hésitèrent à la vue d'Angélique mais, se rappelant qu'elle avait les faveurs du maître, la laissèrent s'éloigner sans la retenir.
Elle monta à pas lents les escaliers qui menaient à l'arrière. Ces degrés de bois, visqueux, imprégnés du sel des tempêtes, du sang des combats, lui étaient devenus si familiers qu'elle les gravissait sans en prendre conscience. Le même brouillard continuait à envelopper le navire, toujours à l'ancre dans la baie invisible. Il était, ce jour-là, plus léger, mais d'une blancheur de lait. Des reflets roses et de subites étoiles d'or y miroitaient qu'Angélique regardait sans les voir.