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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Je reprends la plume. Laure vient de me lire la lettre de Gaudet. Quoi! le traître nous a trompées! Il est chrétien dans le cœur, et il nous a empêché de l’être!… L’enfer est donc ouvert sous mes pas… Je le vois! rien ne me rassure plus! je suis perdue, à jamais perdue! Ah! ma Zéphire! viens me voir; viens m’encourager, et me relire cette lettre… fatale pour moi, mais qui peut être salutaire, consolante pour Zéphire!

Lettre 145. Zéphire, à Laure.

[Elle n’aspire qu’à l’honnêteté: quel reproche pour celles à qui elle écrit, et dont elle parle!].

Même jour.

On m’empêche d’aller à elle! ma mère et ma sœur me retiennent, par le conseil d’Edmond. Consolez-la, ma chère Laure! dites-lui, que je brûle de la voir, de la consoler: sa lettre à la main, je brave ma mère et ma sœur; je la lis tout haut, et je les fais trembler!… Ma chère Laure! que vous êtes heureuse! vous voilà dans une maison honnête, avec un homme… que je nommerais bon et généreux, s’il n’était pas le bourreau de Filippa… mais il est bon pour vous… et vous voyez Edmond à toute heure; au lieu que moi, je ne le vois presque plus… Ah! puissé-je être comme vous, fussé-je accablée des maux que souffre Ursule!… Je finis. Ma mère est sortie. Je m’échappe, et je porte moi-même ma lettre à la petite poste.

Lettre 146. Gaudet, à Zéphire.

[Il loue la vertu!].

12 septembre.

Nous fondons en larmes; vous venez de briser nos cœurs!… Enfant, qui m’étonnes, et de qui j’attends tout un jour pour mon ami, dis-moi, où as-tu pris ta vertu!… Elle est naturelle à l’homme, tu me l’as prouvé. Innocence, pureté, naïveté, candeur, générosité, charité, tu as toutes les vertus, et jusqu’à la prudence, si parfaite pour ton âge, qu’elle surpasse la nôtre à tous! où les as-tu prises, ces vertus, dis-le-moi! Ah! c’est dans ton cœur! c’est du saint auteur de ton être que tu les tiens! Toi, toi, née d’une…, élevée pour la prostitution, nourrie au…, soumise dès ton enfance à la corruption, tu es pure! ton âme céleste a toute son originelle beauté!… Chef-d’œuvre de la nature qui me montres enfin l’espèce humaine, dans toute sa bonté possible, tu forcerais à aimer la vertu le scélérat le plus endurci; l’assassin prêt à tremper ses mains dans le sang, laisserait, à ta vue, tomber le poignard; après t’avoir entendue, il serait le défenseur de sa victime… Tu as éteint dans Edmond la frénésie de la crapuleuse débauche; tu l’as ramené, mieux que toute ma philosophie, à des sentiments d’estime de lui-même; tu l’as changé. Ange céleste, aujourd’hui tu sais plus sur Ursule que nous tous; tu la rends à la raison, à la nature: viens la voir; viens la pénétrer, nous pénétrer tous de ta précieuse innocence… Je suis bon, sensible; je me connais à ces vertus: j’approche quarante ans…, tu n’en as que quinze; mais tu y es mon maître. Viens m’en donner des leçons: je les recevrai à genoux, loin de toi pourtant; ces charmes que tu as arrachés au vice, ne doivent être vus qu’avec une respectueuse admiration.

À ce soir.

Le bourreau de Filippa, mais le vengeur d’Ursule.

Lettre 147. Gaudet, à Laure.

[Il dit de belles vérités, sur la fragilité de la beauté: Mon Dieu! vous aviez mis en lui la connaissance et le goût de la vertu.].

18 septembre.

Je compte, chère amie, que la connaissance parfaite que vous avez de mon caractère, et les cruelles épreuves par lesquelles vous avez passé, vous garantiront à l’avenir de semblables malheurs. Je vous ai quittée sans inquiétude: mais il n’en est pas de même d’Ursule et d’Edmond! J’écris à ce dernier, mais sur un ton peu approfondi, de peur d’effaroucher son imagination blessée! Bon Dieu! dans quels écarts, dans quel sublime et sombre avilissement il s’était plongé! Son âme est forte: mais sa fougueuse imagination fait la loi à sa raison; sa sœur lui ressemble, et vous en connaissez les effets sur tous deux… La voilà guérie; mais elle est affreuse; j’espère cependant qu’elle ne l’est pas à toujours, et que si son imagination se calme, elle pourra reprendre quelques grâces, et être supportable. Mais qu’est-ce que d’être supportable, après avoir tout charmé, tout enchanté, tout subjugué!… Je vous avouerai, que je ne vois plus aucune jolie femme, à présent, sans éprouver un sentiment profond de commisération. Je sens comme elle sera malheureuse, un jour, lorsque privée de ces frêles avantages, elle se verra dédaignée, abandonnée, méprisée! La vieillesse d’une belle femme, si elle n’a pas fait provision de vertus, n’est pas une vieillesse, c’est une rage; et c’est avec bien de la raison que les Anciens disaient que la vieille Hécube, devenue laide et malheureuse, fut changée en chienne!… Il faudra placer Ursule quelque part, en attendant que les chairs soient revenues; elle serait mal avec vous, ou avec son frère, à cause des connaissances que vous avez tous deux; elle serait d’ailleurs trop abandonnée. Que sa pension ne vous embarrasse pas. Mais c’est Edmond qui m’inquiète!… Veillez sur lui, toutes deux, vous et Zéphire. Ce n’est pas que je ne craigne cette dernière! cette enfant a trop de mérite, et si Edmond s’exalte une fois, voilà un sot mariage qui se fera. Zéphire me fait trembler pour lui!… Ma chère Laure, quel beau naturel que cette Zéphire! Il n’y a pas un défaut dans cette petite tête de quinze ans, pas un vice dans son cœur; et l’on y voit mille vertus! N’allez pas croire que j’en sois amoureux! Non, non. Ursule m’a guéri de l’amour, je crois, pour la vie. Cette fille si belle, comme je l’ai vue! comme elle est aujourd’hui! Que je la plains! que je la trouve malheureuse!… Le pis qui pourrait lui arriver, c’est qu’elle retournât chez ses parents dans l’état où elle est; son bon père, imagination ardente ainsi qu’elle, commence à radoter; ils se feraient, sécher mutuellement de douleur, de regret et d’impatience… J’ai observé qu’une belle pécheresse excite un tendre sentiment dans le plus zélé convertisseur; dans l’âme de ceux mêmes qu’elle a le plus cruellement outragés, amants, amis, parents. Le premier, en la prêchant, sent malgré lui le pouvoir de la beauté; quelle que soit sa vertu, la nature repoussée reprend par intervalles le dessus; il tomberait à ses genoux, s’il ne se retenait; au milieu de sa plus grande véhémence, son ton, son œil s’adoucissent…, et la friponne ne manque pas de le voir. Les amants sont encore plus lâches. Les amis biaisent. Les parents au plus fort de leur colère, éprouvent la céleste influence de la beauté. Mais une pauvre laide! ah! personne ne la ménage; on lui parle avec aigreur, comme si on la voulait faire souffrir de l’impuissance où elle est de retomber.

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