Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
— C’est à ce moment que commencera notre vrai travail.
— Je me suis souvent demandé ce qu’il pouvait être. Mettre de l’ordre dans notre monde et civiliser la race humaine ne saurait être qu’un moyen. Vous devez sûrement avoir aussi une fin en vue. Nous sera-t-il possible, un jour, de voyager dans l’espace, de voir votre univers – peut-être même de vous prêter notre concours ?
— On peut exprimer cela de cette manière.
Il y avait maintenant dans la voix de Karellen une note de tristesse évidente encore qu’inexplicable qui troubla étrangement Stormgren.
— Mais supposons, après tout, que votre expérience sur l’Homme échoue ? Il nous est arrivé de faire fiasco avec certaines races humaines primitives. Vous avez certainement dû enregistrer des échecs, vous aussi ?
— Oui, répondit Karellen d’une voix si faible qu’elle était presque inaudible, oui, nous avons eu nos échecs.
— Et que faites-vous quand vous échouez ?
— Nous attendons – et nous recommençons.
La pause qui suivit ces mots dura près de cinq secondes. Quand Karellen brisa le silence, la phrase qu’il prononça fut tellement inattendue que Stormgren ne réagit pas immédiatement :
— Adieu, Rikki.
Le Superviseur l’avait joué ! Il était sans doute déjà trop tard. La paralysie qui s’était emparée de Stormgren fut de courte durée. D’un geste prompt – il s’était parfaitement exercé –, il sortit la lampe et la colla contre la vitre obscure.
Les pins atteignaient presque la berge du lac, ne laissant qu’une étroite bande de gazon de quelques mètres de large entre eux et l’eau. Tous les jours, en fin d’après-midi, quand la température était assez clémente, Stormgren faisait sa promenade malgré ses quatre-vingt-dix ans. Il allait jusqu’à l’appontement, regardait le soleil sombrer dans le lac et regagnait sa demeure avant que le vent glacé de la nuit ne se mette à souffler à travers la forêt. Ce rituel lui apportait beaucoup de joie dans sa simplicité et il était bien décidé à le poursuivre tant qu’il en aurait la force.
Il aperçut quelque chose au-dessus du plan d’eau. Un objet qui volait à basse altitude, venant de l’ouest et animé d’une grande vitesse. Les avions étaient rares dans cette région, si l’on faisait abstraction des appareils des lignes transpolaires qui passaient d’heure en heure, de jour comme de nuit. Mais on ne les voyait pas. Seule une traînée de vapeur blanche sur le bleu de la stratosphère trahissait parfois leur présence. Il s’agissait cette fois d’un petit hélicoptère qui piquait droit sur le vieillard avec une détermination manifeste. Stormgren balaya la rive du regard. Aucune possibilité de s’échapper. Alors, haussant les épaules, il s’assit sur le banc de bois au bout du ponton.
Le reporter se montrait si respectueux que Stormgren en fut étonné. Il avait oublié qu’il n’était pas seulement un homme d’État à la retraite, mais presque un personnage mythologique hors de son pays.
— Je suis navré de vous importuner, monsieur Stormgren, commença le journaliste, mais nous venons d’apprendre quelque chose à propos des Suzerains, et je serais heureux de recueillir votre avis si vous aviez l’obligeance de me le donner.
Stormgren fronça imperceptiblement les sourcils. Même après tout ce temps, il éprouvait pour le mot « Suzerains » la même aversion que Karellen.
— Je ne crois pas pouvoir ajouter grand-chose d’inédit à tout ce qui a été publié à ce sujet.
Son visiteur l’observait avec une singulière intensité.
— Je pense que si, monsieur Stormgren. Une singulière affaire est parvenue à notre connaissance. Je crois savoir que, il y a une trentaine d’années de cela, l’un des techniciens du bureau de la recherche scientifique a fabriqué des accessoires peu ordinaires à votre intention. Pourriez-vous nous fournir des informations à ce sujet ?
Stormgren ne répondit pas tout de suite. Son esprit revenait sur le passé. Il ne s’étonnait pas que le secret eût été découvert. Ce qui était étonnant, en vérité, c’est qu’il ne l’eût pas été plus tôt.
Il se leva et remonta l’appontement. Le reporter le suivit à distance respectueuse.
— Il y a une part de vérité dans cette histoire. Lors de mon dernier entretien avec Karellen, je m’étais effectivement muni de certains accessoires dans l’espoir que ce matériel me permettrait de voir le Superviseur. C’était assez sot de ma part mais… que voulez-vous ? Je n’avais que soixante ans à l’époque. (Stormgren émit un rire léger et poursuivit :) Vous avez fait un bien long voyage pour un piètre résultat. Mon plan n’a pas marché.
— Vous n’avez rien vu ?
— Strictement rien. J’ai bien peur que vous soyez condamné à attendre. Mais, après tout, il ne reste plus que vingt ans à patienter.
Vingt ans à patienter. Oui, Karellen avait eu raison. Dans vingt ans, le monde serait prêt, alors qu’il ne l’était pas quand il avait sorti le même mensonge à Duval, trente années auparavant.
Stormgren n’avait pas trahi la confiance de Karellen. L’ancien secrétaire général ne doutait pas un seul instant que le Superviseur était au courant de son plan dès le début et qu’il avait tout prévu jusqu’au bout, jusqu’à l’instant décisif.
Autrement, le gigantesque fauteuil n’aurait pas été vide quand l’éblouissant faisceau de la lampe l’avait illuminé. Aussitôt, Stormgren avait fait pivoter le pinceau lumineux, redoutant qu’il fût trop tard. La porte métallique, haute comme deux hommes, se refermait précipitamment lorsqu’il l’avait distinguée. Précipitamment mais tout à fait assez vite. Oui, Karellen lui avait fait confiance. Il n’avait pas voulu que Rikki s’enfonce dans le long soir de sa vie hanté par un mystère qui serait demeuré entier. Il n’avait pas eu la témérité de braver les puissances auxquelles il était soumis (ces créatures appartenaient-elles aussi à la même race ?) mais il avait fait tout ce qu’il avait pu faire. S’il avait désobéi, nul ne pourrait jamais le prouver. C’était là, et Stormgren en était conscient, le gage ultime de l’affection que le Superviseur lui portait. Peut-être était-ce l’affection d’un homme pour un chien intelligent et fidèle – elle n’en était pas moins sincère et c’était là une des plus grandes satisfactions que l’existence avait apportées à Stormgren.
« Nous avons eu nos échecs. »
Oui, Karellen, c’était vrai. Et est-ce vous qui aviez échoué avant l’aube de l’histoire humaine ? Cela avait dû être un échec immense pour que ses échos se soient répercutés d’âge en âge, hantant l’enfance de toutes les races de l’Homme. Et même dans cinquante ans, pourrez-vous être victorieux de tous les mythes, de toutes les légendes de la Terre ?
Pourtant, Stormgren savait qu’il n’y aurait pas de second échec. Quand la confrontation aurait à nouveau lieu entre les deux espèces, les Suzerains auraient conquis la confiance et l’amitié de l’humanité, et même le choc de la vérité ne pourrait pas défaire ce qui aurait été fait. Les deux races entreraient dans l’avenir la main dans la main et la tragédie inconnue qui avait sans doute assombri le passé s’évanouirait à jamais dans les obscurs corridors des temps préhistoriques.
Et Stormgren espérait que, lorsqu’il lui serait loisible de fouler à nouveau le sol de la Terre, Karellen se rendrait un jour dans ces forêts Scandinaves pour se recueillir devant la tombe du premier homme qui avait été son ami.
L’ÂGE D’OR
5
« C’est aujourd’hui ! » susurraient les postes de radio dans cent langues différentes. « C’est aujourd’hui ! » annonçaient les manchettes de mille journaux. « C’est aujourd’hui ! » pensaient les cameramen qui s’affairaient à vérifier et revérifier les appareils disposés autour de la vaste esplanade déserte sur laquelle devait se poser la nef de Karellen.